Sarah Makonnen jazze le hip-hop

  • Forum
  • Le 9 décembre 2013

  • Dominique Nancy

Le jazz n'est pas réservé qu'aux hommes, se plaît à rappeler la chanteuse étudiante, même s'il est parfois plus difficile pour une femme de faire sa marque dans ce monde.Voix chaude et yeux pétillants: l'énergique Sarah Makonnen déplace de l'air et bouscule au passage les idées reçues. «Le jazz n'est pas réservé qu'aux hommes.

 

Bien sûr, c'est parfois un peu difficile pour une chanteuse de faire sa place, admet-elle. Mais une carrière dans le domaine est possible. Il faut faire ses preuves et se donner à fond.»

L'étudiante de la Faculté de musique de l'Université de Montréal a lancé en 2011 son premier album, Worth It, qui regroupe neuf chansons originales. Elle y fait surgir des images d'après-midis moites au Tennessee, des parfums de rythm and blues contemporains, mais aussi des couleurs hip-hop typiques de Montréal, où elle est née et a grandi. Sarah Makonnen, dont le nom d'artiste est Sarah MK, revendique le croisement de ces cultures pour en faire son identité musicale.

Née d'une mère québécoise et d'un père éthiopien, la jeune femme de 27 ans étudie au baccalauréat en chant jazz à l'UdeM sous la direction de la professeure Hélène Martel. Elle obtiendra son diplôme cet hiver. «En classe, nous nous concentrons sur le jazz véritable, mais la musique évolue, dit-elle. On ne peut nier l'influence du hip-hop ni celle du rythm and blues. Je voulais intégrer ces styles à une base harmonique soul, car ce sont mes racines.»

L'année dernière, l'auteure-compositrice-interprète a chanté au Festival international de jazz de Montréal en compagnie du guitariste Jordan Peters, qui a fait les compositions et les arrangements musicaux de son album, et de six autres musiciens. «C'était une expérience formidable, lance-t-elle. J'en ai encore des frissons. Imaginez, on a joué deux jours devant une salle comble au Savoy du Métropolis!»

Bien en vue sur la scène locale, Sarah MK, qu'on a pu entendre avec la formation Kalmunity (un collectif d'une cinquantaine de musiciens, chanteurs, danseurs et poètes) est «un talent émergent à découvrir», selon Laurent Saulnier, vice-président à la programmation du festival de jazz et des FrancoFolies de Montréal. «Sarah est certainement l'une des jeunes chanteuses les plus prometteuses à Montréal. Son premier album est le chainon manquant entre le jazz et le hip-hop», écrit l'ancien journaliste culturel de l'hebdomadaire Voir.

Dans les bars et sur les bancs d'école

Adolescente, tout en écoutant les artistes de soul et de rythm and blues comme Donny Hathaway, Sarah Vaughan et Erykah Badu, de même que la chanteuse rock canadienne Alanis Morissette, elle s'adonnait à la danse hip-hop et à la création libre au centre de danse Urban Element. Elle a participé à de nombreux spectacles avec cette école montréalaise au fil des ans.

L'apprentissage de la musique arrive sur le tard. «Enfant, j'ai pris des cours de piano, mais sans plus», confie celle qui chantait tout le temps à la maison. «Ça énervait mon petit frère!» Plus tard, elle chante avec le Vanier College Big Band et se produit à plusieurs reprises dans la métropole, notamment aux renommés Jello Martini Lounge, Upstairs, Maison du jazz et Piano Rouge Lounge. En 2010, elle décide d'entreprendre des études universitaires en chant à l'Université de Montréal pour acquérir un vocabulaire musical. «C'est ce qui a confirmé ma voie!» affirme la grande brune à la voix sensuelle.

À titre d'étudiante et d'artiste, Sarah Makonnen a beaucoup de pain sur la planche. En plus de chanter chaque semaine dans les bars et restaurants de Montréal, elle donne des cours de musique à domicile. Des spectacles d'été, qu'elle tient secrets pour l'instant, figurent aussi à son agenda parmi ses mille autres activités, comme ses projets d'écriture en vue de son deuxième album...

Elle est désormais prête à faire sa marque et à conquérir le cœur du public. Le nôtre est déjà sous le charme.

Dominique Nancy