Découverte d'un portique vieux de plus de 2700 ans en Grèce

  • Forum
  • Le 7 octobre 2013

  • Martin LaSalle

Des étudiants en stage tentent de remettre en place les multiples fragments de tuiles qui recouvraient le sol de cette boutique du portique d’Argilos. (Image: Jacques Perreault)Un portique vieux d'environ 2700 ans a été découvert cet été sur le site de la ville antique d'Argilos, dans le nord de la Grèce, grâce aux fouilles qu'a effectuées un groupe d'étudiants dirigé par Jacques Perreault, professeur au Centre d'études classiques de l'Université de Montréal.

 

Dans la Grèce antique, le portique – stoa en grec – était une structure construite en longueur qui abritait souvent des boutiques et qui délimitait la place publique de la cité – l'agora.

«Les portiques sont bien connus à partir de la période hellénistique, soit du 3e au 1er siècle avant Jésus-Christ, mais les exemples plus anciens sont très rares. Celui d'Argilos constitue à ce jour le plus vieil exemple en Grèce du Nord, il est réellement unique!» s'exclame Jacques Perreault, spécialiste de l'époque archaïque qui couvre les 7e et 6e siècles av. J.-C.

Située en bordure de la mer Égée, la cité antique d'Argilos fut la première colonie grecque établie dans cette zone autour du grand fleuve Strymon. À son apogée, au 5e siècle avant notre ère, Argilos était l'une des cités les plus riches de la région.

Depuis 1992, le professeur Perreault fouille la colline qui abrite Argilos et doit à l'occasion acquérir certains terrains privés qui s'y trouvent. L'acquisition se fait alors au nom de l'État grec, mais l'Université de Montréal en possède les droits de recherches scientifiques. Les vestiges du portique d'Argilos sont situés sur un de ces terrains, à l'extrémité nord de ce qui était la zone commerciale d'Argilos, à 50 mètres de la zone portuaire de l'époque.

Des traces de l'esprit d'entreprise des habitants

Les fouilles entreprises en 2013 ont permis de déterrer environ 40 mètres de longueur du portique. L'aire dégagée comportait jadis sept pièces, dont cinq ont été exhumées, chacune mesurant environ 5 mètres de large sur 7,5 mètres de profondeur, avec un mur de fond haut de 2,5 mètres.

Photo aérienne du portique découvert par l’équipe de Jacques Perreault. D’après des tests de résistivité électrique, la structure se poursuivrait sur plusieurs mètres. L’image a été prise à partir d’un appareil photo attaché à un mini-hélicoptère téléguidé.Argilos étant très prospère, il aurait été plausible que le portique ait été commandé et construit par la cité. Si tel avait été le cas, un architecte aurait veillé à la construction de la structure et à son unité architecturale: il n'y aurait pas eu de différences dans la taille des pierres utilisées et toutes les pièces auraient été identiques.

Or, l'examen des vestiges indique tout le contraire.

«Les techniques de construction et les pierres employées sont différentes d'une pièce à l'autre, laissant deviner qu'on a eu recours à plusieurs maçons pour chacune des pièces, élabore Jacques Perreault. Cela indique que les propriétaires de boutiques avaient probablement eux-mêmes la charge de les bâtir, que c'est donc “l'entreprise privée” et non la cité qui est à l'origine de cette stoa

Une cité riche tombée dans l'oubli

À l'âge du fer, le nord de la Grèce était un véritable eldorado. La vallée du fleuve Strymon, dont l'embouchure est située à moins de trois kilomètres d'Argilos, regorgeait de mines d'or et d'argent.

Grâce à son port et à ses mines proches, Argilos était un lieu stratégique pour le commerce de ces métaux précieux.

Mais sa prospérité a décliné rapidement à partir du milieu du 4e siècle av. J.-C., lorsque Philippe II a conquis l'ensemble de la région et a déporté les habitants d'Argilos vers Amphipolis, le nouveau siège du roi de Macédoine.

Ainsi désertée, Argilos est restée figée dans le temps. C'est ce qui permet aujourd'hui de découvrir ses habitations et de nombreux vestiges de l'activité humaine qui la caractérisait.

Un lieu de stage populaire

Depuis qu'il est sous la responsabilité de Jacques Perreault et de son collègue grec Zisis Bonias, le site d'Argilos a permis à quelque 450 étudiants de l'Université de Montréal de suivre un stage sous leur supervision.

«Chaque année, de 20 à 30 étudiants passent de quatre à six semaines à Argilos pour apprendre les techniques de fouilles et l'analyse du mobilier archéologique, en plus de faire des visites de différents sites archéologiques en Grèce du Nord », précise Jacques Perreault.

Et l'expérience est loin de tirer à sa fin. À lui seul, le portique n'a pas fini d'être déterré et, d'après les résultats d'une prospection géophysique effectuée à trois mètres de profondeur dans le sol, on observe que la structure se poursuit et que d'autres découvertes attendent donc les étudiants-chercheurs.

«Il nous reste encore beaucoup de travail!» s'enthousiasme le professeur en archéologie grecque.

Martin LaSalle


 

La passion de l'archéologie depuis l'adolescence

Jacques Perreault

C'est à l'adolescence que Jacques Perreault s'est pris d'intérêt pour l'archéologie. «Le père jésuite qui nous donnait le cours d'histoire ancienne, en deuxième secondaire, avait lui-même vécu en Égypte et il était extrêmement intéressant», raconte-t-il.

Un jour qu'il parlait à ses élèves des Étrusques, il n'a pu aborder que brièvement l'existence de cette civilisation parce que les historiens en savaient trop peu sur ce peuple antique du nord de l'Italie.

«Ça m'a titillé qu'un professeur qui avait réponse à tout nous dise qu'il n'en connaissait pas davantage sur les Étrusques. Ça a piqué ma curiosité et ce fut le début d'une passion qui m'habite encore aujourd'hui», relate M. Perreault.

Après sa maitrise, Jacques Perreault a fait son doctorat à Paris et a été le premier Canadien à devenir membre de l'École française d'archéologie d'Athènes, où il a travaillé pendant près de quatre ans en fouillant les vestiges de l'ile de Thasos. Il fut par la suite nommé directeur de l'Institut canadien d'archéologie à Athènes et c'est à ce moment-là qu'il s'est intéressé à Argilos.