Changer le monde, un démographe à la fois!

  • Forum
  • Le 16 janvier 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Contrairement aux universités du reste du continent, qui ont longtemps considéré la démographie comme une discipline relevant de la sociologie ou de l'économie, celles du Québec se sont dotées dans les années 60 d'un département de démographie.

 

C'est en 1965 que l'Université de Montréal a créé le sien, d'où sont sortis plusieurs centaines de diplômés qui se débrouillent très bien sur le marché du travail. On les retrouve au Canada et à l'étranger dans des organismes engagés dans le développement international, la santé, les politiques publiques, etc.

Encore aujourd'hui, l'UdeM demeure la seule université francophone du pays à se consacrer entièrement à cette science, définie comme «l'étude quantitative des populations humaines et de leurs dynamiques». Rattaché au Département de démographie de l'Université de Montréal où il a été professeur de 1972 à 2006 (il est professeur honoraire depuis), Victor Piché a publié en 2013 aux PUM Profession: démographe. Il rappelle que les démographes ont accompagné l'évolution de la société québécoise. Impossible d'ouvrir un livre d'histoire sans trouver la trace des travaux du Programme de recherche sur la démographie historique, par exemple, ou d'étudier les politiques linguistiques sans la lumière des projections démographiques. «La démographie ouvre la porte à peu près à tous les secteurs de la société», écrit-il dans l'ouvrage de 74 pages.

D'entrée de jeu, il indique que le dernier congrès de l'Union internationale pour l'étude scientifique de la population a abordé dans ses 300 communications des questions comme les droits de l'homme, le trafic des êtres humains, les mutilations génitales, l'avortement, le vieillissement de la population . D'ailleurs, une enquête auprès des 800 membres de cette association menée en 2009 avait révélé que les plus importants enjeux démographiques des 20 prochaines années allaient être, dans l'ordre, le vieillissement des populations, les flux migratoires, le VIH-sida, la fécondité, l'urbanisation et la mortalité infantile.

Victor Piché, toujours actif à la Chaire Oppenheimer en droit international public de l'Université McGill, mentionne que sa discipline lui a permis d'allier recherche fondamentale et aspects pratiques. Sans avoir négligé le Québec et sa «véritable révolution démographique», il s'est surtout fait connaitre par des recherches en Afrique. Au Burkina Faso et au Mali, notamment, il a élaboré des indicateurs relatifs à l'éducation, aux migrations, au travail des enfants et des femmes «qui devraient servir à la prise de décision politique et à l'élaboration de programmes d'intervention».

Pour les besoins de son ouvrage, il a consulté des professionnels du Québec afin de savoir quelles étaient les meilleures qualités du démographe. Réponse: la rigueur et la capacité d'utiliser les données de façon critique. Il faut bien sûr aimer les statistiques et les chiffres, mais aussi savoir les interpréter correctement. le chercheur cite l'auteur Erik Orsena: «Les chiffres sont de petits morceaux de mort. Sans cesse il faut les éclairer par des mots. Sinon ils vous entrainent dans leur silence.»

Les chiffres parlent d'égalité, d'éducation, de santé, fait observer le démographe, qui se dit toujours passionné après plus de 40 ans d'enseignement et de recherche. Une passion basée sur «la conviction que nos recherches et nos indicateurs constituent de puissants leviers politiques».

Mathieu-Robert Sauvé

Victor Piché, Profession: démographe, Les Presses de l'université de Montréal, 2013, 74 pages, 9,95 $.