Le bitcoin est l'emblème le plus connu des monnaies cryptées

  • Forum
  • Le 20 janvier 2014

  • Martin LaSalle

«Le système Bitcoin traduit une perte de confiance du public à l’endroit des organismes de contrôle et des établissements financiers», souligne Erwan Jonchères.Il fait la manchette depuis quelques mois et son existence suscite méfiance et interrogations chez certains, enthousiasme chez d'autres. Bitcoin – qui est à la fois une devise et un système de paiement – est le porte-étendard d'un mouvement mondial qui prend et qui continuera de prendre de l'ampleur: la mise en circulation de la monnaie cryptée.

 

Le bitcoin est la première monnaie électronique sécurisée par chiffrement (ou cryptage) qu'on peut utiliser pour payer un bien ou un service dans des commerces ou auprès de personnes qui en acceptent la valeur.

Selon le site officiel de la Fondation Bitcoin, il s'agit d'une «monnaie électronique expérimentale basée sur un réseau décentralisé [...] qui fonctionne avec un logiciel et un protocole ouverts qui permettent aux utilisateurs d'émettre des bitcoins et de gérer les transactions de façon collective et automatique. En tant que monnaie, le bitcoin est à la fois un intermédiaire de paiement et une réserve de valeur.»

Comme le bitcoin n'est contrôlé par aucun État ni aucune banque centrale, sa valeur repose sur l'offre et la demande ainsi que sur sa valeur d'échange avec les autres devises. Au cours des derniers mois, la valeur d'un bitcoin a été d'une relative volatilité (au début de 2013, un bitcoin valait 20 $ US, contre près de 920 $ US à la mi-janvier.)

D'où vient Bitcoin?

Bitcoin a été créé en 2009 par un informaticien mystère, Satoshi Nakamoto. Selon plusieurs sources, il s'agit plus probablement d'un collectif de créateurs.

La naissance du bitcoin est survenue après la crise découlant de la présence, sur les marchés financiers, des produits financiers toxiques adossés à des prêts hypothécaires (subprimes).

«Le bitcoin traduit une remise en question du monopole de l'État sur la création de la monnaie, ainsi que la perte de confiance du public à l'endroit des organes de contrôle et des établissements financiers», souligne Erwan Jonchères, étudiant à la maîtrise à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.

Pour éviter la surenchère et assurer la stabilité des transactions, les créateurs ont prévu qu'il y aura un nombre maximal de 21 millions de bitcoins mis en circulation et que ce seuil devrait être atteint vers 2030. C'est pourquoi plus il y aura de bitcoins en circulation, plus il sera difficile d'en créer de nouveaux.

Des avantages réels

Comme l'échange de bitcoins s'effectue par ordinateur de personne à personne (peer-to-peer), ce système revêt de nombreux avantages, selon M. Jonchères.

«C'est une monnaie universelle adaptée au monde virtuel qui réduit les frais bancaires et de transaction au minimum et qui est convertible en d'autres devises officielles», mentionne celui qui est à rédiger un mémoire sur les monnaies virtuelles.

Il permet aussi d'éviter les paiements effectués en double, puisque chaque transaction est publique, comptabilisée par l'ensemble des ordinateurs mis à la disposition du Bitcoin pour traiter les transactions. De même, les paiements en monnaie électronique ne peuvent être falsifiés.

«Pour les pays en voie de développement, Bitcoin représente un système pouvant contribuer à l'essor de leur économie», renchérit Erwan Jonchères.

Une monnaie criminogène?

Erwan JonchèresMalgré les avantages qu'il recèle, Bitcoin comporte aussi certains inconvénients qui expliquent la tiédeur ou le refus de certains pays – dont la Chine et la Thaïlande – de le reconnaître comme monnaie d'échange.

Si les transactions ne peuvent être falsifiées, les portemonnaies virtuels peuvent néanmoins être volés. «Les détenteurs doivent faire preuve de prudence, comme ils le font pour leur portefeuille traditionnel», illustre M. Jonchères.

Considéré par certains comme un atout, l'anonymat des personnes ou entreprises qui échangent les bitcoins est pour lui un inconvénient de taille.

«Il peut permettre aux réseaux criminels de blanchir de l'argent, de se procurer des produits illicites tels que la drogue ou des armes, ou de financer le terrorisme», observe Erwan Jonchères.

La monnaie électronique est là pour de bon

D'après Michel Poitevin, directeur du Département de sciences économiques de l'UdeM, la cryptomonnaie est tout, sauf un feu de paille.

«Le système paraît viable, indique-t-il. Même le président de la Réserve fédérale des États-Unis, Ben Bernanke, a récemment dit que le bitcoin avait un potentiel intéressant.»

Selon lui, Bitcoin et l'argent numérique en général sont issus d'un courant de pensée libertaire rendu possible grâce à Internet. «Et plusieurs pensent que ce serait bien d'avoir un système monétaire privé, décentralisé où différentes monnaies pourraient se faire concurrence. Il faut toutefois rester aux aguets afin d'éviter que ce système devienne le complice des criminels à grande échelle», avertit le jeune homme.

Pour preuve, l'Allemagne a déjà reconnu le bitcoin comme monnaie virtuelle, en août dernier, dans le but de mieux le taxer. Et, bien que la Thaïlande et la Chine en aient interdit l'utilisation, «il semble impossible de l'interdire réellement en raison de l'anonymat et de la décentralisation sur lesquels repose le système», conclut Michel Poitevin.

Et d'autres monnaies, moins connues, se préparent à investir plus largement le marché de la cryptomonnaie, le litecoin et le PPCoin étant parmi les plus prometteuses1.

Martin LaSalle

 


Essayer Bitcoin en trois étapes

Le site officiel de la Fondation Bitcoin propose de faire l'essai de la monnaie électronique en trois étapes.

  1. D'abord, il faut créer un portefeuille par l'entremise de différents sites (Bitcoin Qt, Electrum, Multibit, etc.).
  2. Ensuite, il faut trouver une adresse où recevoir ses bitcoins.
  3. Enfin, pour se procurer des bitcoins, on peut s'y prendre de quatre façons:
  • créer un site publicitaire (facile, gratuit, rapide mais peu lucratif);
  • miner des bitcoins (complexe et coûteux au départ);
  • vendre ou acheter des biens et services (auprès de personnes ou d'entreprises);
  • fréquenter les marchés des changes (traders).

À noter que le minage de bitcoins n'est pas recommandé aux néophytes. Voici ce qu'indique le site Bitcoin à cet égard: «Le minage de cryptodevises est une activité qui nécessite du temps, de l'argent et une certaine maîtrise technique. Se lancer dans le minage avec un simple ordinateur de bureau et sans un minimum de connaissances techniques est totalement illusoire.»

Pour en apprendre davantage sur cette monnaie électronique, visitez le site de la Fondation Bitcoin (bitcoin.org/fr/) ou encore l'Ambassade Bitcoin de Montréal (bitcoinembassy.ca/fr/), une organisation sans but lucratif qui vise à promouvoir et à faciliter l'adoption du bitcoin.

 

1. Jean-Philippe Veilleux, Cryptomonnaies : bitcoins et au-delà, Horizons de politiques Canada, gouvernement du Canada.