Comment mettre sur pied une université en Amazonie?

  • Forum
  • Le 20 janvier 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Chemin menant à la future université dans l’ikiam ou «forêt tropicale» dans une des langues indigènes de l’Amazonie.Comment mettre en place une université au milieu de l'Amazonie? C'est à cette tâche qu'une soixantaine d'universitaires de tous les coins du monde ont été invités à s'atteler dans une rencontre organisée par le ministère de l'Éducation de l'Équateur du 1er au 8 décembre dernier.

 

«L'Équateur est un petit pays d'Amérique du Sud qui émerge économiquement grâce à l'exploitation de ressources comme le pétrole et les produits miniers. Il veut investir dans l'éducation et créer un système universitaire moderne et efficace», mentionne Jacques Brisson, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, qui a participé à la rencontre.

Pas facile, pour un biologiste, de demeurer concentré sur le sujet lorsque des aras volettent autour de la salle de conférences à aire ouverte ou que des singes se font la course sous ses yeux. Mais il assure que les discussions ont été animées et riches. «Je crois que nous avons dégagé de bonnes idées tout en établissant des liens qui pourront être utiles pour d'éventuelles collaborations tant en recherche qu'en enseignement», dit-il. Il qualifie son expérience d'extrêmement positive. «Ce n'est pas tous les jours qu'on est appelé à imaginer l'université idéale», commente-t-il.

Jacques BrissonL'aventure a commencé en septembre dernier, quand le chercheur de l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) a reçu un message du responsable du ministère de l'Éducation de l'Équateur le conviant à un séjour d'une semaine dans le pays. Le courriel précisait que les frais de déplacement, l'hébergement, la nourriture et les excursions guidées seraient assurés par le gouvernement. «J'ai d'abord cru que c'était un pourriel», relate le botaniste en riant.

Même si, deux mois plus tard, il demeure incapable de dire à quel titre précis il a été invité – il a mené des travaux en Colombie et est hispanophone autodidacte, mais ce n'était pas le cas de tous les invités –, il n'y avait pas erreur sur la personne. Il a décidé d'accepter l'invitation, passant d'un pays plongé dans une vague de froid à un autre qui ne connait qu'un climat chaud. Cinquante degrés Celsius d'écart en six heures entre les deux aéroports. Direction : Misahualli, dans la province de Napo, où convergeaient des délégués venant d'Europe, d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique.

Développement durable

Maquette de la future université, qui sera située dans la vallée de l’Amazone, à Tena, dans la province de Napo.  Le ministre équatorien responsable de la rencontre, Guillaume Long, a rappelé dans un communiqué publié à cette occasion que son pays était celui qui avait investi le plus dans l'éducation, proportionnellement à son budget, dans toute l'Amérique latine au cours des sept dernières années. Depuis 2008, on a complètement réformé le système d'enseignement supérieur, assurant la gratuité scolaire pour tous. Reste à mettre en place un réseau universitaire de calibre mondial. D'où l'idée de réunir des universitaires de l'étranger.

Le premier but de la rencontre était d'«établir la proposition d'enseignement pour l'université», indique le document de présentation. Les participants ont précisé quels devraient être les liens de l'établissement avec la stratégie nationale de développement et ses interactions avec les autres ordres d'enseignement, tant dans le pays qu'à l'étranger. «L'université ne verra pas le jour avant 2015, mais le gouvernement semble très déterminé», observe Jacques Brisson, qui se promet de demeurer en contact avec ses collègues pour suivre l'évolution du projet.

Située dans la vallée de l'Amazone – ce fleuve qui serpente dans trois pays d'Amérique du Sud –, l'université n'offrira pas toutes les disciplines scientifiques. On a choisi deux axes d'enseignement et de recherche: la biodiversité et l'exploitation des ressources dans un contexte de développement durable.

Dans de petits groupes puis en séances plénières, les universitaires ont abordé différentes questions comme la recherche, le réseautage, l'interdisciplinarité, la gouvernance, la structure d'enseignement, la stratégie de recherche et d'innovation... Un des ateliers a porté sur les interfaces entre les savoirs ancestraux et les connaissances occidentales modernes.

La contribution de Jacques Brisson a été d'insister sur la création de collections en sciences naturelles. «L'université de l'Amazonie sera en plein cœur de la forêt tropicale humide, la plus riche du monde en termes de biodiversité. Elle doit avoir une stratégie élaborée en matière de conservation d'éléments témoignant de cette biodiversité. Bien sûr, des collections existent déjà ici et là, mais il faut les regrouper et leur donner une structure scientifique solide.»

Jacques Brisson a également pu partager son expérience de chercheur et d'enseignant, puisque l'IRBV, au Jardin botanique de Montréal, allie harmonieusement les deux missions.

Mathieu-Robert Sauvé

 

 

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— Journal Forum - UdeM (@JournalForum) 21 Janvier 2014