Devenir fumeur une fois adulte: un risque bien présent

  • Forum
  • Le 16 septembre 2013

  • Martin LaSalle

Une nouvelle étude démontre qu’il est nécessaire de s’attaquer à la prévention du tabagisme chez les jeunes adultes et non plus seulement chez les adolescents. (Image: iStockphoto)Le risque de devenir fumeur chez les jeunes adultes qui n'ont pourtant jamais fumé demeure élevé: 14 % d'entre eux deviendront adeptes du tabac entre 18 et 24 ans, et trois facteurs auxquels ils peuvent être exposés semblent prédictifs.

 

Selon Jennifer O'Loughlin, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal (ESPUM), les campagnes de prévention relatives à l'usage du tabac devraient aussi viser les jeunes adultes qui n'ont encore jamais touché à la cigarette.

«Cette catégorie de la population peut en effet se mettre à fumer, surtout les jeunes adultes qui sont impulsifs, qui ont eu de mauvais résultats scolaires ou qui prennent régulièrement de l'alcool», explique l'auteure d'une étude publiée en aout dans le Journal of Adolescent Health.

Un phénomène récent

Considérant la diminution significative du tabagisme observée au cours des trois dernières décennies, les chercheurs ont cité plusieurs études qui laissent supposer que l'industrie du tabac redouble d'efforts pour atteindre davantage les jeunes adultes.

Aux États-Unis, on rapporte même une augmentation de 50 % du nombre de jeunes adultes qui sont devenus fumeurs après leurs études secondaires.

Cette tendance a incité Jennifer O'Loughlin et son équipe de l'ESPUM à désigner les motifs qui poussent les jeunes adultes à commencer à fumer afin de trouver des pistes de prévention.

Les chercheurs ont analysé les données d'une étude de cohorte nommée NDIT,  amorcée en 1999 dans la grande région de Montréal, à laquelle ont pris part près de 1300 jeunes de 12 à 24 ans.

Parmi cette cohorte, 75 % des jeunes avaient fait l'essai du tabac. Ceux-ci ont commencé à fumer avant de fréquenter l'école secondaire (44 % des cas), pendant leurs études secondaires (43 %) ou dans les six années suivant la fin des études secondaires (14 %).

Tous n'ont pas nécessairement continué de fumer par la suite, mais parmi les fumeurs «tardifs», les chercheurs ont constaté que le tabagisme est associé à trois facteurs de risque indépendants: l'impulsivité, de mauvais résultats scolaires et la consommation d'alcool.

Les trois facteurs de risque décortiqués

Certains des fumeurs tardifs affichaient une plus grande impulsivité que les autres participants de l'étude. Selon Mme O'Loughlin, il est possible qu'on laisse l'impulsivité s'exprimer plus librement une fois devenu adulte, puisque les parents ne sont plus là pour exercer une surveillance. «On peut postuler que les parents d'enfants impulsifs exercent un contrôle plus serré qui protège les jeunes de comportements pouvant mener au tabagisme et que cette protection s'amenuise avec le temps», mentionne-t-elle.

Par ailleurs, les difficultés scolaires augmenteraient aussi le risque de devenir fumeur, car on les associe au décrochage scolaire et, conséquemment, à la recherche d'un emploi dans des milieux de travail où le tabagisme est plus élevé.

Enfin, puisque les jeunes adultes sont plus susceptibles de fréquenter des lieux où ils peuvent consommer de l'alcool, ils seraient davantage exposés à subir l'influence des fumeurs ou du moins à se laisser tenter plus facilement. «Comme la consommation d'alcool réduit l'inhibition et la maitrise de soi, elle représente le plus important facteur quant au risque de commencer à fumer», avertit Jennifer O'Loughlin.

Pour des campagnes de prévention ciblées

Les campagnes de prévention liées à l'usage du tabac visent principalement les jeunes adolescents, puisque les études montrent que c'est surtout à partir de l'âge de 12 ou 13 ans que l'on commence à fumer.

«Notre étude indique qu'il est nécessaire de s'attaquer aussi à la prévention du tabagisme chez les jeunes adultes, d'autant plus que les campagnes de relations publiques des compagnies de tabac les ciblent plus particulièrement», dit Jennifer O'Loughlin.

«Et si l'on parvient à prévenir l'usage du tabac chez les jeunes adultes, les probabilités qu'ils ne deviennent jamais fumeurs sont très fortes», conclut-elle.

Martin LaSalle