Archéologie: À la recherche du vaisseau perdu

  • Forum
  • Le 11 novembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Sur le Nautilus, véritable laboratoire flottant, l'étudiant stagiaire recueille des données de cartographie sous-marine. L'épave retrouvée dans le fleuve Saint-Laurent au large de Lévis est-elle celle du Duc-de-Fronsac ou celle du Maréchal-de-Senneterre? C'est la question à laquelle s'est attaqué Mathieu Mercier Gingras, qui a plongé plusieurs fois dans les eaux froides et tumultueuses du fleuve pour documenter la découverte.

 

«Une bonne partie du navire est encore très visible. On peut aussi voir au fond de l'eau des artéfacts très peu altérés», commente l'anthropologue qui a entrepris des études de maitrise sur ce sujet sous la direction de Brad Loewen, professeur à l'Université de Montréal et spécialiste d'archéologie sous-marine.

 

Forum en clips - Durée : 2 min 44 s

On sait que quatre vaisseaux français ont échoué près du rivage le 22 novembre 1759, deux mois après que les Anglais, menés par le général James Wolfe, eurent conquis la Nouvelle-France sur les plaines d'Abraham. Une violente tempête les a poussés vers des hauts-fonds alors qu'ils s'apprêtaient à regagner l'Atlantique, contournant le blocus anglais. De cette flottille, un seul navire a été retrouvé et le travail de l'étudiant archéologue consiste à préciser de quel bateau il s'agit, à partir de tous les indices possibles. «On sait que le Maréchal-de-Senneterre faisait plus de 550 tonneaux alors que le Duc-de-Fronsac faisait 450 tonneaux», précise-t-il.

Le travail de cartographie du site, effectué l'an dernier par l'équipe du professeur Loewen, a permis de confirmer que les vestiges partiellement ensevelis sont ceux d'un grand navire de guerre. Une portion de la carène est visible sur 35 mè-tres de longueur et 6 mètres de largeur. Mathieu Mercier Gingras devra documenter le plus possible les vestiges à partir des données obtenues jusqu'ici. Plus question de plonger cette année!

En 2008, le professeur Loewen s'est vu confier par les autorités de Lévis et de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, le mandat d'inventorier les artéfacts archéologiques sous-marins de la région. Depuis deux siècles et demi, des histoires de trésors enfouis dans des coffres au fond des eaux nourrissent l'imaginaire régional (voir Forum du 8 décembre 2008, «Sur la trace des épaves de la flotte française»).

Détour par... Porto Rico

«Nous sommes comme des enquêteurs du passé à la recherche d'indices pour nous aider à comprendre l'histoire. C'est fascinant d'essayer d'imaginer ce qui s'est passé avec un bateau de l'époque de Montcalm», dit le jeune homme au cours d'un entretien pour Forum en clips.

Toutes les techniques de détection subaquatiques peuvent être utiles à l'archéologue sous-marin durant sa quête scientifique. Son esprit d'aventure l'a mené, il y a quelques semaines, sur un navire d'exploration et de formation au large de Porto Rico, le Nautilus, où il a pu se familiariser avec un sous-marin téléguidé qui fait merveille chez les explorateurs maritimes. «Nous avons utilisé les sous-marins téléguidés Hercules et Argus dans le but d'observer les traces du tremblement de terre qui a causé des tsunamis dans la région en 1918. C'était une merveilleuse expérience.»

Mathieu Mercier Gingras s'apprête à plonger dans le fleuve Saint-Laurent.Au fil des déplacements entre les sites de plongée, l'équipe cartographiait les fonds marins à l'aide d'un sonar à multifaisceaux permettant d'obtenir des images à haute définition et en trois dimensions du relief marin. «Mon intérêt en tant qu'étudiant à la maitrise en archéologie sous-marine était d'acquérir de l'expérience avec les sous-marins téléguidés et le matériel de cartographie.»

Dans le cadre d'un programme international d'exploration océanographique financé, notamment, par la National Geographic Society, le programme Ocean Exploration Trust, qui administre le Nautilus, mène depuis 2008 des missions dans la mer des Caraïbes et dans le golfe du Mexique. «Mon plus beau souvenir? C'est quand nous avons vu un requin s'approcher de la caméra, intrigué par cette présence inhabituelle dans son territoire.»

Moins réjouissantes ont été les images des détritus gisant au fond des eaux, à des profondeurs de 3000 à 4000 mètres. Il y avait des pneus, des bouteilles et des morceaux de plastique, qui prendront une éternité à se dégrader.

Comportant un important volet pédagogique et médiatique, le Nautilus a été fondé par Robert Ballard, celui-là même qui a découvert le Titanic en 1985, alors qu'il menait des recherches dans l'Atlantique Nord. On peut suivre, en direct, la progression des missions, puisqu'un visionnement des images sous-marines, jour et nuit, est possible à partir d'un simple ordinateur.

Formé d'une quarantaine de personnes, pour la plupart d'origine américaine, l'équipage du Nautilus comptait trois Canadiens. Mathieu Mercier Gingras était le seul Québécois.

Mathieu-Robert Sauvé

(Photos fournies par M. Mercier-Gingras)