Elle danse sur la science!

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  • Le 23 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Sophie-Anne Scherrer«Three-Dimensional Vertebral Wedging in Mild and Moderate Adolescent Idiopathic Scoliosis». C'est le titre d'un article publié dans le numéro du 15 aout dernier de la revue PLOS ONE, faisant état de résultats prometteurs quant à la compréhension de la scoliose chez les jeunes patients grâce à une technique d'imagerie et de numérisation en trois dimensions.

 

La première auteure, Sophie-Anne Scherrer, a coordonné cette recherche alors qu'elle poursuivait ses études de premier cycle au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal. «Dans toute cette aventure, je crois que c'est le jour où j'ai reçu la réponse positive des éditeurs qui a été le moment le plus excitant», affirme la jeune femme, qui a entrepris des études de maitrise en ergothérapie à l'Université McGill.

Toute une entrée dans le monde de la recherche pour cette ancienne danseuse professionnelle qui a effectué il y a trois ans un changement de carrière radical. Formée à l'école du Toronto Dance Theatre et au Ballet Divertimento, Sophie-Anne Scherrer s'est produite pendant une décennie sur des scènes prestigieuses et dans des spectacles à grand déploiement. Elle a été soliste dans Les pêcheurs de perles, de Georges Bizet, à l'Opéra de Montréal, et dans la comédie musicale Fame. Elle a dansé au gala Juste pour rire et participé à des spectacles ou émissions comme Elvis Story, Night Fever, Le match des étoiles, etc. Elle a dû mettre fin à sa carrière à cause de blessures de plus en plus invalidantes. «À la fin, relate-t-elle, je ne pouvais plus attacher mes chaussures.»

C'est à l'occasion d'un travail à temps partiel que Mme Scherrer se joint à l'équipe de Paul Allard, directeur du Laboratoire d'étude du mouvement du CHU Sainte-Justine, en février 2012. Elle est chargée de numériser des radiographies de sujets de recherche souffrant de scoliose. Le professeur Allard avait recruté 27 adolescentes en début de traitement et voulait mettre au point une nouvelle technique d'évaluation de la déformation osseuse. «Les techniques traditionnelles de diagnostic s'appuient sur des observations bidimensionnelles. En utilisant la reconstruction tridimensionnelle, dès la première rencontre avec un médecin orthopédiste, nous pensions pouvoir mieux documenter la progression de la déformation», explique l'étudiante.

Dans les mois qui ont suivi, Sophie-Anne Scherrer a pris de plus en plus d'initiatives au point d'assurer, l'été suivant, la supervision de l'équipe d'étudiants de premier cycle affectés à ce projet. Elle avait entretemps obtenu une bourse de premier cycle du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, qui couvrait son salaire à hauteur de 6500 $. «C'est une étudiante exceptionnelle qui avait un sens critique très fort et une motivation à toute épreuve, deux qualités essentielles chez un bon chercheur», commente Paul Allard.

Préciser les paramètres

Au moment où Sophie-Anne Scherrer est intégrée dans le projet, les paramètres de la recherche ont déjà été esquissés par les chercheurs (Mickaël Begon, Alberto Leardini, Christine Coillard, Charles-Hilaire Rivard et Paul Allard sont les autres signataires de l'article), mais la jeune femme a son mot à dire dans la méthodologie. Elle est amenée très tôt à préciser le protocole d'expérimentation. En plus de répertorier la littérature scientifique, elle participe aux collectes de données au CHU Sainte-Justine et peaufine le processus de numérisation. «J'ai été bien encadrée par mes professeurs Mickaël Begon et Paul Allard, particulièrement lorsque le temps est venu de rédiger l'article», dit-elle.

Le plus dur? Chaque étape comportait son lot d'obstacles à surmonter, et la programmation informatique aurait pu être un véritable cauchemar n'eut été le soutien d'un autre étudiant du laboratoire, Benjamin Michaud, mentionne-t-elle.

L'étudiante-chercheuse aurait été ravie de voir son article publié dans une revue à impact moyen. Ses professeurs ne l'entendaient pas ainsi. PLOS ONE est l'une des publications scientifiques les mieux cotées du monde et le comité éditorial n'a exigé que des corrections mineures au texte soumis le 8 avril et accepté le 1er juillet.

Propulsée dans le monde de la recherche avant d'obtenir son diplôme de premier cycle, Sophie-Anne Scherrer s'est rendue au congrès de la Société de biomécanique, en Grèce. Elle a vu sa présentation gagner le prix de la meilleure affiche de cette rencontre réunissant quelque 160 participants. «Cette expérience a certainement modifié ma façon de voir les choses, indique-t-elle. Je crois que la recherche fera partie de mes activités professionnelles, quelles qu'elles soient.»

Mathieu-Robert Sauvé


 

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