Trois questions à Pierre Fournier

  • Forum
  • Le 30 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

La santé publique est par définition interdisciplinaire, rappelle le doyen de l’École de santé publique, Pierre Fournier.Pierre Fournier est le nouveau doyen de l'École de santé publique. Après avoir étudié la médecine, la médecine tropicale et la santé publique en France et au Québec, il a travaillé dans des organismes de santé publique en France et dans plusieurs pays d'Afrique avant d'accepter un poste à l'Université de Montréal en 1986.

 

Il y a notamment fondé l'Unité de santé internationale et assumé la direction du Département de médecine sociale et préventive. Avant d'être nommé doyen de la première faculté créée à l'UdeM en 40 ans, l'École de santé publique, il a dirigé ou codirigé plusieurs programmes de recherche et de coopération internationale dont le programme Population et santé en Afrique, financé par la fondation Bill et Melinda Gates, doté d'un budget de 18 M$. Le nouveau doyen, entré en fonction en juin, répond à nos questions.

 

L'École de santé publique est désormais une faculté. Quelle différence cela fait-il?

P.F. : La visibilité à l'interne est multipliée; le doyen assiste maintenant aux réunions d'orientation globale de l'Université de Montréal, se prononce sur les politiques et programmes d'études, etc. Nous pouvons apporter l'expertise de la santé publique dans les débats de société. Sur les plans national et international, c'est une différence majeure. Nous sommes la première faculté de santé publique au Québec – la troisième au Canada – à une époque où les défis en santé publique sont immenses, tant au pays qu'à l'étranger.

C'est une grosse différence, aussi, sur le plan de l'autonomie administrative. Nous devons désormais administrer seuls nos programmes, assurer notre croissance, stimuler la recherche et le rayonnement, etc.

 

Quelles sont les forces de la faculté?

P.F. : Nous sommes très bien positionnés en enseignement comme en recherche depuis notre création, puisque l'École de santé publique regroupe des départements qui existent depuis plusieurs années. Notre école regroupe une cinquantaine de professeurs réguliers et une centaine de professeurs de clinique, sans compter les chargés de cours. Actuellement, il y a 600 étudiants aux cycles supérieurs, dont 188 qui s'y sont inscrits cette année. Nous gérons 27 programmes d'études dont certains sont offerts à l'étranger. Nous sommes très actifs en recherche, recevant annuellement de 12 à 15 M$ en subventions publiques et privées. L'école compte six chaires de recherche.

La transformation de l'école en faculté résulte d'une volonté commune de la direction de l'Université, appuyée par tous les doyens, afin de donner un nouvel essor à ce volet majeur de la santé. Pour la petite histoire, il  a existé une faculté de santé publique pendant une bonne partie du dernier siècle. Elle s'est dissoute dans les années 70. Nous lui donnons une nouvelle vie, avec une structure administrative souple.

 

Quels sont vos principaux défis à titre de directeur?

P.F. : Le plus important défi à relever est sans aucun doute l'obtention rapide de l'agrément du Council on Education for Public Health, un organisme américain qui fait autorité en matière de formation en santé publique. Ce conseil a déjà agréé un de nos programmes, la maitrise en santé communautaire, et nous voulons obtenir un agrément global, ce qui implique un grand investissement de temps et d'énergie de la part de notre personnel. L'agrément exige qu'une première cohorte d'étudiants soit diplômée, ce qui ne peut se réaliser avant 2016. D'ici là, il faudra réformer nos programmes et c'est ce que nous souhaitons faire au cours de la prochaine année.

Un autre défi sera de trouver des moyens originaux et efficaces de créer des programmes interfacultaires qui conviennent aux différents partenaires tout en servant la cause de la santé publique. Nous savons d'expérience que les programmes transversaux sont difficiles à réaliser, même s'ils sont séduisants dans les conversations que nous avons. La santé publique est par définition interdisciplinaire et couvre des champs divers. On y traite de santé, bien sûr, mais sous des angles variés: épidémiologie, sociologie, économie, science politique, etc.

Nous collaborons activement avec notre réseau de partenaires externes dont l'Institut national de santé publique du Québec, les directions régionales de santé publique dont celle de Montréal, l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail du Québec, les centres de santé et de services sociaux affiliés et bien d'autres.

Mathieu-Robert Sauvé