La diplômée Layla Claire mène une carrière internationale

  • Forum
  • Le 16 septembre 2013

  • Dominique Nancy

Outre James Levine et Jean-François Rivest, Layla Claire a travaillé avec plusieurs chefs d'orchestre renommés comme Yannick Nézet-Séguin, Michael Tilson Thomas et Fabio Luisi.La soprano canadienne Layla Claire a tellement d'engagements d'ici 2017 qu'elle est sans domicile fixe. «Je ne vais pas m'en plaindre, c'est mon rêve qui devient réalité!» dit cette diplômée de l'Université de Montréal qui a obtenu un baccalauréat (2003) et une maitrise (2005) en musique sous la supervision de la professeure Catherine Sévigny.

 

Depuis que le New York Times a vanté son interprétation des airs de Mozart et qualifié sa voix de «pureté lumineuse», des compagnies d'opéra en Amérique du Nord et en Europe se l'arrachent.

Cette magnifique rousse s'est fait connaitre il y a six ans en prenant possession des personnages de Fiordiligi, dans Così fan tutte, et de donna Anna, dans Don Giovanni, deux œuvres de Mozart, sous la baguette du chef James Levine au festival de Tanglewood, aux États-Unis. Et en interprétant aussi donna Elvira, puis Susanna dans Les noces de Figaro, une production présentée en 2009 par le Curtis Opera Theater avec l'opéra de Palm Beach qui lui a valu les éloges de la critique.

En juillet dernier, la cantatrice de 30 ans a donné, à l'occasion du Festival Orford, son premier vrai récital au Québec depuis ses débuts professionnels. «Layla a été magnifique. Sa voix est empreinte d'émotion et peut se faire séduisante ou triste avec une réelle conviction. J'en avais des frissons», commente la directrice des affaires publiques de la Faculté de musique de l'UdeM, Madeleine Bédard, qui assistait au concert.

C'est d'ailleurs à ce festival que la soprano a reçu le prestigieux prix Virginia-Parker, du Conseil des arts du Canada, d'une valeur de 25 000 $, qui récompense les artistes canadiens de moins de 32 ans démontrant un talent et un sens musical exceptionnels.

De Penticton à New York en passant par Montréal

Si Layla Claire mène une brillante carrière internationale, c'est à Montréal que tout a vraiment commencé. Au moment de choisir un programme universitaire, la jeune femme de 18 ans originaire de Penticton, en Colombie-Britannique, a opté pour l'UdeM. «Je voulais apprendre le français et on m'avait dit le plus grand bien de la Faculté de musique. J'y ai passé six ans», souligne-t-elle dans un excellent français en entrevue téléphonique avec Forum.

Le chef et directeur artistique de l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM), Jean-François Rivest, se souvient d'elle dans un rôle marquant, celui de Susanna, la femme de chambre de la comtesse Almaviva, dans Les noces de Figaro. L'opéra en deux actes de Mozart a été présenté à la salle Claude-Champagne par l'Atelier d'opéra et l'OUM en 2005 sous la direction musicale de M. Rivest. Benoît Brière y assurait la mise en scène.

«Layla avait une belle présence sur scène et une voix d'une rare beauté, mais encore verte. Le soir de la répétition générale, j'ai l'ai vue s'épanouir devant moi et déployer ses ailes. Celles-ci devaient faire 10 mètres de long! J'ai failli tomber en bas de ma chaise, raconte Jean-François Rivest. Depuis, elle ne cesse de m'émouvoir par sa profondeur vocale et sa personnalité.»

Layla Claire, de son côté, garde un souvenir indélébile de son passage à l'Université de Montréal, où elle s'est délectée des cours de Catherine Sévigny. «Je lui dois ma technique de chant, note-t-elle. Et aussi de m'avoir donné le plus précieux des conseils, soit celui d'avoir confiance en moi. Avant chaque prestation, elle me disait toujours: “Vas-y avec confiance!” Aujourd'hui encore, je me répète ces mots avant de monter sur scène.»

