La politique des réformes économiques au Mexique

Rares sont les occasions où une table ronde est présentée en espagnol avec traduction simultanée en français et retransmise en direct à l'UNAM, l'Universidad Nacional Autónoma de México. C'est à la Chaire d'études sur le Mexique contemporain et à son titulaire Patricio Marcos que l'on doit l'organisation de cette conférence inédite à la fin novembre et qui a fait salle comble.

 

Étaient présents les grands politiciens mexicains tels que Porfirio Munoz Ledo, fondateur du Partido Revolucionario Democrático (PRD), Jorge Luis Lavalle Maury, le sénateur du Partido Acción Nacional (PAN) et José Alberto Águilar Iñarritu, membre et ancien député du Partido Revolucionario Institucional (PRI). Ils ont brillement exposé les conséquences des nouvelles réformes dans un Mexique complexe.

Cette table ronde, organisée en collaboration avec le Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM), avait pour but de faire une évaluation de l'éventuel impact à moyen terme de ces quatre réformes structurelles, soumises par le président actuel mexicain, Enrique Peña Nieto, réformes qui déclencheraient le taux de croissance et le développement économique et politique au Mexique. Ces réformes se déclinent de la façon suivante :

     

  • Réforme des télécommunications L'objectif est d'ouvrir le marché des télécommunications et la télévision, aujourd'hui entre les mains d'America Movil et de Televisa. Elle permettrait d'augmenter l'investissement étranger et d'élargir la concurrence dans le secteur.
  • Réforme financière Le but est de modifier le cadre légal pour encourager les prêts et faciliter la collecte de garanties pour les banques, encourager également les prêts aux petites et moyennes entreprises.
  • Réforme fiscale Améliorer le système inefficace de taxation du Mexique est une réforme obligatoire aux yeux des investisseurs. Le projet a été approuvé après un débat prolongé qui a pris en considération la réévaluation du régime d'impôts sur le revenu, la régularisation du secteur informel de l'économie, et la fin des subventions.
  • Réforme énergétique Attendue pour cette fin d'année, voie cette semaine, le but de cette réforme est d'attirer de nouveaux investissements au monopole d'État Petróleos Mexicanos (PEMEX), grâce à des alliances avec les entreprises privées. Le but est d'intégrer de nouvelles technologies pour accroitre la productivité de PEMEX et lui permettre de devenir une entreprise globale.
  •  

Bilan de la table ronde

«Les conférenciers ont su relever des aspects de la mise en œuvre de ces réformes - qui se trouvent au cœur du débat dans l'opinion publique au Mexique - souligne Patricio Marcos, titulaire de la Chaire d'Études sur le Mexique Contemporain. On s'interroge sur la nature du pacte politique entre les trois grands partis, pacte sur lequel on propulse ces réformes dans un contexte de déficit de pratiques républicaines. La table ronde a  démontré les dimensions politiques et sociales déterminantes pour le Mexique à long terme. »

Afin de mieux examiner les réformes économiques et politiques en marche, certains pensent qu'elles devraient être encadrées en se conformant au cycle de politiques néolibérales, dont la mise en œuvre ne serait pas si récente au Mexique. Bien qu'on reconnaisse cette  dimension historique, des signes inquiétants se manifestent alors que des nouvelles transformations sectorielles - notamment celles de l'énergie, du travail et de la fiscalité - se mettent en place.

Dans  une autre perspective. À partir de conceptions plus orthodoxes du point de vue économique, la quintessence des réformes devraient reposer, d'un côté, sur la démonopolisation des compagnies de télécommunications, et de l'autre, en s'ouvrant au marché d'investissements de capitaux en vue de l'incorporer dans l'industrie pétrolière nationale.

« Or, l'entreprise étatique Petróleos Mexicanos (Pemex) résume bien l'entrecroisement historique et conflictuel entre valeurs se référant à la croissance et à la modernisation économique et les valeurs du bien commun des citoyens, expose M. Pantaleon, directeur scientifique de la Chaire et professeur d'anthropologie à l'Université de Montréal.»