Davantage de soins à domicile pour les médecins de famille

  • Forum
  • Le 2 décembre 2013

  • Dominique Nancy

La formation des médecins doit évoluer afin de répondre aux besoins changeants de la société, à commencer par les soins aux personnes âgées. (Photo: iStockphoto) Les besoins médicaux croissent compte tenu du vieillissement de la population. Et les futurs médecins de famille doivent être bien préparés pour répondre à la demande.

 

Forum a rencontré Louise Authier, directrice du programme de résidence en médecine de famille à l'Université de Montréal, afin d'en apprendre davantage sur les nouvelles activités de formation en soins aux personnes âgées pour les médecins de famille.

 

Pourquoi repenser l'enseignement des soins aux personnes âgées pour les futurs médecins de famille?

L.A.: Dans le programme, on a la responsabilité sociale de former des médecins qui pourront répondre aux besoins en matière de santé de notre population vieillissante et atteinte de maladies chroniques, dont l'Alzheimer. On s'est donc demandé si l'on préparait bien nos futurs médecins de famille à cette tâche, et ce, dans tous les contextes de soins, c'est-à-dire dans les milieux hospitaliers, les milieux ambulatoires, à domicile et dans les centres d'hébergement de soins de longue durée.

 

La Dre Louise AuthierVous semblez dire que la réponse est non. Est-ce le cas?

L.A.: On n'était pas certains que la formation était ici complète. Précisons que, depuis toujours dans notre programme, les futurs médecins sont amenés à prodiguer des soins à domicile. On confie à nos résidents quelques patients à domicile et, dans leur horaire, il y a des moments réservés aux visites. Est-ce suffisant pour bien les préparer à faire face aux besoins de la société actuelle? Non. D'où notre désir d'augmenter, durant leur formation, l'exposition aux soins à domicile et, parallèlement, de s'assurer que tous nos résidents sont aussi familiarisés avec les milieux d'hébergement, c'est-à-dire les soins de longue durée. Le terme «exposition» signifie dans ce cas apprentissage. Ils sont responsables de patients qu'ils doivent suivre dans un continuum de soins tout au long des deux années de leur résidence.

 

Quelles sont ces nouvelles activités de formation pour les futurs médecins de famille dont vous parlez?

L.A.: Lorsque nos résidents choisissent de devenir médecins de famille, ils sont affiliés à une unité de formation, soit les unités de médecine de famille, dans la province: il y en a de l'Abitibi à la Gaspésie en passant par Montréal et ses banlieues. Sous la supervision de nos enseignants cliniciens, ils développent leur expertise auprès d'un groupe de patients, dont des personnes âgées à domicile, qu'ils doivent suivre pendant deux ans. Auparavant, nos résidents avaient de trois à cinq patients dont le suivi variait selon les endroits de un à deux ans, mais ils ne visitaient à peu près pas les centres d'hébergement.

On veut désormais faire en sorte que les résidents suivent de 8 à 10 patients et qu'ils soient affiliés à un centre d'hébergement, dans une unité de 50 à 70 patients. On sait que la santé de certains, parmi eux, restera stable. Mais d'autres souffriront d'une maladie aigüe comme une pneumonie. Notre préoccupation est que nos résidents apprennent à donner des soins opportuns au moment où les patients en ont réellement besoin. Si le patient a 104 de fièvre aujourd'hui, ce n'est pas dans trois semaines, au moment où arrive la période des soins à domicile du médecin, que le résident doit aller le voir. C'est tout de suite! Sinon, le patient va se retrouver aux urgences.

La Dre Paule Lebel, responsable du comité de travail «Repenser l'enseignement des soins aux personnes âgées pour nos futurs médecins de famille»Il était donc essentiel d'aménager notre programme pour que les résidents puissent traiter les patients quand ils en ont besoin tant à domicile qu'en milieu d'hébergement. Il fallait aussi revoir l'organisation du travail des résidents afin qu'ils soient mieux outillés pour répondre aux besoins de la population.

 

Comment croyez-vous y parvenir et quels sont vos objectifs?

L.A.: Notre projet est de créer des unités d'enseignement en soins de longue durée et en maintien à domicile, comme il y a des unités d'enseignement dans tous nos hôpitaux universitaires. Par une meilleure formation des médecins de famille en soins aux personnes âgées, on vise à accroitre l'efficacité et la qualité des soins, tout particulièrement à domicile et dans les milieux d'hébergement. On veut que nos futurs médecins de famille apprennent aussi avec d'autres professionnels de la santé, notamment les infirmières, les physiothérapeutes, les ergothérapeutes et les travailleurs sociaux.

On souhaite donc que ces unités deviennent un lieu de formation pour tous les professionnels qui ont à travailler auprès des personnes âgées. Tous doivent apprendre à mieux travailler ensemble de manière qu'il existe une réelle collaboration interprofessionnelle. On croit que, s'ils sont formés en ce sens, les futurs médecins de famille seront plus enclins à appliquer cette approche dans leur pratique.

L'implantation des unités, qui a débuté il y a un an dans certains milieux, devrait être complétée d'ici cinq ans.

Dominique Nancy