Les campagnes sur Internet ont un effet limité sur la participation des jeunes aux élections

  • Forum
  • Le 15 octobre 2013

  • Martin LaSalle

Les jeunes ont beau être très branchés, les campagnes Internet ne parviennent pas à influencer l’action d’aller voter.En cette période électorale municipale qui bat son plein au Québec, la tentation peut être grande pour les politiciens de croire qu'il leur suffit d'être présents sur Internet pour joindre les jeunes et les inciter à aller voter.

 

Rien n'est moins sûr, à la lumière des travaux qu'a menés Julie Daubois dans le cadre de son mémoire de maitrise en communication intitulé Le potentiel des outils Internet pour inciter les jeunes adultes à voter et à s'intéresser à la politique.

Pour construire son argumentaire, Mme Daubois a questionné 272 étudiants d'université, dans un sondage ou des groupes de discussion, sur leurs connaissances et leur appréciation d'outils déployés sur Internet relativement au dernier scrutin fédéral tenu le 2 mai 2011.

Les outils sondés étaient la Boussole électorale du site Web de Radio-Canada; des vidéos virales «Vote Mobs» produites par des étudiants d'universités canadiennes; des sites d'organisation citoyenne; et deux applications Facebook.

Le défi: percer les réseaux sociaux

L'échantillon de répondants était constitué d'étudiants de 18 à 34 ans et composée de 65 % de femmes et de 35 % d'hommes. Il n'est donc pas représentatif de l'ensemble des jeunes adultes ni de l'ensemble des étudiants d'université.

Mais les constats de Julie Daubois n'en demeurent pas moins éclairants à plusieurs égards.

Ainsi, parmi les jeunes adultes interrogés, les hommes votent davantage que les femmes et semblent plus attentifs à l'information politique diffusée dans les médias traditionnels et sociaux.

Les hommes discutent davantage de politique que les femmes (en famille et avec leurs amis) et paraissent plus intéressés par les campagnes électorales.

Mais surtout, aucun des outils Internet faisant l'objet de l'étude ne les a influencés quant à leur intention d'aller voter ni au parti qui a reçu leur vote, et ce, peu importe le sexe. Même chose pour ce qui est de leur engagement politique.

La Boussole électorale de Radio-Canada – qui bénéficiait d'une visibilité sur toutes les plateformes de la société d'État –, est l'outil le plus connu: il a suscité l'intérêt de 43,5 % des répondants, contre 30,8 % pour les «Vote Mobs», dont on a aussi parlé dans les bulletins de nouvelles télévisées.

Les autres outils, qui ont été très peu fréquentés, n'ont reçu aucune attention médiatique. Ce qui laisse croire que le rôle de la télévision est encore important auprès des jeunes adultes.

«Nos observations démontrent que ces campagnes Internet facilitent la participation au scrutin, mais, comme elles ne durent qu'une trentaine de jours, elles ne parviennent pas à influencer l'action d'aller voter ou de s'engager politiquement», affirme Julie Daubois.

«Il est vrai que les médias sociaux sont très fréquentés et très présents dans la vie des jeunes adultes, mais il est difficile pour une organisation, un parti ou des politiciens de percer le réseau social d'un individu, ajoute-t-elle. Il faut être patient et espérer.»

Un énorme besoin de changement

Lors du scrutin fédéral du 2 mai 2011, seulement 61,4 % des Canadiens se sont prévalus de leur droit de vote, soit un taux de participation parmi les plus faibles de l'histoire du pays.

«On sait depuis longtemps que les jeunes adultes votent moins que leurs ainés, mais les taux de participation sont en déclin dans toutes les tranches d'âge, fait remarquer Julie Daubois. En fait, il n'y a pas que la participation électorale qui soit en crise, mais également l'intérêt politique.»

Bien que les étudiants qu'elle a sondés ou rencontrés aient voté dans une proportion de 83 % lors de ce scrutin, ils ont déploré le manque d'éducation politique et civique, «éducation qui devrait commencer en bas âge», ainsi que «le manque de vision des acteurs politiques et l'absence de projets unificateurs à long terme».

Plus encore, Julie Daubois dit avoir surtout ressenti chez eux «un énorme besoin de changement sur tous les plans: on est dans une période de transition, vers une nouvelle éthique de gouvernance où le respect, l'accessibilité et la transparence seront essentiels».

Martin LaSalle


 

Comment les jeunes s'informent-ils durant une campagne électorale?

Selon une étude du Centre francophone d'informatisation des organisations effectuée en 2011 et citée dans le mémoire de Julie Daubois, Internet est la principale source d'information pendant une campagne électorale pour 53 % des 18 à 24 ans et pour 44 % des 25 à 34 ans.

Fait intéressant, 63 % des 18 à 24 ans et 43 % des 25 à 34 ans suivent l'actualité dans les médias sociaux, subissant ainsi un double filtrage de l'information!

Et les étudiants interrogés pas Mme Daubois corroborent ces données: leur première source d'information, ce sont les médias sociaux, suivis du journal Métro, ainsi que des chaines d'information continue (contrairement à leurs ainés, ils n'ont pas fait un rituel des bulletins de 18 h et de 22 h).