Bernard Foccroulle, le maitre de musique

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  • Le 30 septembre 2013

À la fois musicien, organisateur de festival et directeur d’opéra, Bernard Foccroulle est une figure incontournable de l’art lyrique actuel.On aurait pu rencontrer le professeur d'analyse musicale Bernard Foccroulle dès 1976 dans un conservatoire belge ou l'entendre comme interprète, à l'orgue, au sein du Ricercar Consort, qu'il a cofondé en 1980.

 

On aurait pu le découvrir administrateur à la tête des Jeunesses musicales de Belgique (1986-1990) ou directeur du Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles (1992-2007). Enfin, parcourant sa discographie, qui compte des intégrales consacrées aux œuvres pour orgue de Jean-Sébastien Bach et de Dietrich Buxtehude, on aurait pu être attiré par ses propres compositions.

Ce qui lie les différentes activités de Bernard Foccroulle, ce n'est pas tant la musique que le désir de la faire connaitre. Joint chez lui par téléphone, il explique: «C'est peut-être surtout une envie de partager les “belles choses”; il n'y a rien qui me rende plus heureux que de partager, avec mes proches, mais aussi avec des cercles beaucoup plus larges, les choses que j'aime et c'est, je crois, le point commun qu'il peut y avoir entre mon travail de musicien, celui d'organisateur de festival ou de directeur d'opéra. Il y a chaque fois des éléments qui sont de l'ordre du partage et de l'échange et c'est extraordinairement enrichissant pour toutes les parties.»

Grand interprète de musique baroque, Bernard Foccroulle est également reconnu comme un défenseur des musiques d'aujourd'hui. Cofondateur du festival de musique contemporaine Ars Musica à Bruxelles en 1989, il s'est souvent exprimé sur la nécessité de donner plus de place à la création contemporaine, ce qu'il fait lui-même à titre de directeur, depuis 2006, du Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence. «Je pense que les disciplines artistiques ont besoin de création, et davantage maintenant qu'à d'autres époques, dit-il, parce qu'on est menacé par le consumérisme, qui peut bien se passer de la création. Le consumérisme pourrait se contenter d'un répertoire d'opéras extrêmement limité, ne s'intéressant qu'à ceux qui sont “populaires”. Cependant, je constate que les maisons d'opéra, les festivals qui ont investi dans la création sont souvent ceux qui se portent le mieux sur les autres plans, comme la créativité des interprètes, l'élargissement et le rajeunissement du public.»

Le dernier festival d'Aix-en-Provence est une belle illustration de ce fait, puisque c'est l'œuvre offerte en création The House Taken Over, de Vasco Mendonça, qui a été la première à afficher complet! «Et c'est une grande fierté parce que c'est aussi l'œuvre d'un jeune compositeur, né en 1977. La programmation, d'année en année, de premières œuvres de grande qualité, auxquelles nous accordons les moyens qu'il faut, fait que le public nous fait confiance.»

Durant son passage à Montréal, on pourra entendre l'ancien élève de Bernard Lagacé jouer Bach et Buxtehude à l'orgue de la cathédrale Christ Church, le 3 octobre, à l'occasion du Festival d'automne Orgue et couleurs. Il y jouera également sa propre musique. «Les compositions pour orgue que j'ai écrites sont celles d'un interprète parce que j'étais fasciné par les orgues historiques et que j'ai voulu écrire pour ces instruments qui n'avaient généralement pas de littérature contemporaine.» À la cérémonie de la collation des grades de la Faculté de musique de l'Université de Montréal, au cours de laquelle lui sera remis un doctorat honorifique, on entendra notamment «Accords obliques», extraite des Cinq pièces pour viole de gambe, interprétée par Rafael Sanchez Guevara. Heureux d'apprendre la nouvelle, il précise: «Au début des années 80, je jouais fréquemment avec le Ricercar Consort, qui comptait un fabuleux gambiste du nom de Philippe Pierlot. Il y avait très peu de pièces contemporaines pour la viole, un peu comme pour les orgues historiques, et donc j'ai composé pour ces instruments que j'aime et pour lesquels je ne comprends pas qu'on n'écrive plus.»

Ses compositions plus récentes font une grande place à la voix, telle Due, que chantera le baryton François-Nicolas Guertin avec l'Orchestre de l'Université de Montréal sous la direction de Jean-François Rivest, le samedi 5 octobre, à l'église Saint-Jean-Baptiste: «Je suis très sensible à la poésie et, ces dernières années, c'est la musique vocale qui m'attire particulièrement; je suis parti de textes d'Erri De Luca. C'est le monde d'un écrivain qui a de grandes qualités de concision, une grande finesse; ça pose au musicien le défi de s'emparer de cette musique sans emphase, et c'est ce que j'ai essayé de faire.» Doit-on s'attendre à un opéra de Bernard Foccroulle? «Qui sait... C'est une chose à laquelle je réfléchis, mais je vous avoue que je ne vois pas très bien comment je pourrais trouver le temps de le composer... Peut-être d'ici quelques années!»

Réjean Beaucage
Collaboration spéciale

 

La programmation complète des activités auxquelles participera Bernard Foccroulle durant son séjour montréalais peut être consultée sur le site de la Faculté de musique: www.musique.umontreal.ca.