Pourquoi les étudiants évaluent-ils les enseignants?

  • Forum
  • Le 23 septembre 2013

  • Dominique Nancy

«L'évaluation des enseignants par les étudiants constitue une nécessité pour nos universités si l'on veut améliorer la qualité des formations et la pédagogie», estime Patrick Dufour, professeur au Département de physique de l'Université de Montréal depuis 2012.

 

Lorsque Forum a rencontré ce jeune astrophysicien, il venait de recevoir les évaluations du cours obligatoire PHY 1620: Ondes et vibrations, qu'il a donné à l'hiver 2013 à quelque 60 étudiants de premier cycle. D'un tiroir de son classeur, il sort une pile de papiers: «Excellent pédagogue, très dynamique.» «J'ai adoré votre cours parce que vous faites beaucoup de manipulations.» «Vous êtes un très bon vulgarisateur.» Les étudiants ne tarissent pas d'éloges à l'égard de Patrick Dufour. Le professeur aborde pourtant dans ce cours des concepts complexes qui pourraient rebuter plus d'un étudiant: la physique des ondes, les systèmes d'équations différentielles, l'algèbre matricielle, la mécanique quantique, les oscillations couplées...

«Les commentaires ne sont pas toujours élogieux. Certains me reprochent par exemple de très mal écrire au tableau ou d'être incapable de briser une coupe de cristal avec ma voix. J'ai essayé pourtant», dit-il en riant. À son avis, il ne faut pas voir les critiques des étudiants d'un mauvais œil, mais plutôt comme une occasion de prendre connaissance de leur appréciation. «C'est un outil d'une grande utilité qui nous permet de nous améliorer et d'adapter l'organisation de nos cours.»

Cela peut paraitre évident ici, au Québec, où l'évaluation à l'université est systématique à la fin de chaque trimestre pour tous les cours. Les étudiants sont invités généralement par l'entremise d'un questionnaire à faire connaitre leur opinion sur le contenu du cours, le matériel pédagogique employé, les compétences acquises, etc. Les questionnaires sont ensuite recueillis par l'administration et remis aux professeurs. De manière générale, les enseignants acceptent de voir les étudiants donner leur appréciation sur leurs cours, pas toujours de gaité de cœur comme M. Dufour, mais la règle est entrée dans les mœurs.

Ailleurs dans le monde, notamment dans certains établissements français, l'évaluation de l'enseignement par les étudiants demeure un sujet délicat, encore tabou. Ce principe, qui est inscrit dans la charte française de l'enseignement supérieur et de la recherche depuis 1997, reste dans les faits peu appliqué. À l'exception des écoles d'ingénieurs, de médecine et de commerce, ainsi que des instituts d'études politiques, qui l'ont adopté. Seules quelques universités comme l'Université Bordeaux Segalen et l'Université Claude-Bernard Lyon 1 s'y soumettent de plein gré.

Contrairement à l'Amérique du Nord, les évaluations y sont peu promues. «La démarche est souvent mise en œuvre de façon informelle, poussée par la volonté d'une équipe pédagogique ou d'un responsable de formation», peut-on lire dans un document de l'Observatoire Boivigny, un organisme qui fournit des analyses indépendantes sur l'enseignement supérieur en France et à l'étranger.

Devant le besoin des étudiants de s'exprimer sur leur formation, divers sites Internet consacrés à l'évaluation des enseignants ont vu le jour ces dernières années. Sur www.ratemyprofessor.com, l'un des sites les plus populaires, les étudiants attribuent à leurs enseignants une note de un à cinq en fonction de l'organisation et de la clarté de leurs cours. Au total, 940 professeurs de l'Université de Montréal y ont fait l'objet d'une évaluation. Leur moyenne s'élève à 3,49, une moyenne très honorable.

Dominique Nancy

(Illustration: Benoît Gougeon)