Les femmes médecins sont meilleures que les hommes

  • Forum
  • Le 15 octobre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les chercheurs ont étudié les interventions des médecins auprès de patients diabétiques âgés. (Image: iStockphoto)La qualité des soins prodigués par les femmes médecins est supérieure à celle de leurs collègues masculins. La productivité de ces derniers est cependant plus grande.

 

C'est la conclusion à laquelle est parvenue une équipe de recherche de l'Université de Montréal qui a étudié les données de facturation de plus de 870 médecins québécois, dont la moitié étaient des femmes, en fonction de leurs interventions auprès de patients diabétiques âgés. «Les femmes ont obtenu des scores significativement plus élevés en matière de conformité aux guides de pratique. Elles sont plus nombreuses que les hommes à prescrire les médicaments recommandés et à planifier les examens requis», explique l'auteure principale de l'étude, Valérie Martel, qui a consacré son mémoire de maitrise à ce sujet au Département d'administration de la santé. Roxane Borges Da Silva, professeure à la Faculté des sciences infirmières, a codirigé le travail de maitrise de Mme Martel, aujourd'hui étudiante en médecine à l'Université Laval et présidente de la Fédération médicale étudiante du Québec. Régis Blais, professeur au Département d'administration de la santé et directeur de la recherche de Mme Martel, complétait l'équipe.

Pour pouvoir juger de la qualité des soins, les chercheurs se sont basés sur les recommandations de l'Association canadienne du diabète, qui produit un guide clinique du traitement de la maladie avec des directives claires. Chaque patient âgé de 65 ans et plus atteint de diabète doit passer, tous les deux ans, un examen de la vue chez un ophtalmologiste ou un optométriste. Il doit aussi recevoir trois ordonnances pour des médicaments précis, dont des statines, et il est recommandé qu'il passe une visite médicale complète annuellement. Comme la banque de données médicoadministratives de la Régie de l'assurance maladie du Québec incluent de l'information exhaustive sur chaque acte médical, les chercheurs ont pu mesurer ces variables. Dans chaque cas, les tests statistiques «confirment une différence significative entre les hommes et les femmes», peut-on lire sur l'affiche présentée au congrès de l'Association canadienne pour la recherche sur les services et les politiques de la santé.

Chez les médecins d'âge moyen, trois femmes sur quatre ont, par exemple, exigé de leur patient qu'il passe un examen de la vue contre 70 % de leurs confrères; 71 % d'entre elles avaient prescrit les médicaments recommandés comparativement à 67 % des hommes et une proportion similaire avait prescrit des statines (68 % contre 64 %); 39 % des femmes médecins avaient expressément demandé à leur patient de subir un examen complet (contre 33 % des hommes). En matière de productivité, il y a un renversement. En moyenne, les hommes déclarent près de 1000 actes de plus par an que leurs consœurs.

Différences générationnelles

L'étude de Valérie Martel comporte un volet sur l'âge des cliniciens. «Mon hypothèse était que les différences entre les pratiques masculines et féminines s'amenuisent avec le temps. J'avais l'impression qu'on voit de plus en plus d'hommes prendre du temps avec leur patient, au détriment de leur productivité, et de plus en plus de femmes tendre vers une hausse du nombre d'actes. Cet aspect a été démontré. Plus les médecins sont jeunes, moins les différences apparaissent significatives.»

Pour Régis Blais, cette étude vient confirmer ce que plusieurs personnes pensaient. «Les femmes qui passent plus de temps avec leur patient, on a l'impression que ça va de soi. Mais c'est difficile à observer dans le cadre d'une étude scientifique. Celle-ci y parvient.»

Cependant, il met en garde contre une interprétation erronée des résultats. Si un médecin plus productif semble plus «rentable» pour un hôpital, les apparences peuvent être trompeuses à long terme. «Un médecin qui prend le temps de bien expliquer les problèmes à ses patients pourrait faire en sorte que ceux-ci ne reviennent pas un mois plus tard parce qu'un détail les inquiète. La personne la plus productive pourrait ne pas être celle qu'on croit.»

Dans le contexte de la féminisation de la profession médicale, les résultats «interpellent les décideurs sur la planification des ressources humaines en santé et les défis que pose cette augmentation de la prévalence des femmes, écrivent les auteurs dans leur conclusion. Il faudrait examiner en particulier le ratio gains/bénéfices d'une plus grande qualité, combinée à une plus faible productivité.»

Réflexion nécessaire

Une réflexion sur la réorganisation du système de santé s'impose donc. «La parité hommes-femmes est admise depuis plusieurs années chez les omnipraticiens. Chez les spécialistes, nous y sommes presque. Or, les femmes s'absentent temporairement du réseau pour fonder une famille. Elles travaillent moins d'heures pour assurer une présence à la maison quand elles ont des enfants. Inévitablement, cette transformation aura un effet sur la gestion des ressources. Il faut se préparer à ces changements.»

Roxane Borges Da Silva est du même avis. «Notre étude ne lève qu'une partie du voile sur cette question. Et elle a plusieurs limites. Ainsi, on ne sait pas si les ordonnances médicales et les recommandations relatives aux examens ont été bien suivies. Mais les différences observées demeurent significatives. Elles nous renseignent sur des différences dans la pratique médicale dont il faudra tenir compte.»

Mme Borges Da Silva poursuit ses travaux en étudiant d'autres maladies chroniques comme l'hypertension, l'asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive. Nouvellement engagée par la Faculté des sciences infirmières après avoir travaillé deux ans au Département d'administration de la santé, elle a obtenu un diplôme de maitrise en économétrie de l'Université d'Aix-Marseille et un doctorat en santé publique avant de se joindre au corps professoral de l'Université de Montréal.

Relations avec les médias:

Julie Gazaille
Attachée de presse
Université de Montréal
j.cordeau-gazaille@umontreal.ca

Informations bibliographiques complètes :

R. Borgès Da Silva, V. Martel, R. Blais, Qualité et productivité dans les groupes de médecine de famille : qui sont les meilleurs ? Les hommes ou les femmes ?, Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, Volume 61, Supplement 4, October 2013, Pages S210-S211, ISSN 0398-7620, dx.doi.org/10.1016/j.respe.2013.07.021.

Source :

Mathieu-Robert Sauvé, Bureau des communications et des relations publiques, Université de Montréal

 

Page de Roxane Borges Da Silva