Le parcours lumineux de Stéphanie Michaud

  • Forum
  • Le 2 décembre 2013

  • Martin LaSalle

Grâce à l'aide de l'Université, mais tout autant en raison de la farouche détermination qui l'habite, Stéphanie Michaud, qui est aveugle, poursuit ses études. On la voit ici avec sa chienne de trois ans, Shelly, qui l'accompagne dans tous ses déplacements.«Ça aurait été trop facile de ne rien faire lorsque j'ai perdu la vue.»

 

Cette seule affirmation résume toute la détermination et la force qui animent Stéphanie Michaud, étudiante au diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en intervention en déficience visuelle à l'Université de Montréal.

Née avec un glaucome, elle a toujours eu une basse vision, mais celle-ci s'est altérée vers l'âge de 16 ans.

Puis, tandis qu'elle étudiait au baccalauréat en éducation scolaire à l'UdeM pour devenir enseignante auprès d'enfants en difficulté, elle a presque complètement perdu la vue.

Désormais, elle ne discerne que des lueurs. «Je suis en état de perception lumineuse», précise-t-elle.

Aussi a-t-elle choisi de se réorienter après ses études de premier cycle: elle a entrepris un DESS qui la mènera vers une carrière en enseignement individualisé. «Je souhaite aider les personnes avec un handicap visuel à devenir plus autonomes et à participer davantage à la vie sociale», indique-t-elle.

Il faut dire que Stéphanie Michaud est animée par une motivation profonde d'aider les autres. «Je veux partager ce que je sais, mon vécu. J'ai toujours été portée vers les relations humaines, je crois que ça vient des membres de ma famille, pour qui l'entraide est importante.»

Vivre à un rythme plus lent et au moment présent

Bien que la perte de la vue ait été un choc pour elle, Stéphanie Michaud n'a pas sombré dans le défaitisme. «J'ai retroussé mes manches et j'ai regardé le côté positif des choses: ce n'est pas parce que je ne vois plus que je ne suis plus capable de faire quoi que ce soit.»

Mais il lui a fallu apprendre à vivre à un rythme plus lent. «Tout ce qui était simple prend désormais plus de temps, ne serait-ce que se verser un verre d'eau ou éplucher les patates. Apprendre à ralentir est une dure épreuve dans une société où tout va toujours plus vite», témoigne-t-elle.

Devenir aveugle comporte aussi l'obligation de demeurer sans cesse aux aguets. Par exemple, dans les transports en commun, elle ne peut pas se permettre de rêvasser. «Je dois constamment rester concentrée. C'est ce qui fait que, désormais, je profite du moment présent, tout en pensant à demain... mais en temps et lieu!» dit-elle, philosophe.

Apprendre sans voir

Pour Stéphanie Michaud, «il n'y a pas de lien entre la vue et l'intelligence». Mais étudier sans voir n'est pas une mince affaire.

Le Service de soutien aux étudiants en situation de handicap de l'UdeM lui vient en aide. Ainsi, à chaque début de session, elle et un conseiller du Service rencontrent tous ses professeurs pour déterminer comment ils peuvent s'adapter à ses besoins.

«Dans certains cours, le professeur m'envoie le recueil de notes à l'avance, tandis que, dans d'autres, je bénéficie des services d'un étudiant preneur de notes, qui est payé pour cette tâche», illustre-t-elle.

De plus, Stéphanie Michaud dispose d'un ordinateur portable doté d'un programme de revue d'écran, qui lit à voix haute le contenu des documents Word qu'elle reçoit. Elle peut aussi brancher sur son appareil un afficheur braille, qui transcrit les contenus qu'elle préfère lire plutôt qu'écouter.

Et, lorsqu'elle a un examen, l'ordinateur lui lit les questions et elle répond verbalement ou en braille. On lui accorde généralement 50 % plus de temps qu'aux autres étudiants pour faire l'examen.

Généralement, mais pas toujours... «Certains professeurs refusent de me donner plus de temps sous prétexte que ça m'avantage», glisse-t-elle.

Voilà pourquoi il est important de continuer à sensibiliser la communauté universitaire aux besoins des personnes handicapées. Cela dit, Mme Michaud est reconnaissante envers l'UdeM, qui «offre un bon soutien et procure une très bonne intégration».

Faire preuve d'ouverture d'esprit

Cependant, les relations sociales sont plus difficiles à établir, plus particulièrement en classe, où la communication non verbale entre étudiants lui échappe.

«Il reste que les gens sont toujours prêts à m'aider, même si parfois je n'ai pas besoin d'aide», indique-t-elle en rigolant.

Mais elle refuse par-dessus tout d'être traitée différemment des autres.

«Aucun handicapé n'aime son handicap, et chacun demeure une personne avec ses forces et ses faiblesses avec laquelle on peut avoir des affinités ou non. Il faut donc aller au-delà des apparences, garder l'esprit ouvert et, surtout, ne pas prendre un handicapé en pitié!»

(Ni lui parler plus fort, comme des gens font parfois. Elle est non voyante, pas sourde!)

«Peut-être que mon handicap n'est qu'un test, conclut Stéphanie Michaud avec sérénité. Et quand on repousse ou qu'on nie un problème, il nous revient toujours plus gros. C'est pourquoi il faut affronter les difficultés que la vie nous apporte parfois.»

Table ronde le 3 décembre

À l'occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, le 3 décembre, le Centre étudiant de soutien à la réussite organise la table ronde «Les étudiants en situation de handicap, une réalité qui nous concerne tous» afin de traiter des enjeux de l'inclusion et de l'accompagnement, et à laquelle participe Stéphanie Michaud. L'activité se tiendra de 11 h 30 à 13 h à la salle B-0325 du pavillon du 3200–Jean-Brillant.

Martin LaSalle