Exposition : L'art animalier se transporte aux collections spéciales

  • Forum
  • Le 11 novembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

John Gerrard Keulemans, Faisan argenté,  tiré de Yunnan Expeditions, 1878John James Audubon (1785-1851) a fait d'innombrables illustrations d'animaux, surtout d'oiseaux, et sa production occupe une place particulière dans l'histoire de l'art animalier.

 

«Audubon marque la transition entre une approche documentaire de la faune et une approche plus artistique, où les préoccupations écologiques vont commencer à s'exprimer», commente Normand Trudel, bibliothécaire à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l'Université de Montréal.

 

Avec son collègue Éric Bouchard, aussi bibliothécaire, et deux stagiaires en muséologie de l'École du Louvre de passage à l'Université l'été dernier, Diane Westphal et Juliane Oliveira, M. Trudel a mis sur pied une Célébration de l'art animalier mettant en valeur une centaine de pièces de la collection David-M.-Lank, offerte récemment à l'UdeM. Présenté de façon thématique, le panorama s'ouvre sur une carte originale datant du 16e siècle où l'on aperçoit les monstres marins tels que les voyageurs de l'Ancien Monde pouvaient se les imaginer il y a cinq siècles. La dernière vitrine montre des peintures de Grondin qui ont servi à imprimer des timbres-postes, dont une partie de la vente sert à financer les activités de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs.

Frederick Polydore Nodder, Ibis rouge,  tiré de The Naturalist’s Miscellany, 1792Les échassiers d'Audubon, et une impression originale montrant une famille de rongeurs dans un arbre, représentent bien cet entredeux. L'art animalier deviendra une illustration de la fragilité de la nature, après avoir été pendant plusieurs siècles un outil documentaire, voire scientifique, pour figurer la nature. Les illustrateurs du dronde ou dodo et de la tourte voyageuse ne se doutaient probablement pas que leurs croquis seraient les derniers témoins de ces animaux en voie d'extinction.

Peinture rupestre et produits dérivés

«Comment se fait-il que les animaux soient représentés de façon si différente par les peintres de la Renaissance italienne et leurs contemporains de la Renaissance nordique? Comment expliquer qu'Albrecht Dürer ait produit au XVIe siècle des peintures de lapins et de hiboux dont le réalisme demeure inégalé, alors que, à la même époque, Michel-Ange ornait le plafond de la chapelle Sixtine de certaines des pires représentations d'animaux?» s'interroge le collectionneur, David M. Lank, dans le texte d'introduction de l'exposition.

Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, M. Lank a lui-même un talent d'artiste, comme en témoigne son ouvrage sur les passereaux du Québec, en vitrine. Il n'est certainement pas de ceux qui considèrent ce genre comme un art mineur. Fenêtre sur les «fondements philosophiques d'une société, voire d'une civilisation», l'art animalier dépeint selon lui la relation de l'homme avec la nature depuis les premières peintures rupestres jusqu'aux «produits dérivés» de la société marchande.

David M. Lank (credit: Andrew Dobrowolskyj)Cette sommité, associée à l'Université McGill et à l'Université Concordia, où il a donné des cours pendant les années 90, a choisi d'offrir à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales les milliers de pièces qu'il a accumulées. Pourquoi à l'UdeM? «La collection ne pourrait trouver meilleur foyer que l'Université de Montréal, qui a remis à mon père, Herbert H. Lank, un doctorat honoris causa dans les années 50», précise le collectionneur. Il laisse entendre que l'espace de conservation et de recherche se prête bien aux travaux des historiens de l'art qui s'intéresseront aux représentations animalières. «Le temps, l'espace et, bien sûr, les ressources financières empêchent les universités de collectionner les œuvres originales. Toutefois, l'amélioration, au cours des siècles, des techniques d'impression ainsi que l'apparition des livres modernes permettent de rassembler en un seul endroit des reproductions exceptionnelles – et des facsimilés admirables – de l'art qui reflète notre relation avec la nature au fil des millénaires», poursuit-il.

Les œuvres les plus remarquables que les visiteurs peuvent admirer jusqu'au printemps 2014 – gratuitement – sont les bois gravés de Thomas Bewick et celles des Joseph Wolf, John Gould, Léo-Paul Robert, Raymond Harris-Ching et Lars Jonsson, dont certains facsimilés qui valent à eux seuls le déplacement. Mais c'est dans l'observation de l'ensemble que l'amateur d'art ou de livres rares trouvera le plus de plaisir.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Exposition La Collection David M.-Lank : une célébration de l'art animalier
Du 24 octobre 2013 jusqu'au printemps 2014