Thérèse Gouin Décarie, le parcours d'une pionnière

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  • Le 15 octobre 2013

Mme Gouin Décarie, à droite, le 8 octobre dernier, alors qu’elle remettait le prix portant son nom à Mme Le Bourdais, au centre sur la photo, en présence de Mme Mathieu, à gauche.Chaque année, l'Acfas remet des prix récompensant l'excellence dans tous les domaines. Cette année, le prix Marcel-Vincent en sciences sociales a été officiellement rebaptisé du nom de Thérèse Gouin Décarie.

 

Le choix de Mme Gouin Décarie s'est imposé de lui-même, a rappelé Mireille Mathieu au gala de l'Acfas, le 8 octobre, en présence de Mme Gouin Décarie.

Ce grand nom de la psychologie infantile au Québec, dont la vie a toujours été intimement liée à l'Université de Montréal, est «un modèle de rigueur scientifique, d'engagement et d'humanisme», a souligné Mme Mathieu, vice-présidente à la production scientifique à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux. C'est elle qui a piloté la nouvelle désignation du prix en sciences sociales. Mme Gouin Décarie a d'ailleurs présenté la première lauréate du prix, Céline Le Bourdais.

Mme Gouin Décarie a déjà été honorée par l'Acfas, puisqu'elle fut la première femme à recevoir le prix Marcel-Vincent, en 1986, et, en donnant à ce prix le nom de cette scientifique d'exception, l'Acfas vient reconnaitre la contribution des femmes en sciences.

 

Retour sur un parcours d'exception

Dès sa naissance en 1923, Thérèse Gouin Décarie semble vouée à un avenir prometteur. Celle dont l'arrière-grand-père et le grand-père ont tous deux été premiers ministres du Québec décide très tôt de faire des études. Elle choisit la psychologie pour être utile aux autres et aider ceux qui souffrent mentalement, «la plus douloureuse des maladies». À 22 ans, elle entre donc au tout nouvel Institut de psychologie de l'Université de Montréal et devient l'une des premières diplômées de cette discipline. C'est au cours d'un séjour en France, en 1949, qu'elle découvre Jean Piaget à travers ses écrits. Le grand psychologue et épistémologiste suisse l'inspirera tout au long de sa longue carrière. Elle le rencontrera d'ailleurs quelques années plus tard, à un congrès international de psychologie, où elle expose son projet de thèse de doctorat, qui deviendra par la suite le livre Intelligence et affectivité chez le jeune enfant. Cette brillante synthèse des théories de Piaget et de Freud, qui met en avant le processus dynamique de l'intégration de l'enfant dans l'univers des humains, deviendra un classique de la psychologie du développement.

Une vie consacrée au milieu universitaire et à la science

Thérèse Gouin Décarie se consacre rapidement à l'enseignement et à ses travaux de recherche. C'est à l'Université de Montréal qu'elle choisira d'enseigner pendant plus de 40 ans. En 1962, elle entame une étude longue de sept ans pendant laquelle elle est appelée à évaluer une vingtaine de jeunes enfants souffrant de malformations congénitales dues à la thalidomide. Ses travaux sur le développement tant mental qu'affectif de ces enfants ont reçu la même reconnaissance internationale que ses recherches plus fondamentales en psychologie génétique.

Mais sa contribution ne se limite pas qu'à sa discipline scientifique! Thérèse Gouin Décarie a également fait sa marque au sein de nombreuses instances administratives parmi lesquelles le Conseil des universités du Québec, le Conseil de l'Université de Montréal et la Commission de vérification de l'évaluation des programmes de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec. Elle a notamment participé à la création de la Faculté des arts et des sciences et de la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université de Montréal.

Une figure de l'émancipation féminine

Ce grand nom de la psychologie infantile est aussi une figure de l'émancipation des femmes, parvenant à s'illustrer dans un milieu dominé jusque-là par les hommes. Elle fut ainsi la première femme dans le domaine des sciences sociales à devenir membre du Conseil national de recherches du Canada, la première femme à recevoir le prix Marcel-Vincent de l'Acfas pour les scientifiques en circulation au Québec et la première femme à se voir accorder le Prix du Québec Léon-Gérin pour une carrière scientifique remarquable.

 

Prix Acfas 2013