Faire face aux défis des maladies chroniques

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  • Le 4 novembre 2013

Les cliniciens doivent être consultés dans le cadre de la nouvelle politique nationale de prévention. (Image: iStockphoto)Plus d'une centaine de personnes, venant du Québec, d'Ontario, des États-Unis, de Suisse et de Belgique, ont participé le 18 octobre au premier colloque de l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal (IRSPUM), intitulé «Maladies chroniques et nouvelle santé publique: vision, recherche, intervention».

 

Les participants ont fait le point sur les travaux de recherche récents qui portent sur les liens entre les maladies chroniques et les inégalités sociales et de genre, les carences nutritionnelles et la pollution atmosphérique.

Ce colloque s'inscrivait dans le cadre du discours de la nouvelle santé publique. Alors que, dans le modèle traditionnel, on travaille surtout sur l'individu pour qu'il adopte des habitudes de vie plus saines, par l'éducation notamment, la nouvelle approche place l'individu dans son contexte environnemental. «On n'étudie plus seulement les facteurs de risque, on se penche sur les causes des causes. Par exemple, on sait que la cause première du cancer du poumon, c'est le tabagisme, mais le tabagisme a aussi des causes sociales. On ouvre la boite des déterminants sociaux», explique Lucie Richard, directrice de l'IRSPUM.

Au Canada, on estimait, en 2009-2010, selon les données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, que près de 10 millions de personnes (âgées de 12 ans et plus) avaient reçu un diagnostic d'au moins une maladie chronique. Cette proportion risque d'augmenter avec le vieillissement de la population. Présentement, le traitement des maladies chroniques accapare 58 % des couts des soins de santé de l'UdeM au Canada, ce qui représente 68 milliards de dollars annuellement.

Une table ronde, animée par Marie-Pascale Pomey, professeure au Département d'administration de la santé de l'UdeM et à l'IRSPUM, a mis en lumière la problématique de la gestion des maladies chroniques. Comme l'a soulevé Anbreen Slama-Chaudry, chef de clinique dans le département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences aux Hôpitaux universitaires de Genève, la formation médicale ne prépare pas les médecins à la complexité du traitement des maladies chroniques. «La prise en charge du patient exige la gestion de la maladie, la gestion des besoins du patient, la gestion de la multitude de soins avec les collègues et la gestion de l'aide à domicile», a-t-elle témoigné. Il faut travailler en interdisciplinarité, alors que la médecine réparatrice travaille surtout en vase clos.

Grégoire Lagger, professeur-chercheur à la Faculté de médecine de l'Université de Genève et aux Hôpitaux universitaires de Genève, a fait part de ses études portant sur l'éducation thérapeutique du patient. La voie de l'avenir serait de confier davantage de pouvoir aux malades. «On doit passer de la logique médecin réparateur à soignant éducateur. Comment peut-on redonner du pouvoir et de la confiance aux patients? Doit-on investir dans les personnes plutôt que dans la technique?» s'interroge-t-il.

Plusieurs spécialistes ont mis en relief les avantages du travail en équipe, selon le modèle interdisciplinaire, pour soigner les maladies chroniques. «Cependant, ce modèle de travail entre totalement en contradiction avec le paiement à l'acte, méthode de rémunération dans nos systèmes de santé. Que faire quand la prise en charge des patients est partagée au sein d'une équipe?» a demandé William Hogg, professeur et conseiller principal à la recherche au Département de médecine familiale de l'Université d'Ottawa. Avec l'émergence de ce nouveau paradigme dans le traitement des patients, les chercheurs devront revoir et bien définir les rôles de chacun.

Vincent Dumez, codirecteur à la Direction de la collaboration et du partenariat patient à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, lui-même atteint de trois maladies chroniques, a donné son point de vue comme usager du système de santé. M. Dumez préconise une participation plus active des patients dans les projets de recherche. «Ils doivent devenir de véritables partenaires dans le processus de soins. Ils ne doivent pas être seulement consultés», dit-il. Cette participation plus interactive pourrait inclure les proches, notamment dans le cas évident de la maladie d'Alzheimer.

Les organisateurs de ce colloque souhaitent que la rencontre ait des répercussions concrètes. «On veut prendre part aux discussions qui mèneront à la nouvelle politique nationale de prévention, qui est en cours d'élaboration à Québec», a mentionné Mme Richard. C'est grâce à l'entente G3 récemment signée entre l'Université libre de Bruxelles, l'Université de Genève et l'Université de Montréal que ce colloque international a pu être mis sur pied.

Simon Diotte
Collaboration spéciale


 

Qu'est-ce que l'IRSPUM?

Créé en 2009, l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal est le plus important regroupement de chercheurs dans le domaine de la santé publique en milieu universitaire au Canada et dans la Francophonie. Il réunit plus de 200 chercheurs et professeurs rattachés à sept facultés: médecine, arts et sciences, sciences infirmières, médecine vétérinaire, pharmacie, sciences de l'éducation et droit. Adoptant une approche interdisciplinaire, l'Institut articule ses recherches autour de cinq grands axes: déterminants sociaux de la santé, environnements et santé, systèmes de santé, santé mondiale et des connaissances à l'action.

 

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