De l'Atelier d'opéra et de l'OUM, la soprano dira: «J'ai eu l'occasion grâce à eux de connaitre une première expérience sur scène avec de vrais costumes et décors. C'est une chance inouïe et rare pour une jeune chanteuse d'opéra. C'est d'ailleurs cette expérience qui a confirmé ma voie.»

Sa présence magnétique, son jeu théâtral équilibré et le large spectre de son registre laissent à penser que la cantatrice possède, dans la vie, un tempérament de diva. Détrompez-vous. Habituée, enfant, à s'amuser avec les garçons (elle a quatre frères), elle grimpait aux arbres, se baignait dans le lac près de la maison familiale et jouait au hockey sur gazon. «J'étais un vrai garçon manqué», avoue-t-elle.

Tout le contraire de la vedette insupportable. «Elle est calme, chaleureuse et d'une grande gentillesse, affirme à son sujet Mme Bédard, qui l'a côtoyée durant ses études universitaires. Layla travaillait comme placière quand des concerts étaient présentés à la salle Claude-Champagne. Elle était toujours aimable et polie avec tout le monde.»

Elle court, elle court, la soprano d'amour

Petite, elle fait partie d'un chœur d'enfants. «Je chantais tout le temps. Ça énervait mes frères.» Puis, à l'adolescence, la directrice de la chorale l'encourage à suivre des cours de chant. À l'époque, Layla Claire ne savait pas encore qu'elle se destinerait au chant classique. «J'admirais les chanteuses populaires et je rêvais de faire comme elles, mais j'aimais aussi le théâtre. Quand j'ai découvert l'opéra, ce fut une révélation. Je pouvais combiner la musique et le théâtre.»

La soprano aux cheveux de feu n'a jamais oublié son premier contact avec la scène. C'était dans la vallée de l'Okanagan, près de son village natal. «J'avais 17 ans et j'incarnais Giannetta dans l'opéra de Donizetti L'elisir d'amore. À ce moment-là, je me suis dit que ce métier était fait pour moi. Mais je doutais de mes capacités.»

Treize ans plus tard, Layla Claire interprètera le même personnage au Metropolitan Opera de New York (MET) avec des artistes reconnus dont Diana Damrau, Juan Diego Florez et Mariusz Kwiecien. La critique sera dithyrambique.

Travailleuse acharnée, la soprano carbure aux défis. Après ses études à l'UdeM, elle est acceptée au Curtis Institute of Music, à Philadelphie, où elle fait une maitrise en opéra. Les années qui suivent ressemblent à un conte de fées. Elle chante d'abord au festival de Tanglewood en 2007. Puis elle est sélectionnée en 2009 pour participer au programme de perfectionnement pour jeunes artistes du Metropolitan Opera. «J'y suis restée trois ans et j'ai pu chanter dans plusieurs productions du MET, dont The Enchanted Island, un pastiche baroque de la musique de Haendel, Vivaldi, Lully et autres.»

Un DVD de cette production, vendu sous le label de Virgin Records, montre une femme au talent exceptionnel qui irradie littéralement la scène de sa présence. Cette polyglotte qui parle, outre l'anglais et le français, l'italien et l'allemand a reçu de nombreux prix, dont le Hildegard Behrens Foundation Award, en 2010, et le prix Mozart, accordé deux ans plus tôt à la Wilhelm Stenhammar International Music Competition.

Au cours des deux dernières années, Layla Claire a enchainé les productions: Le Messie de Haendel avec l'Orchestre philharmonique de New York, la Symphonie no 2 de Mahler avec l'Orchestre symphonique de Boston, la Neuvième Symphonie de Beethoven avec l'Orchestre national de Russie... Elle a aussi chanté au Festival d'opéra de Glyndebourne, en Angleterre, et au Festival d'Aix-en-Provence, en France. Ouf!

Dans ses temps libres, cette adepte de yoga et de plein air, qui se dit inspirée par la nature et les montagnes de Penticton, s'adonne à la course à pied. «Je fais du jogging dans toutes les villes où je chante. C'est une excellente façon de visiter et de découvrir les lieux.»

Dominique Nancy