Comment écrire un (bon) article scientifique?

  • Forum
  • Le 16 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

«La rédaction d'un article scientifique, c'est un peu comme le sexe il n'y a pas si longtemps: même si tout le monde le faisait, personne n'en parlait!» dit en riant Danielle Labbé, professeure à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. 

Au début de l'année 2013, elle a donc lancé un atelier d'écriture scientifique destiné aux professeurs. Huit personnes de la Faculté de l'aménagement s'y sont inscrites et ont suivi, en groupe, un stage de 12 heures. «Un bon sujet peut être mal traité et refusé par la revue où vous le destinez. Par contre, un sujet d'intérêt moyen peut être bien abordé et accepté», explique la chercheuse, qui avait participé à un atelier similaire alors qu'elle étudiait à l'Université de la Colombie-Britannique en 2006.

Pour les jeunes professeurs, le refus d'un manuscrit peut avoir un effet démoralisant, d'autant plus que les évaluations sont souvent rédigées de façon succincte et anonyme. Danielle Labbé en sait quelque chose, car un de ses récents articles, qui vient d'être publié dans une revue majeure, Urban Studies, avait précédemment essuyé deux refus. La première fois, les éditeurs ont expliqué que sa recherche, portant sur la gestion des opérations foncières au Vietnam, ne cadrait pas avec les axes de la publication et, la deuxième fois, des raisons d'organisation des idées ont été invoquées. «L'écriture scientifique comporte ses règles, comme la poésie ou le théâtre comportent les leurs. Il n'est pas inutile de les connaitre pour les maitriser», dit l'urbaniste.

Le stage a aidé Jean-Philippe Meloche, professeur à l'Institut d'urbanisme, à produire un article qui a été soumis au Journal of Urban Affairs – accepté à condition que certaines corrections soient apportées. «Le groupe d'écriture m'a forcé à maintenir un rythme de production que je n'aurais pas su m'imposer», signale-t-il. Chaque semaine, les participants devaient échanger leurs manuscrits, ce qui forçait les uns et les autres à «livrer» des textes.

Ce qu'il a appris? De multiples petites choses et quelques éléments fondamentaux comme le choix de l'argument, capital avant d'attaquer la première ligne. «Ça peut sembler élémentaire, mais notre papier doit présenter non seulement une découverte, mais une découverte pertinente et intéressante pour nos pairs. Nous avons passé beaucoup de temps, en groupe, à discuter de la façon de formuler nos arguments.»

Basées sur les travaux de l'Américaine Wendy Laura Belcher dans Writing Your Journal Article in 12 Weeks (Sage, 2009), les rencontres se sont déroulées durant l'heure du diner. Depuis la parution de ce guide, explique Mme Labbé, plusieurs groupes d'écriture se sont formés dans les campus nord-américains. On demande aux participants d'avoir une ébauche de texte sous la main qui servira de base au travail d'écriture-révision. Jean-Philippe Meloche s'est présenté avec un rapport de recherche «assez technique» portant sur la réforme financière des arrondissements montréalais, rédigé en juin 2012. Avec l'émulation collective et les échéanciers serrés, l'article s'est écrit tout seul... ou presque.

Pour Mme Labbé, la plus grande surprise n'a pas été d'ordre méthodologique. «J'ai appris à mieux connaitre mes collègues de travail, qui ont participé aux échanges avec beaucoup d'ouverture d'esprit. C'était très enrichissant pour tout le monde.»

Informé de l'initiative, le décanat de la Faculté de l'aménagement a financé l'activité de façon originale: il fournissait le repas. On reprendra fort probablement cet atelier l'an prochain pour les doctorants. Mais Mme Labbé se dit prête à soutenir la formation d'autres groupes d'écriture ailleurs à l'Université.

Mathieu-Robert Sauvé

(Illustration: Benoît Gougeon)