L'habitat de la couleuvre brune disparait à vue d'œil

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  • Le 25 novembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

L'étalement urbain a rendu la petite couleuvre brune très vulnérable. (Crédit: Patrick Coin)La couleuvre brune (Storeria dekayi) est une espèce adaptée aux milieux secs de la grande région de Montréal.

 

Cette adaptation pourrait cependant lui couter sa survie dans plusieurs habitats qui ne font l'objet d'aucune protection.

«Sur les 10 endroits où j'ai échantillonné des individus, 3 ont été altérés ou carrément détruits par des projets de construction. Et un site d'hibernation a complètement disparu», mentionne Philippe Lamarre, qui mène actuellement à l'Université de Montréal un projet de recherche sur cette espèce peu commune.

Il indique que le territoire couvert par son étude comprend l'ile de Montréal, les rives nord, sud et ouest ainsi que plusieurs autres iles avoisinantes. «Mon projet de maitrise porte sur l'effet du développement urbain sur la diversité génétique de la couleuvre brune et de la couleuvre rayée dans la région métropolitaine. J'espère contribuer à la valorisation des habitats périurbains du territoire de manière à protéger les espèces qui y vivent», précise-t-il.

Le chercheur a choisi de comparer l'espèce avec la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis), qui est beaucoup plus commune et plus opportuniste. «La couleuvre brune est un petit serpent atteignant de 20 à 30 centimètres dont la répartition au Québec est restreinte à la région de Montréal, alors que la couleuvre rayée mesure jusqu'à 80 centimètres et se rencontre partout dans la province. Ces deux espèces présentent également des différences quant à leur habitat de prédilection et à leur capacité de se déplacer», explique le résumé de sa recherche.

Face aux excavatrices de promoteurs immobiliers, les milieux humides font l'objet d'une protection particulière ainsi que certains boisés. Les champs en friche et les terrains vacants sont beaucoup moins ciblés par les environnementalistes. Or, c'est précisément ces endroits qu'affectionne la couleuvre brune.

La couleuvre brune est une espèce à statut précaire. (Crédit: Tony Alter)

Évolution génétique

Sous la direction de Bernard Angers, professeur au Département de sciences biologiques de l'UdeM, et de Denis Réale, de l'UQAM, la recherche de Philippe Lamarre comporte un volet fondamental qui consiste à reconstituer les étapes de l'établissement des populations de couleuvres de part et d'autre des rives du Saint-Laurent. La méthodologie prévoit l'analyse d'échantillons organiques afin d'en extraire l'ADN. Les résultats ne sont pas encore connus, mais le travail de laboratoire va bon train. «Nous nous attendons à ce que la diversité génétique soit plus faible sur l'ile de Montréal chez la couleuvre brune étant donné le petit nombre de géniteurs ayant réussi à franchir le fleuve. Ainsi, nous croyons que les populations montréalaises sont venues de l'ouest plutôt que de l'est.»

Bien qu'on puisse lire l'ADN à partir d'une simple écaille de reptile, il est plus sûr de posséder un échantillon osseux ou sanguin du vertébré. Le chercheur a donc choisi de prélever un morceau de queue d'environ deux millimètres. Après avoir capturé l'animal, le biologiste préserve l'échantillon dans l'alcool. La couleuvre est relâchée après que la plaie a été désinfectée. Plus de 400 individus ont été ainsi capturés et relâchés, sans séquelles observables lors de recaptures.

L'idée de comparer les deux espèces pourrait aider à mieux mesurer les répercussions de l'étalement urbain sur des espèces aux mœurs différentes. «Sur les 10 sites d'échantillonnage que j'ai choisis, seulement 3 sont des aires protégées comme un parc municipal ou national. Cela implique que la situation des autres populations est particulièrement préoccupante.»

Son travail pourrait permettre de documenter le danger qui guette la couleuvre brune, une espèce susceptible d'être déclarée menacée au Québec.

Initiation à la recherche!

Le projet de Philippe Lamarre est né d'un stage d'initiation à la recherche à l'UQAM, où le jeune homme a fait des études de premier cycle. C'était le professeur Denis Réale qui offrait le stage avec Bernard Angers, de l'UdeM. Celui-ci est devenu son directeur de recherche au deuxième cycle.

Le projet a donné naissance à d'autres études de dynamique des populations et de comportement animal chez la couleuvre brune. «Les études lancées par notre petit groupe cernent donc désormais la problématique de cette espèce à statut précaire sur les plans génétique, démographique et comportemental», signale l'étudiant.

Au cours de son projet, entamé en 2011, il a noué des partenariats avec des organismes comme Éco-Nature, Nature-Action Québec, Héritage laurentien, le réseau des parcs naturels de Montréal, le ministère québécois des Ressources naturelles et le parc national des Îles-de-Boucherville. Ces organismes ont participé à un colloque sur la conservation de la couleuvre brune au Québec en janvier 2012.

Mathieu-Robert Sauvé