Un optométriste chez les Inuits

  • Forum
  • Le 4 novembre 2013

  • Dominique Nancy

Benoit TousignantAlors qu'il travaillait depuis cinq ans comme chargé de clinique à l'École d'optométrie de l'Université de Montréal, Benoit Tousignant a pris une décision qui a marqué un point tournant dans sa carrière: il est parti au Nunavik offrir des soins à la population inuite.

 

«J'ai toujours été intéressé par le service social. J'ai fait plusieurs voyages humanitaires au Pérou, au Mexique et en Haïti avec l'organisme IRIS Mundial. J'ai aussi participé à l'élaboration d'un programme de formation pour les infirmières en soins oculaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée ainsi que pour des optométristes au Vietnam», raconte à Forum ce diplômé de deuxième cycle de l'UdeM, aussi titulaire d'une maitrise en santé publique de l'Université Harvard.

Son expérience dans le Grand Nord avec la Clinique d'optométrie Donnelly a confirmé son désir d'orienter sa pratique du côté communautaire. Dans les quatre villages sur la côte de la baie d'Ungava et de la baie d'Hudson où il s'est rendu à plusieurs reprises faire des examens de la vue, les besoins sont criants. «Nos efforts peuvent influer sur le sort d'autrui, dit-il, mais il y a encore trop peu de retombées pour les gens sur place. Comme on ne peut y aller qu'une ou deux fois par année, il y a des gens, dont plusieurs enfants, avec des problèmes oculaires qui sont diagnostiqués tard et qui peuvent entrainer de lourdes conséquences sur leur développement et leur apprentissage.»

Dans le Nunavik, les besoins en santé publique sont criants, particulièrement chez les enfants.Le choc des cultures est aussi très grand. Un jeune Nord-Américain blanc qui débarque dans cette région où l'espérance de vie est de 15 ans moindre que la nôtre réalise vite combien il est choyé. «Disons que ça met les choses en perspective et qu'on apprend à moins s'en faire avec les petites choses du quotidien.» Mais il n'y a pas que le rapport avec la mort qui est différent. La notion du temps également. «Les gens peuvent se présenter trois heures plus tard à leur rendez-vous. Parfois, ils viennent sans même en avoir un. On essaie de répondre aux besoins de tout le monde. Les journées sont longues. Mais personne ne se plaint dans la salle d'attente.»

Soigner des criminels

Aujourd'hui, ce père de deux jeunes garçons ne fait plus de longs séjours à l'étranger, mais il poursuit son engagement auprès de diverses communautés, notamment à travers l'organisme IRIS Mundial. Il y travaille au sein de l'administration, aidant à la formation des ressources humaines en soins ophtalmiques dans les pays en voie de développement. Il prodigue aussi des soins aux détenus du pénitencier La Macaza, au nord de Mont-Tremblant, et des trois services correctionnels de Sainte-Anne-des-Plaines, à sécurité maximale, là où sont emprisonnés des criminels comme des membres du crime organisé et des narcotrafiquants. Enfin, il consacre du temps à des résidents de centres d'hébergement et de soins de longue durée et à des usagers de résidences pour personnes âgées.

«Ce sont toutes des clientèles marginalisées et défavorisées. Pour moi, tout le monde a le droit d'avoir le même niveau de soins de santé, peu importe qui l'on est et d'où l'on vient.»

Benoit Tousignant mène toutes ces activités parallèlement à son travail d'optométriste à la Clinique universitaire de la vision de l'UdeM et de chargé de cours à l'École d'optométrie. L'Université de Montréal a souligné récemment son engagement communautaire et ses activités béné-voles qui contribuent au bienêtre et au développement de la société en lui décernant un Prix du recteur 2013.

Dominique Nancy

 

À lire aussi

Dossier spécial

Reconnaitre l'engagement
communautaire

Journal Forum, 4 novembre 2013