Marcel Fournier et James D. Wuest lauréats de Prix du Québec 2013

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  • Le 4 novembre 2013

Chaque année, le gouvernement québécois remet les Prix du Québec à des personnalités dont les œuvres, les travaux ou les recherches ont marqué la littérature, les arts et les sciences.

 

Chaque année, le gouvernement québécois remet les Prix du Québec à des personnalités dont les œuvres, les travaux ou les recherches ont marqué la littérature, les arts et les sciences. Cette année, deux chercheurs de l'Université de Montréal sont honorés: le sociologue Marcel Fournier reçoit le prix Léon-Gérin, plus haute distinction décernée en reconnaissance d'une contribution exceptionnelle au développement des sciences de l'homme, et le chimiste James D. Wuest se voit accorder le prix Marie-Victorin. Ces récompenses leur seront remises le 12 novembre à l'hôtel du Parlement à Québec.

Portrait de deux hommes de science qui font rayonner la recherche scientifique québécoise.

 

James D. Wuest

Itinéraire du père de la tectonique moléculaire

Originaire de Cincinnati, dans l'Ohio, James D. Wuest affiche très tôt un intérêt pour la science. Passionné par la beauté des cristaux et collectionneur de minéraux, il part faire ses études à la prestigieuse Université Cornell, dans l'État de New York. Mais pas en géologie. Celui qui, enfant, faisait déjà des expériences dans un laboratoire aménagé dans le sous-sol de la maison familiale, choisit plutôt la chimie et les mathématiques. «Durant mes années universitaires, j'ai découvert que la chimie organique est beaucoup plus intéressante que la minéralogie, car elle offre la possibilité de créer les objets qu'on étudie», explique-t-il. Il étudie ensuite dans une autre université de renom, Harvard, auprès du Prix Nobel Robert B. Woodward.

De Harvard à l'Université de Montréal

Après avoir obtenu son doctorat en 1973, il se joint au corps professoral de l'Université Harvard comme professeur assistant de chimie. Huit années plus tard, il traverse la frontière et entre à l'Université de Montréal, où on lui a proposé un poste permanent. «Mes activités de jeunesse m'ayant fait passer beaucoup de temps au Canada, lorsque l'Université de Montréal m'a offert un poste, j'ai accepté avec empressement», dit-il. Il va alors relever le défi d'apprendre le français, «le défi le plus grand de ma vie», indique-t-il. Plus de 30 ans après son arrivée à l'UdeM, il enseigne toujours au Département de chimie.

La tectonique moléculaire

Parallèlement à ses activités d'enseignement, James D. Wuest constitue une importante équipe de chercheurs en chimie: le Groupe Wuest. Ces étudiants diplômés et stagiaires postdoctoraux y étudient dans un champ de recherche dont il est lui-même à l'origine: la tectonique moléculaire. Sorte de «jeu de Lego à l'échelle moléculaire», cette approche consiste à bâtir des structures ordonnées à partir de molécules très singulières, les tectons. Ces tectons sont conçus pour s'associer de manière prédéterminée, programmés par leur géométrie et par leur structure chimique. À travers ses travaux, James D. Wuest cherche à comprendre et à contrôler la position des molécules les unes par rapport aux autres dans le but de pouvoir influer sur les propriétés des matériaux qui les composent. Ces compétences peuvent être utilisées pour résoudre des problèmes technologiques et scientifiques et contribuer à l'avancement de la science des matériaux, la science des surfaces et la nanotechnologie.

Une reconnaissance internationale

Après avoir collectionné, enfant, les minéraux, James D. Wuest collectionne les prix! Titulaire depuis 2001 de la Chaire de recherche du Canada en matériaux supramoléculaires, il a vu l'excellence et l'originalité de ses travaux être reconnues par de nombreux organismes.

Ce prix Marie-Victorin s'ajoute donc à la longue liste de récompenses sur laquelle figurent notamment la bourse Guggenheim (1999), le Arthur C. Cope Scholar Award (2005), une distinction rarement attribuée aux chercheurs étrangers, ou bien encore le prix Urgel-Archambault, que lui a remis l'Association francophone pour le savoir en 2008.

 

Marcel Fournier

Profession sociologue

Étudier la sociologie n'était pas à l'origine une évidence pour Marcel Fournier, ses parents ayant choisi pour lui le droit. C'est au milieu des années 60 qu'il fait ce choix, avec une volonté de rupture et d'engagement. Rupture par rapport à un environnement familial plutôt conservateur et volonté de changer les choses et la société. C'est à Paris, à l'École pratique des hautes études, qu'il effectue son doctorat en sociologie. Il est alors l'étudiant de Pierre Bourdieu, un des sociologues français les plus importants de la seconde moitié du 20e siècle.

Une carrière en deux temps

Quand il évoque sa carrière, Marcel Fournier distingue deux périodes. Entre l'obtention de son doctorat en 1974, sous la direction de Pierre Bourdieu, et le milieu des années 80, il se consacre à l'étude des grandes transformations socioculturelles que le Québec a connues entre 1920 et 1950. Il publie alors son ouvrage L'entrée dans la modernité: science, culture et société au Québec. Il se pose ensuite la question de savoir ce qui fait qu'une société, même lorsqu'elle change, peut «tenir ensemble». C'est pour y répondre qu'il se tourne vers les fondements de la sociologie et notamment vers celui qu'on qualifie de père de la sociologie française, Émile Durkheim.

Le spécialiste de Durkheim et de Mauss

Pendant 15 années, Marcel Fournier s'intéresse ainsi à Émile Durkheim et à son neveu, Marcel Mauss. Parmi les résultats de ce travail, deux biographies de référence, traduites en plusieurs langues et publiées par la maison d'édition Fayard. Dans la première biographie en français de Durkheim, il aborde notamment des questions jusqu'alors peu traitées: sa personnalité, sa vie familiale et ses amitiés, son rapport avec le judaïsme ou bien encore ses engagements politiques.

La sociologie, «sport de combat»

Lorsqu'on lui demande de définir la sociologie, Marcel Fournier reprend les mots de Pierre Bourdieu et parle de «sport de combat», en ce qu'elle implique une participation aux débats de la société. Le sociologue québécois a fait sienne cette expression, jouant son rôle d'intellectuel dans la société, intervenant dans les médias à l'occasion de débats politiques, «sans suivre de ligne de parti ou d'idéologie rigide». Un autre de ses «combats» est de s'attacher à démontrer le caractère scientifique de la sociologie. Dans Profession sociologue, publié aux Presses de l'Université de Montréal, il insiste ainsi sur la méthodologie rigoureuse de cette discipline, qui en fait une véritable science.

Un ambassadeur de la sociologie québécoise

Le professeur du Département de sociologie de l'Université de Montréal est un de ceux qui font rayonner la recherche québécoise dans le monde. Ayant enseigné dans plusieurs établissements étrangers, en France bien sûr, mais aussi ailleurs en Europe et aux États-Unis, il est sans doute le sociologue québécois de sa génération le mieux connu sur la scène internationale. Il a notamment dirigé, de 1997 à 2007, la revue internationale de langue française Sociologie et Sociétés.

Après avoir reçu le prix Adrien-Pouliot, de l'Association francophone pour le savoir, ou les Palmes académiques, du ministère de l'Éducation nationale en France, Marcel Fournier rejoint Marcel Rioux, Fernand Dumont, Guy Rocher et Marcel Rioux, trois de ses anciens professeurs et «les trois plus grands sociologues québécois», à titre de lauréat du prix Léon-Gérin. Un prix qui l'inscrit, selon ses mots, «dans une lignée, une filiation très prestigieuse».