La pédagogie universitaire, c'est aussi un domaine de recherche!

  • Forum
  • Le 18 novembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

De nombreux enseignants, après quelques années d'expérience devant une classe, veulent «se perfectionner, réfléchir à leur pratique, la mettre à jour, chercher des informations ou des connaissances qui leur permettraient de mieux traiter l'un ou l'autre des problèmes d'enseignement qui leur résistent», écrit Jean-Marie Van der Maren dans La recherche appliquée en pédagogie, parue en 2003 chez De Boeck et qui sera rééditée pour la troisième fois en 2014.

 

L'auteur, qui a enseigné pendant 35 ans à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, considère que ce besoin persiste. «Il y a trop peu de travaux sur l'enseignement universitaire; pourtant, c'est un champ de recherche très riche et très pertinent. Le métier d'enseignant est au cœur de la mission universitaire», lance-t-il.

En 2010, il dressait l'état des lieux de cet objet d'étude dans un colloque sur la pédagogie organisé par le Centre d'études et de formation en enseignement supérieur, l'ancienne structure des Services de soutien à l'enseignement. Il relevait cinq courants: l'approche «processus-produit», où l'on étudie les relations entre les comportements des enseignants et l'apprentissage des élèves; l'approche cognitiviste, où l'enseignement et l'apprentissage sont vus comme des processus de traitement de l'information; l'approche technologique, où l'on applique les connaissances issues des approches processus-produit et cognitiviste afin de concevoir des dispositifs et des matériaux en réponse à une analyse des besoins; l'approche «interactionniste-subjectiviste» (ou herméneutique), où l'enseignement et l'apprentissage sont abordés comme des constructions de significations par l'interaction et par la réflexion; enfin, l'approche clinique, où la pédagogie est traitée comme un travail artisanal qui permet de dégager les règles de l'art du métier pour les partager.

La pédagogie universitaire est tributaire des modes, pami lesquelles le courant socioconstructiviste; ce sont les fameuses compétences transversales. L'expert est en faveur d'approches plus pragmatiques comme l'apprentissage par problèmes, adopté par les facultés de médecine et de pharmacie de l'UdeM. Il est également en faveur des initiatives de mentorat, trop rares selon lui, où de «vieux» professeurs accompagnent les nouveaux enseignants. «J'en ai vu plusieurs expériences, notamment en Belgique. Lorsque s'installe une confiance réciproque, le transfert de connaissances est très positif», signale-t-il.

Même s'il s'est retiré de l'UdeM en 2011, M. Van der Maren continue ses activités de collaborateur au programme de doctorat Études et pratiques des arts à l'UQAM. Il trouve dommage que la relève soit si maigre dans son domaine de recherche. Trop peu de jeunes chercheurs, en effet, se consacrent à ce champ qui a encore beaucoup de secrets à livrer.

Dans ses travaux, le professeur Van der Maren situe le travail de chercheur en pédagogie universitaire assez près de celui du chercheur clinicien. «Comme la recherche clinique, la recherche pédagogique prend en compte la complexité des situations, qu'elle ne peut aborder que dans une perspective interdisciplinaire et critique», peut-on lire dans son livre, une édition revue et augmentée dont le titre a été remanié ainsi: La recherche appliquée en pédagogie et dans les professions d'aide au développement humain. «Mon pari s'appuie sur l'espoir que les praticiens, faisant des recherches appropriées à leurs problèmes, accumulent des résultats assez importants pour qu'on puisse en extraire, enfin, une théorie pédagogique empiriste encore à construire.»

Mathieu-Robert Sauvé