Comment bien évaluer les apprentissages?

  • Forum
  • Le 30 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Travail de session, examen de mi-parcours, questions à choix multiples, dissertation: comment faire pour évaluer convenablement et efficacement l'apprentissage dans une salle de classe? «C'est la pierre angulaire du travail de l'enseignant d'université.

 

Malheureusement, le plus souvent, le jeune professeur n'a reçu aucune formation sur le sujet et doit se fier à son instinct», répond Frédéric Lapointe, conseiller au Bureau d'évaluation de l'enseignement et des programmes d'études de l'Université de Montréal.

Auteur d'un mémoire sur la question et conférencier aux Services de soutien à l'enseignement, où il anime une dizaine d'ateliers par année, M. Lapointe précise qu'une bonne évaluation doit être cohérente avec les objectifs du cours. «Il faut éviter d'évaluer ce qui n'est pas planifié. Les étudiants, de nos jours, sont des gens efficaces qui veulent maximiser leurs efforts.»

L'enseignant peut légitimement se sentir inquiet devant un amphithéâtre bondé, surtout s'il donne un nouveau cours. Un conseil pour atténuer le stress: avoir déjà fixé les paramètres de l'évaluation. «Dès l'élaboration du plan de cours, on doit avoir une idée assez précise de ses modes d'évaluation. Rien n'empêche de modifier ceux-ci durant le trimestre. Les techniques de vote en direct et les questionnaires sur StudiUM, par exemple, permettent au professeur ou au chargé de cours de relever les forces et les lacunes de sa classe.»

Les questions à développement ne sont pas à proscrire sous prétexte que le groupe est imposant. Si une lecture est importante, le résumé peut être un moyen approprié de savoir ce que l'étudiant en a retenu... «Une question bien définie appelle une réponse qui peut tenir sur une page. Même pour un groupe de 160 étudiants, la correction n'est pas démesurée», dit-il.

L'évaluation ne fait pas l'objet d'une mission, rappelle le didacticien. Le professeur de carrière qui refuse, par principe, d'accorder des A+ n'aide pas sa cause ni celle des étudiants. «Les étudiants exceptionnels doivent être jugés correctement. Mais il est vrai que certains groupes sont vraiment forts et d'autres plus faibles. La moyenne peut être de B ou de A- pour un même cours donné par le même professeur un trimestre plus tard.»

Lorsque le processus d'évaluation est bien étayé, l'étudiant moyen qui arrive nerveux à l'examen final sait, en gros, ce qui l'attend. L'enseignant l'a informé des thèmes importants et a déjà mesuré les apprentissages pendant le trimestre. L'évaluation n'est pas un acte isolé, et chaque enseignant doit saisir l'esprit d'un département ou d'une faculté quand il distribue ses notes. Il doit aussi savoir déterminer la force de son groupe. «L'erreur la plus fréquente, à mon avis, c'est d'avoir des attentes irréalistes quant à ses étudiants.»

Le fait que chaque enseignant est jugé par les étudiants dans le cadre d'une consultation systématique prévient les dérapages, tient à mentionner Frédéric Lapointe. «Un chargé de cours qui évalue mal les apprentissages n'a pas d'avenir», lance-t-il.

De plus, le régime pédagogique de l'Université de Montréal prévoit la révision des notes. «Ce processus est légitime. Mais il faut savoir qu'il comporte un risque, même pour l'étudiant. Sa note peut être révisée à la hausse... ou à la baisse.»

Qui conteste le plus souvent? Les meilleurs, pour qui une différence entre un A et un B peut s'avérer immense s'ils prévoient remplir des demandes de bourse. Et les plus faibles, pour «laver le déshonneur» d'une très mauvaise note.

Mathieu-Robert Sauvé