Le pharmacien s'occupe aussi des toxicomanes et des travailleuses du sexe

  • Forum
  • Le 5 novembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

À peine le quart des pharmaciens des quartiers défavorisés à Montréal connait la trousse Matériel d'injection personnel, qui contient seringues, ampoules d'eau stérile, tampons d'alcool, condoms et livret d'information.

 

Offerte par la Direction de santé publique de Montréal, cette trousse est donnée aux utilisateurs de drogue injectable qui se présentent au comptoir d'une pharmacie de quartier. «Nous offrons nos conseils aux enfants malades, aux femmes enceintes, aux personnes âgées, aux malades chroniques... offrons-les à tous, toxicomanes, travailleuses du sexe, itinérants», dit une vidéo tournée l'an dernier par des étudiants de la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal et qui sert aujourd'hui à la promotion de la trousse.

«Les pharmaciens disposent de plusieurs outils en pharmacie pour aider les utilisateurs de drogue par injection à se l'injecter de façon sécuritaire et à contribuer ainsi à réduire la prévalence d'infections transmissibles sexuellement et par le sang. La trousse MIP (Matériel d'injection personnel) fait partie de la solution», peut-on lire sur YouTube où la vidéo a été consultée plus de 400 fois. Les 12 étudiants qui ont travaillé sur ce projet, dans le cadre de leur cours Service à la communauté ont reçu le prix Rigueur scientifique au colloque «Agir pour la santé: le pharmacien au cœur de sa communauté», le 26 avril dernier.

«Les équipes se sont surpassées cette année encore, mentionne Johanne Collin, qui est responsable du cours depuis sa création il y a trois ans. Ce cours durant lequel ils doivent réaliser entièrement, en équipe, un projet d'intervention dans la communauté les sort de leur zone de confort et constitue un véritable défi. Cela les rend d'autant plus fiers de présenter leurs résultats en fin d'année.»

Le code de déontologie des pharmaciens comporte un volet prévention qui a été pris en compte à l'occasion de la refonte du programme de doctorat en pharmacie, en 2007. Tous les étudiants doivent désormais suivre ce cours. «Les pharmaciens ne font pas que distribuer des médicaments. Il sont d'abord des professionnels de la santé. Nous voulions souligner l'importance de ce volet», dit la vice-doyenne aux études Chantal Pharand, qui a pris l'initiative de la création de ce cours unique au Québec.

Deux thèmes sont en vedette chaque année. L'an dernier, c'était le vieillissement et la santé sexuelle et reproductive. Les étudiants ont mené des travaux sur l'usage optimal des médicaments chez les personnes âgées, le maintien à domicile, la prévention de maladies transmissibles sexuellement, la sexualité et la maladie, les représentations sociales du sexe, etc. Cette année, les thèmes sont la santé mentale et le handicap.

L'engagement communautaire, ça peut s'appliquer dans son propre milieu. En 2011-2012, un projet portant sur la prévention de l'obésité a conduit un groupe de futurs pharmaciens à créer un guide de recettes destiné aux étudiants. «Des études démontrent que la prise de poids menace les nouveaux étudiants en résidence. Ils sont plongés dans le stress de la réussite, vivent une première expérience d'autonomie et n'ont pas nécessairement les outils pour cuisiner. Le groupe leur a présenté des recettes faciles à réaliser et nutritives, et le tout s'est terminé par une dégustation», rappelle Mme Collin.

La fiche synthèse du cours précise que l'étudiant doit «inventer des solutions nouvelles et créer une synergie pour faire une différence dans notre communauté, dans notre société». Plus spécialement, la faculté veut «promouvoir le rôle du pharmacien comme agent de changement».

Marie-France Beauchesne est la coresponsable du cours auquel 400 étudiants sont inscrits; Michelle Normandeau, pharmacienne-conseil à la Direction de santé publique de Montréal, Caroline Robitaille, Aude Motulsky et Pierre-Marie David, responsables de la formation professionnelle, complètent l'équipe.

Mathieu-Robert Sauvé