Les grands défis de l'école primaire

Louise Poirier, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducationLouise Poirier, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal fait le point sur les grands défis à venir de l'école primaire.

 

Quels sont les grands défis de l'école primaire?

D'abord, la complexité de la vie, particulièrement de la vie urbaine. Il y a dans les classes ordinaires une hausse effarante d'élèves en difficulté, par exemple des cas d'autisme, de troubles du développement avec ou sans hyperactivité ou de dyslexie. Avant, la plupart de ces élèves fréquentaient des écoles particulières. Et c'est sans compter la diversité culturelle au sein des écoles montréalaises. C'est une richesse mais aussi un défi pour l'enseignant. D'où l'importance d'une formation continue en enseignement. Malheureusement, il n'y a pas, au Québec, d'obligation en ce sens après l'obtention du baccalauréat. À mon avis, le ministère de l'Éducation devrait permettre aux enseignants de mettre à jour leur formation après une certaine expérience sur le terrain.

L'école québécoise a-t-elle progressé depuis la réforme de 2001?

Oui, même s'il y a encore des embuches. À présent, on en demande beaucoup plus aux élèves. Ils doivent utiliser leur jugement pour décider quand il est approprié de se servir de tel ou tel outil. En didactique des mathématiques, ma spécialité, on travaille à concevoir non seulement les outils mais aussi les situations dans lesquelles ils sont pertinents. Auparavant, il y avait deux données numériques et un mot clé qui nous indiquaient quelle opération faire. C'était d'ailleurs inscrit tel quel dans le programme d'études. On était loin de la résolution de problèmes!

Vous avez étudié l'évolution de l'enseignement des mathématiques depuis 1851. Qu'est-ce qui a changé?

Nos analyses ont démontré que, d'une réforme à l'autre, il y avait un appauvrissement des attentes. On en demandait davantage aux élèves en 1878 qu'en 1981! Mais avec la réforme de 2001, on observe un redressement. Aussi, il y a plus de travail d'équipe et de collaboration entre les élèves.

Comment savoir si les élèves se sont réellement améliorés?

Difficile de dire si les élèves réussissent mieux ou moins bien qu'avant, mais les évaluations internationales en lecture, en mathématiques et en sciences montrent que les jeunes Québécois ont acquis un grand bagage de connaissances au cours de leurs études primaires. Bon an, mal an, le Québec francophone se classe parmi les cinq premiers dans le monde ! On doit faire les choses plutôt bien, non ?

Et l'école de demain, comment la voyez-vous ?

On est sur la bonne voie. Mais notre société devrait mieux reconnaitre la profession d'enseignant et l'importance de l'éducation, qui est l'avenir de notre collectivité. Comme nous sommes tous allés à l'école, nous avons tendance à nous prendre pour des experts dans le domaine. Je ne suis pas certaine que les difficultés inhérentes au travail des enseignants soient pleinement comprises. On leur demande d'être des spécialistes des mathématiques, du français, des arts plastiques, de l'éthique et de la culture religieuse...

Dominique Nancy

Cet entretien est extrait de la revue "Les diplômés" (N°425).