Janic Demers enseigne au primaire depuis 23 ans

Janic Demers dans sa classe de l'école Saint-Germain d'OutremontLes animaux bigarrés, les grosses lettres et les chiffres colorés qui décorent les murs de la classe de Janic Demers ressemblent à ceux de ses premières années dans le métier, il y a 23 ans.

 

En 2013 comme en 1990, les enfants s'échinent tout l'automne sur des syllabes, puis sur des mots. Et à Noël, miracle! Ils alignent bel et bien des phrases, sous le regard ébahi de leurs parents.

Immuable, le métier d'enseignant? « Non, les enfants ont changé, constate l'enseignante à l'irrésistible sourire. Ils sont moins patients. Ils comprennent mal ce que signifie le mot “attendre”. Alors, moi, j'essaie de développer cette aptitude, qui sera si importante dans leur vie. »

Janic Demers accorde pareillement beaucoup d'attention aux relations entre les enfants en insistant sur l'entraide et le partage. Elle-même soigne ses rapports avec les enfants de première année. Un garçon nerveux dérange la classe en tambourinant sur le pupitre avec son crayon ? Elle convient avec lui d'un clin d'oeil discret lorsqu'il fait trop de bruit. Un autre s'ennuie manifestement ?  Elle lui demande de donner un coup de main à son voisin. Un troisième confond le p et le f systématiquement ? Elle vérifie s'il ne serait pas dyslexique. « J'aime lorsque l'enfant se sent entouré. J'essaie d'établir une complicité avec lui. »

Récemment, un grand de 19 ans, placier dans un cinéma, l'a reconnue et saluée. Il avait été son élève et se rappelait que « madame Janic » lui avait donné une boule antistress pour l'aider à traverser un moment difficile, la maladie de sa maman.

L'enseignante originaire de Mont-Laurier a connu des expériences d'enseignement variées au cours de sa carrière. « J'ai travaillé dans des écoles en milieux défavorisés multiethniques. Souvent, les parents ne parlent pas très bien français et l'école devient un lieu d'ancrage pour les enfants, une manière de s'intégrer dans la société. Les problèmes d'apprentissage étaient nombreux et il fallait toujours avoir des collations dans l'a rmoire pour les enfants dont le sac-repas était vide... La charge de travail est énorme, mais c'est extrêmement valorisant. »

Depuis quelques années, « madame Janic » enseigne à l'école Saint-Germain d'Outremont, à un jet de pierre de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, où elle a obtenu en 1991 un baccalauréat en enseignement primaire assorti d'une formation en orthopédagogie, qui lui est d'un grand secours. « Le milieu scolaire est beaucoup plus sensibilisé aujourd'hui aux troubles d'apprentissage, souligne-t-elle, de sorte que le dépistage s'effectue plus tôt dans la vie de l'enfant, ce qui permet d'intervenir avec davantage d'efficacité. »

Quand on lui demande quels changements elle souhaiterait voir s'opérer dans le monde de l'éducation, Janic Demers n'hésite pas une seconde : « Il faut redonner du lustre à la profession d'enseignant ! Enseigner est un  métier difficile. Il faut se tenir à jour, suivre les recherches menées dans le domaine, s'adapter aux nouvelles réalités sociales. Et surtout, c'est un métier important pour toute la société. »

Paule des Rivières

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (N°425).