Prendre en compte la diversité culturelle en classe

  • Forum
  • Le 25 novembre 2013

  • Dominique Nancy

«En tant qu'établissement de savoir ancré dans une communauté, l'université socioculturellement diversifiée ne peut pas se soustraire à la nécessité de prendre en compte cette diversité en classe si elle veut être cohérente avec sa mission de formation», affirme Fasal Kanouté, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

 

Cette spécialiste de la pédagogie et de la diversité culturelle dans l'enseignement estime qu'il s'agit d'un besoin social essentiel. «La diversité n'est pas accidentelle, pas plus qu'elle n'est un problème. C'est un constat, dit-elle. Bien sûr, il y a des défis, mais une attitude positive quant à la diversité permet plus facilement d'acquérir des habiletés pour la gérer.»

Que ce soit pour l'organisation d'un travail d'équipe, la gestion des propos et comportements offensants, le soutien à l'apprentissage du français ou encore les demandes d'accommodements, il est important de mieux comprendre cette diversité. Le terme, rappelle-t-elle, fait référence à de multiples caractéristiques: âge, sexe, langue parlée, culture, religion, orientation sexuelle, conditions sociales, etc.

Pour bien faire son travail, l'enseignant doit avoir une bonne connaissance des caractéristiques culturelles de ses étudiants, indique la professeure d'origine sénégalaise. «Le premier geste concret à faire est de leur demander de se présenter eux-mêmes: quel est leur pays d'origine, leur langue maternelle, le nombre d'années d'études au Québec. Cela permet de mieux cerner les besoins des étudiants et de choisir les mesures d'aide appropriées. Ont-ils besoin de soutien linguistique? D'information sur les services offerts à l'Université? Ont-ils bien compris le contenu et les objectifs du plan de cours?»

Dès la première rencontre, Mme Kanouté prend aussi soin de préciser qu'ici, au Québec, la disponibilité du professeur est réelle. «Certains étudiants n'ont pas l'habitude d'aller à la rencontre de la hiérarchie de cette manière, souligne-t-elle. C'est important de leur dire qu'ils peuvent voir le professeur à l'extérieur du cours s'ils éprouvent une difficulté ou un problème concernant leurs travaux ou leur formation.»

Selon Mme Kanouté, la manière dont l'enseignant gère dans la classe la présence de groupes issus de divers milieux sociaux, économiques et culturels peut influer sur le climat de la classe. Elle cite l'exemple d'un commentaire xénophobe d'un étudiant. «On ne peut pas faire comme si l'on n'avait rien entendu. Ignorer le commentaire pourrait entrainer une charge émotionnelle et nuire aux relations entre l'enseignant et les étudiants. Cela risque d'engendrer une atmosphère nuisible à l'apprentissage.»

Pour s'outiller, les enseignants peuvent se reporter à la Politique sur l'adaptation à la diversité culturelle de l'Université de Montréal. «Cette politique a pour but d'offrir l'égalité des chances d'accès aux programmes et des conditions favorisant la réussite chez les étudiants; de leur permettre de s'adapter au pluralisme en tenant compte des multiples points de vue; de lutter contre le racisme et la discrimination en offrant un environnement dépourvu de toute forme de discrimination basée sur la langue, la religion ou la race», peut-on lire.

Sur le site du parcours d'autoformation des enseignants universitaires – un projet de l'ancien Centre d'études et de formation en enseignement supérieur –, on réitère combien il est capital «de reconnaitre qu'un individu appartenant à un groupe donné n'est pas le représentant de ce groupe, mais un de ses membres seulement». Il faudrait donc éviter toute généralisation abusive qui mène aux préjugés et à la stigmatisation.

Et qu'en est-il du port du voile par des enseignantes? «Il faut éviter toute contrainte excessive sur le confort identitaire du professionnel et qui ne nuit pas fondamentalement à son travail, croit Mme Kanouté. Je pense que l'opérationnalisation des valeurs consensuelles, comme l'égalité entre les hommes et les femmes et la neutralité des institutions et de l'État se fait davantage dans les gestes professionnels. Il est évident qu'il est inacceptable que des élèves ne puissent pas voir le visage de leur enseignante à cause d'un habillement. Cependant, le voile ne cache pas le visage et rien ne me dit qu'une enseignante en minijupe et tête nue assume mieux la neutralité dans ses fonctions.»

Cette experte de la question considère que l'école est un espace de socialisation en matière de diversité. Pour elle, la diversité doit se voir et s'entendre. «C'est comme ça que les enfants apprivoisent la diversité», lance-t-elle.

La chercheuse mène présentement une étude sur les facteurs qui soutiennent ou freinent la persévérance dans les études universitaires chez les étudiants récemment immigrés. «Les aider à terminer leurs études est le premier d'une série de gestes nécessaires à leur intégration réussie à la société», conclut-elle.

Dominique Nancy