Nouvelle cible thérapeutique pour la maladie de Lou Gehrig

  • Forum
  • Le 20 janvier 2014

  • Dominique Nancy

Le ver C. elegans constitue un excellent système pour conduire des analyses génétiques, puisqu’un grand nombre de gènes humains y sont conservés.Le chercheur Alex Parker et son équipe du CHUM ont récemment découvert une nouvelle cible thérapeutique pour lutter contre les symptômes de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), également appelée maladie de Lou Gehrig.

 

Cette découverte liée aux protéines TDP-43 et FUS, présentes à la fois dans la SLA et la démence, pourrait favoriser la mise au point de nouveaux médicaments en plus d'améliorer les effets du riluzole, seul médicament approuvé à ce jour et destiné à freiner la progression de cette maladie qui mène à la mort cellulaire et à une dégénérescence neuronale massive.

«Pour l'instant, le riluzole n'a qu'une incidence minime sur l'évolution de la SLA. Mais nos études en génétique ont permis de trouver des molécules antipsychotiques qui fonctionnent bien avec nos modèles», affirme le professeur du Département de neurosciences de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHUM. Nous avons encore besoin de confirmer ce mécanisme sur des modèles mammifères plus complexes, mais, s'il est validé, un traitement ciblant cette nouvelle classe de molécules pourrait retarder la progression de la SLA.»

Signe que la découverte est prometteuse, des études chez le poisson zèbre et des essais cliniques auprès d'une trentaine de patients lourdement atteints par la maladie sont présentement effectués par des collaborateurs de M. Parker. «Habituellement, il faut attendre avant de procéder à des tests chez l'être humain. Nous avons eu l'autorisation d'entreprendre ces essais en parallèle, car le médicament utilisé n'est pas nouveau.»

La SLA est une maladie neurodégénérative rare qui entraîne la perte progressive et sélective des neurones du cortex moteur, du tronc cérébral, de la moelle épinière et qui conduit ultimement à la mort, souvent dans un court laps de temps. Elle affecte de 1 à 3 personnes sur 100 000 après 50 ans et touche les deux sexes. Elle peut débuter soit par la paralysie d'un segment de membre (main, pied, cuisse, épaule), soit par un trouble de la parole et ou de la déglutition. Dans le premier cas, qui concerne davantage les hommes, on parle de «forme spinale» de la maladie, alors que la seconde forme, nommée «bulbaire», touche un plus grand nombre de femmes. Bien que la plupart des causes génétiques de la SLA soient connues, les mécanismes de la maladie ne sont pas encore bien compris. À l'heure actuelle, la maladie est incurable et le traitement existant n'apporte que peu de soulagement.

Alex ParkerDes vers à l'être humain

Jusqu'à ce jour, on ignorait que le riluzole agissait davantage en ciblant la nouvelle classe de molécules comprenant des neuroleptiques. Pour le vérifier, Alex Parker a eu recours à un modèle transgénique qu'il a élaboré basé sur l'expression de la maladie dans le système nerveux d'un ver, le C. elegans. «Un grand nombre de gènes humains sont conservés chez ce ver, explique le généticien. Il constitue un excellent système pour faire des analyses génétiques.»

Le chercheur présente à la journaliste de Forum une vidéo illustrant ses propos. «Regardez ici, montre-t-il du doigt, ce sont des vers sains. Ils bougent. Chez les vers porteurs de la mutation des gènes TDP-43 et FUS, on constate un dysfonctionnement du système nerveux. Ils sont incapables de faire le moindre mouvement, même lorsqu'on les pique avec une petite aiguille.»

Mais, dès que les vers mutants reçoivent le médicament dans la cible thérapeutique découverte par Alex Parker et son équipe, bingo! Ils se remettent à bouger. Cette percée est majeure. Il reste cependant du chemin à faire dans la compréhension des mécanismes qui provoquent progressivement la paralysie des neurones moteurs chez l'être humain, selon le spécialiste des maladies cellulaires.

La publication des résultats de cette étude dans la revue scientifique Neurobiology of Disease confirme l'importance de cette découverte, ainsi que la pertinence du rôle d'une série d'autres molécules qui peuvent être utilisées afin d'atténuer la dérégulation de l'un des processus cellulaires qui aboutissent au dysfonctionnement neuronal et à la mort des cellules du cerveau.

Les travaux du professeur Parker sont ainsi porteurs d'espoir pour les personnes atteintes d'autres formes d'affections neurodégénératives, comme les maladies d'Alzheimer, de Parkinson et de Huntington.

Outre Alex Parker, d'autres chercheurs, dont Pierre Drapeau, de la Faculté de médecine, ont collaboré à cette avancée scientifique.

Dominique Nancy