Une nouvelle ère pour les collections: les pièces du puzzle

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  • Le 28 octobre 2013

L’équilibre entre les livres et les périodiques est crucial pour une bibliothèque universitaire. (Image: Bibliothèques UdeM)Ce troisième volet fait suite à deux chroniques qui portaient sur certains mythes entourant les ressources documentaires et sur le processus de la communication savante. Je concluais mon dernier article en mentionnant que les bibliothèques étaient acculées au pied du mur en raison des augmentations annuelles du prix des abonnements aux périodiques qui, encore aujourd'hui, se situent entre trois et six pour cent.

 

La reconduction de la compression des dépenses au budget de la documentation agissant comme catalyseur, nous n'avons plus le choix: un virage s'impose.

 

Pourquoi?

Les bibliothèques universitaires canadiennes subissent toutes ces hausses démesurées même si elles effectuent leurs achats en commun. Cependant, la capacité de chacune d'absorber ces élévations de prix varie en fonction de la taille du budget alloué à la documentation. Or, nous devons composer avec un budget plus petit que celui des autres universités canadiennes. Le budget annuel de l'Université équivaut à environ 75 % de celui de l'Université de la Colombie-Britannique malgré une taille semblable. Le budget de la documentation est dans les mêmes proportions1. Les compressions imposées par le gouvernement du Québec ont peut-être accéléré la prise de la décision que je m'apprête à vous annoncer, mais le même constat se serait imposé d'ici quelques années malgré tout.

Les livres et les périodiques constituent les principaux pans d'une collection universitaire. L'équilibre entre les deux est crucial, car certaines disciplines s'appuient davantage sur les livres alors que d'autres reposent essentiellement sur les périodiques. Toutefois, l'accroissement des couts des périodiques fait que le seuil critique pour le maintien de la collection de livres est atteint, voire dépassé. Ainsi, nos bibliothèques ont consacré l'an dernier 11 % du budget de la documentation à l'achat de livres tandis que nos homologues canadiennes y investissaient 30 % en moyenne.

L'arrêt de l'hémorragie du côté des livres implique fatalement la mise en place d'un garrot pour les périodiques. Pour ce qui est des abonnements sélectifs à des titres de périodiques, ils ne représentent que 20 % du budget alloué aux périodiques et ils ont fait l'objet de multiples rondes d'annulations ces 20 dernières années. Tout ce qui pouvait être fait de ce côté sur le plan de la rationalisation a déjà été fait. Nous devons donc nous résoudre à examiner les grands ensembles de périodiques2, puisqu'ils monopolisent l'essentiel du budget des périodiques.

Déconstruire les grands ensembles

Certaines bibliothèques universitaires ont annulé leurs abonnements à ces grands ensembles pour réinstaurer la sélection individuelle des périodiques. Cette façon de procéder alourdit leur charge de travail, mais permet tout de même de réaliser des économies. Le potentiel d'épargne varie selon le degré de spécialisation de l'université. L'intérêt de cette solution est forcément plus limité pour une grande université comme l'UdeM, qui doit couvrir un large spectre de disciplines. De plus, nous sommes conscients que les éditeurs ne laisseront pas fondre indéfiniment leurs marges bénéficiaires sans réagir.

Malgré cette réserve, nous irons de l'avant. La première entente arrivant à échéance est celle de l'ensemble Wiley Online Library [onlinelibrary.wiley.com]. Nous l'annulerons pour privilégier les abonnements à la carte chez cet éditeur. La sélection des abonnements retenus à la pièce tiendra compte de l'importance du périodique dans la discipline, de l'utilisation du titre (articles visualisés, articles publiés par un auteur de l'UdeM et articles cités par un auteur de l'UdeM) et du cout par utilisation. Ces paramètres permettront de sélectionner un premier lot de périodiques. Pour compléter ce lot, les bibliothécaires choisiront certains périodiques en fonction des particularités de notre établissement. D'après nos projections, ces abonnements couvriront 68 % de l'utilisation mesurée en 2012.

L'ensemble retenu sera taillé sur mesure, respectant les besoins, l'utilisation, l'importance des périodiques dans la discipline et dans les domaines de recherche de l'UdeM. Bref, l'objectif est de mettre en œuvre une solution qui sera acceptable tant du point de vue des utilisateurs que sous l'angle financier.

Revenir aux sources

Nous nous sommes également penchés sur les bases de données. Leur suprématie s'est grandement atténuée avec l'arrivée des moteurs de recherche grand public tels que Google Scholar. De plus, depuis 2012, bon nombre d'articles sont repérables directement à partir d'Atrium, le catalogue des bibliothèques. Les banques de données offrent certainement des capacités de recherche plus sophistiquées, mais il n'en demeure pas moins que, nos ressources étant limitées, nous devons favoriser l'information primaire plutôt que les outils de repérage.

Une première vague d'analyses a permis de cibler trois bases de données dont l'abonnement sera annulé: Current Contents, Biological Abstracts RRM et PsycCritiques. Nous poursuivrons notre évaluation tout au long de l'année pour déterminer la pertinence des autres bases de données.

Pour en savoir plus... et commenter

Nous avons mis en place un site Web où vous trouverez plus de précisions sur les actions retenues: les ressources ciblées, les analyses, les répercussions, les risques, les solutions de rechange, etc. Je vous invite à aller le consulter à l'adresse bib.umontreal.ca/collections-nouvelle-ere.

L'objectif ultime de ces mesures est d'investir le plus efficacement possible les sommes que l'UdeM consacre annuellement aux collections des bibliothèques. Reste qu'il n'y a pas de miracle: une hausse constante des prix des périodiques augmente la pression sur notre budget. Il faudra remettre des dogmes en question et consentir des sacrifices. La réussite de cette démarche repose beaucoup sur l'ouverture d'esprit et la créativité qui caractérisent la communauté universitaire de l'UdeM.

Je vous invite à lire la semaine prochaine la dernière chronique de cette série. Nous porterons alors notre regard sur l'avenir.

Richard Dumont,
directeur général des bibliothèques de l'UdeM

1. En tenant compte des investissements en documentation de HEC Montréal et de Polytechnique Montréal.

2. Forfait d'abonnement couvrant la totalité des périodiques d'un éditeur.

 

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