Les commotions cérébrales dans le sport: une épidémie silencieuse

  • Forum
  • Le 11 novembre 2013

Le sujet fait régulièrement la manchette. Il y aurait en effet chaque année au Canada entre 200 000 et 300 000 commotions cérébrales. Cette «épidémie silencieuse», comme la qualifie Dave Ellemberg, professeur au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal, ne touche pas seulement les athlètes professionnels.

 

Il affirme en effet que, «pour chaque Sydney Crosby qui subit une commotion, 50 jeunes Québécois en sont aussi victimes». Un joueur sur deux subit une commotion cérébrale au cours de chaque saison sportive, et ce, à partir de l'âge de huit ans dans des sports comme le hockey, le football, le soccer et même le cheerleading.

C'est pour alerter l'opinion sur ce fléau que le neuropsychologue publie Les commotions cérébrales dans le sport: une épidémie silencieuse, premier ouvrage en français traitant de ce sujet. En plus de faire un bilan des connaissances scientifiques sur les commotions cérébrales, il sensibilise, à travers récits et témoignages, à l'importance de la situation et à l'urgence d'agir.

Des conséquences désastreuses

Les recherches des 10 dernières années ont permis de faire de gros progrès dans la compréhension des conséquences des commotions cérébrales. Pour Dave Ellemberg, il n'y a plus de doute, une seule commotion endommage le cerveau, le fragilise et provoque des changements qui l'affecteront pour la vie. Après le premier choc, déjà les neurones s'activent avec une moins grande vigueur, une moins grande force. Le professeur Ellemberg attire particulièrement l'attention sur les commotions multiples qui peuvent avoir des répercussions désastreuses, notamment chez les plus jeunes, davantage vulnérables.

Faut-il alors éviter toute pratique sportive pour réduire les risques de commotions cérébrales? Le passionné de sport qu'est Dave Ellemberg ne peut répondre par l'affirmative. Il estime plutôt qu'il est urgent que le public soit au courant des risques liés aux commotions cérébrales. Comme Benjamin Franklin, il pense qu'«une once de prévention est l'équivalent d'une livre de médicaments».

Le grand public, les athlètes, les entraineurs et le personnel des établissements scolaires mais aussi les professionnels de la santé doivent mieux connaitre les commotions cérébrales, apprendre à les dépister et savoir comment intervenir. C'est à toutes ces personnes que cet ouvrage s‘adresse.

Légiférer pour soigner?

Mais la sécurité passe aussi par un changement des mentalités dans le sport professionnel. Ainsi, Dave Ellemberg prône la tolérance zéro à l'égard des gestes violents. Il met en outre en avant le rôle des joueurs-vedettes, qui ont une influence auprès des amateurs et des joueurs plus jeunes. Or, ces vedettes, lorsqu'elles nient avoir eu une commotion, envoient un très mauvais message.

La solution pourrait également venir de la loi. À ce sujet, Dave Ellemberg prend les États-Unis pour exemple. Au pays de l'Oncle Sam, la gestion des commotions n'est plus laissée au hasard. La loi oblige les athlètes soupçonnés d'avoir subi une commotion cérébrale à se retirer du jeu immédiatement. Le retard du Québec sur ce point sera peut-être bientôt rattrapé. Un projet de loi «visant à prévenir et à réduire les conséquences d'un traumatisme crânien ou d'une commotion cérébrale chez un élève pratiquant une activité sportive scolaire» vient en effet d'être déposé.

Benjamin Augereau
Collaboration spéciale

 

Dave Ellemberg, Les commotions cérébrales dans le sport: une épidémie silencieuse, Montréal, Les Éditions Québec-Livres, 2013, 391 pages.