Les «écolabos» permettent d'économiser ressources et argent

  • Forum
  • Le 28 octobre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Mme Kowarzyk et M. Leogane ont encore de nombreuses idées pour pousser plus loin l’écologie des laboratoires.En récupérant et en redistribuant les produits chimiques destinés à l'élimination, Olivier Leogane a permis au Département de chimie de l'Université de Montréal d'économiser près de 9000 $ en un an. Son système est simple: il recueille les produits inutilisés et les met à la disposition des laboratoires après les avoir stockés dans une salle où ils sont inventoriés avec précision.

 

Quelque 80 produits sont ainsi à la portée des intéressés. «On n'a pas idée du nombre de produits en bon état qui dorment au fond des laboratoires de recherche. Sur 10 contenants récupérés, 4 n'ont jamais été utilisés», mentionne ce conseiller en risque chimique de la Division santé et sécurité au travail de l'UdeM.

C'est après qu'Olivier Leogane eut communiqué avec Jacqueline Kowarzyk, agente de recherche au laboratoire de Stephen Michnick, du Département de biochimie de l'Université, qu'est né le projet Mon écolabo, consistant à «créer des laboratoires écoresponsables». Mme Kowarzyk avait instauré, un an plus tôt, un projet pilote de laboratoire écoresponsable dans son milieu de travail. Elle avait implanté un système de réutilisation des plaquettes en plastique qui avait permis une économie de 1500 $. Mme Kowarzyk, qui a une formation en microbiologie et en gestion durable, trouvait inconcevable que ces objets soient jetés après usage. «En lavant nos outils de laboratoire, on économise de l'argent, mais aussi des ressources. Je crois que nous avons une responsabilité sociale, en matière de développement durable, dans une université comme la nôtre engagée dans l'avancement des connaissances», dit-elle.

Le projet Mon écolabo s'appuie sur la collaboration de responsables de laboratoire – les «écoleadeurs» – qui s'engagent à faire la promotion du développement durable. Quatre niveaux de certification sont prévus, le premier correspondant à l'économie de ressources et d'énergie, au nettoyage de la vaisselle, etc., et le quatrième représentant la gestion écoresponsable est au cœur de chaque geste de l'équipe de recherche. Actuellement, tous les laboratoires qui font partie du projet se sont vu attribuer d'office la cote 1. «Nous en sommes encore au début de l'implantation des écolabos, car nous souhaitons trouver d'autres partenaires pour le projet. C'est un peu l'appel que nous lançons aujourd'hui», commente M. Leogane.

Éteindre la lumière

Les éléments sur lesquels le personnel peut avoir une influence sont nombreux: réduction des déchets chimiques et solides; remplacement du plastique par le verre; réemploi des solvants; recyclage des matières résiduelles, du papier, du plastique, du métal et des appareils électroniques; recours à des produits moins toxiques. «Le simple fait d'éteindre les lumières et les moniteurs lorsqu'on quitte une pièce compte parmi les pratiques à adopter», rappelle M. Leogane. Cela parait élémentaire, mais il n'est pas inutile de le souligner.

L'UdeM n'est pas la première université à vouloir appliquer ces principes inspirés des greenlabs américains. L'International Institute for Sustainable Laboratories encourage des pratiques écoénergétiques depuis une quinzaine d'années et plusieurs établissements universitaires, dont Harvard, Yale et Simon Fraser, en Colombie-Britannique, y adhèrent.

La liste de produits récupérés par Olivier Leogane s'allonge quand un professeur prend sa retraite et annonce la fermeture de son laboratoire. Mais il peut arriver qu'un chercheur lui offre un produit qui ne lui sert pas. Le produit fait alors l'objet d'un appel à tous et le premier à répondre y aura droit. Le tout, sans frais. «Ce système fonctionne très bien; parfois la réponse arrive en quelques minutes à peine», indique le titulaire d'un doctorat en chimie organique de l'UdeM depuis 2007.

Un projet encore plus excitant pourrait voir le jour à la suite de cette expérience: la récupération des catalyseurs de métaux rares, tels le palladium, le rhodium et le platine. La réaction chimique qu'on provoque avec ces complexes métalliques n'altère aucunement les propriétés du métal. Pourquoi ne pas les récupérer au lieu d'en faire des déchets? C'est une idée qu'il aimerait approfondir. En cas de succès, il serait intéressant d'étendre le procédé à l'ensemble des universités montréalaises, voire de tout le Québec, de façon à optimiser la réutilisation.

Les écolabos de demain

Que reste-t-il à accomplir pour le mouvement des écolabos? Beaucoup de choses, répondent les fondateurs. «Nous aimerions remplacer les produits réputés cancérogènes ou toxiques par des produits reconnus pour leur innocuité, donne à titre d'exemple Mme Kowarzyk. Nous aimerions aussi mettre en route le projet dans les laboratoires d'enseignement de l'Université. Cela permettrait non seulement de réduire les matières résiduelles produites par ces laboratoires, mais aussi d'enseigner des pratiques écoresponsables aux étudiants de premier cycle. Les étudiants pourraient alors appliquer ces pratiques dans leur futur laboratoire de recherche.»

D'autres économies pourraient être faites, notamment en matière d'utilisation de l'eau courante. On a opéré d'importantes réductions dans les laboratoires d'enseignement du Département de chimie; les laboratoires de recherche devraient suivre. Les autres laboratoires de l'UdeM pourraient se joindre au mouvement. «Nous n'avons pas réinventé la roue. Mais plus nous serons nombreux à participer aux initiatives de recyclage et de récupération, plus les résultats seront tangibles», déclare M. Leogane.

L'appui du Vice-rectorat aux affaires étudiantes et au développement durable a été capital, font remarquer les écoleadeurs. Il a permis de faire la promotion du projet et de financer ses activités.

Mathieu-Robert Sauvé