L'état de santé des immigrants décline après leur arrivée

  • Forum
  • Le 18 novembre 2013

  • Dominique Nancy

Les études de la chercheuse Maria Victoria Zunzunegui mettent en relief l’importance d’instaurer des programmes pour favoriser l’intégration professionnelle et sociale des immigrants. (Image: iStockphoto)Les immigrants sont en meilleure santé que les Canadiens au moment de leur arrivée au pays, mais leur santé périclite rapidement après quelques années au Canada.

 

Intriguée par ce fait, Maria Victoria Zunzunegui, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, a voulu examiner les liens entre pauvreté et santé des immigrants. En collaboration avec des chercheuses du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et de l'Institut de recherche en santé publique de l'UdeM, elle s'est notamment intéressée aux enfants nés au Québec de familles immigrantes.

«La littérature scientifique indique que l'insuffisance des revenus a un effet considérable sur l'état de santé des immigrants, souligne la professeure Zunzunegui. Notre analyse démontre que les enfants issus de familles immigrantes sont en meilleure santé que ceux des familles québécoises lorsque les conditions sont favorables. Par contre, en l'absence de soutien social et de revenus adéquats, la santé de ces enfants est bien en deçà de celle des jeunes Québécois.»

Dans ses travaux, Mme Zunzunegui a recouru à des données de l'ELDEQ, une étude longitudinale sur les enfants nés au Québec en 1998 et pour lesquels il était possible de brosser un tableau de leur état de santé.

«L'objectif de notre étude était de voir s'il y avait une relation entre le manque de soutien social et la pauvreté et la santé des enfants nés au Québec de parents immigrants. Cela est d'autant plus pertinent qu'on sait qu'un enfant sur quatre né dans la région métropolitaine de Montréal en 2006 avait au moins un parent immigrant.»

La pauvreté influe sur la santé

Maria Victoria ZunzuneguiLa cohorte utilisée par Maria Victoria Zunzunegui était composée de 1990 enfants. Tous ont été classés selon le statut d'immigration de la mère. La perception de leur état de santé et du soutien social des mères a été évaluée alors que les jeunes étaient âgés d'un an et demi. La situation économique des familles immigrantes et québécoises a pour sa part été mesurée à deux reprises, soit lorsque les enfants avaient 5 mois et 18 mois.

L'analyse des données montre un lien significatif entre l'insuffisance des revenus et l'état de santé des enfants immigrés de deuxième génération. La chose est loin d'être anodine. Près de 80 % des enfants appartenant à des familles d'immigrants (soit quatre enfants sur cinq) vivaient sous le seuil de la pauvreté. Par comparaison, 20 % des enfants de familles québécoises étaient pauvres (un enfant sur cinq).

Par ailleurs, la situation économique des immigrants s'améliore peu avec le temps. Alors que les revenus étaient insuffisants chez 16 % des familles québécoises quand leurs enfants étaient tout jeunes, plus de 53 % des familles d'immigrants connaissaient de grandes difficultés financières au cours de cette même période.

Ces résultats publiés en 2011 dans la revue Ethnicity & Health avec l'étudiante Andraea Van Hulst comme première auteure corroborent les conclusions d'études étrangères ainsi que celles menées antérieurement par la professeure Zunzunegui auprès de la population immigrante du Québec (voir l'encadré «Les immigrantes sont plus à risque de faire une dépression prénatale»).

«Les emplois précaires, le chômage, l'insuffisance des revenus ainsi que le manque de soutien social et la discrimination ont des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des immigrants de même que sur celle de leurs enfants», indique la chercheuse.

Soutien social et aide à l'intégration

D'origine espagnole, Maria Victoria Zunzunegui a immigré au Québec en 1999, à l'âge de 48 ans. Si elle est parvenue sans difficulté à trouver du travail dans son domaine, la majorité des immigrants ne sont pas aussi chanceux. «Choisis pour leurs compétences professionnelles, ils peinent, une fois installés dans la province, à trouver un boulot correspondant à leurs champs d'intérêt et à leur niveau de scolarité», affirme Mme Zunzunegui.

À son avis, la difficulté pour les immigrants de faire reconnaitre leurs diplômes n'est pas étrangère à la détérioration de leur santé.

Les connaissances acquises par la chercheuse et son expérience personnelle l'amènent à réitérer l'importance de mettre en place des programmes pour favoriser le soutien social et améliorer l'intégration des immigrants. «À cause des problèmes de pauvreté et d'intégration, on est en train de créer une sous-classe de résidants qui se compose d'immigrants, dit-elle. Il faut réagir avant que cela divise le Québec.»

Dominique Nancy


 

Les immigrantes sont plus à risque de faire une dépression prénatale

La dépression prénatale est plus fréquente chez les immigrantes que chez les femmes nées au Québec. «Cette différence est observable à tous les âges, mais varie selon les conditions socioéconomiques et le pays d'origine», signale Maria Victoria Zunzunegui, qui a dirigé avec la professeure Lise Goulet une thèse de doctorat sur le sujet.

Leur étudiante, Malgorzata Miszkurka, s'est penchée sur le lien entre la situation socioéconomique et les symptômes dépressifs des immigrantes pendant leur grossesse par comparaison avec la situation chez les Québécoises. Elle a notamment comparé leur santé mentale en tenant compte de la durée de leur séjour dans la province depuis leur arrivée, leur région d'origine et le rôle du soutien social dans la symptomatologie dépressive prénatale. Les données proviennent de l'étude de Montréal sur les différences socioéconomiques en prématurité à laquelle ont participé 5500 femmes enceintes de Montréal  et ses environs au cours de leurs examens d'échographie.

Il ressort que l'incidence de la dépression prénatale est plus élevée chez les immigrantes que chez les Québécoises, et ce, indépendamment du nombre d'années passées au Québec. Le risque de souffrir d'une dépression pendant la grossesse est cependant atténué lorsque les immigrantes ne manquent pas d'argent ni de soutien social.

Quand les données sont couplées avec le pays d'origine, on constate que c'est dans les régions des Caraïbes (45 %), de l'Asie du Sud (43 %), du Maghreb (42 %), de l'Afrique subsaharienne (39 %) et de l'Amérique latine (33 %) que cette incidence est la plus prononcée. Les femmes nées au Québec et celles de l'Asie de l'Est ont comparativement une proportion beaucoup plus faible de dépressions prénatales, soit respectivement 22 et 17 %.