Facebook contribue à la structuration du réseau social des jeunes adultes

  • Forum
  • Le 27 janvier 2014

  • Martin LaSalle

Les étudiants actifs sur Facebook sont loin de vivre seuls dans leur coin, bien au contraire. (Photo: iStockphoto)La multiplication d'amis sur Facebook se fait-elle au détriment d'amis réels dans la vie hors ligne? Les jeunes très actifs sur cette plateforme sont-ils forcément des personnes solitaires?

 

Il semble que ce soit tout le contraire, à la lumière des travaux de maîtrise qu'a menés Ninozka Marrder au Département de communication de l'Université de Montréal.

Reposant sur la participation de 169 étudiants de première année en communication et en psychologie de l'UdeM, le mémoire de Mme Marrder explore comment Facebook s'est intégré dans la structuration de leur réseau social.

 

En moyenne,
les 169 participants...

     
  • passent deux heures par jour sur Facebook,
  • ont 350 amis virtuels,
  • consultent près de cinq profils par jour.
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Une vie sociale remplie... et sélective

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les étudiants les plus actifs sur Facebook sont loin de vivre seuls dans leur coin : ce sont même ceux dont la vie sociale en dehors des écrans est la plus remplie.

En fait, pour la majorité des participants de l'étude, les amis Facebook sont principalement des personnes avec lesquelles ils ont déjà eu une interaction face à face.

« Nous avons constaté que le réseau social virtuel trouve son point d'ancrage dans le réseau social hors ligne, qui lui connaît des poussées de croissance en fonction des activités scolaires et parascolaires », indique Mme Marrder.

Ainsi, il ressort que Facebook permet de consolider les liens sociaux naissants et facilite la formation de groupes dans un nouvel environnement.

Est-ce à dire que les jeunes sont à l'aise de partager leur vécu avec 350 personnes, soit le nombre moyen d'amis Facebook des participants?

« Ils ont exprimé une certaine perplexité quant à la façon dont ils doivent négocier leur mise en scène sur Facebook, convient Ninozka Marrder. L'information dévoilée dépend de l'auditoire perçu et du besoin de reconnaissance par les pairs. »

Ninozka MarrderElle ajoute que « les messages publiés sur Facebook semblent être un moyen de se dépeindre comme quelqu'un de socialement désirable, surtout au début de la relation ou de l'échange de commentaires ».

L'ajout sur Facebook : point marquant pour l'amitié

Pour les étudiants sondés par Mme Marrder, les moments les plus propices à l'ajout d'un ami sur Facebook sont les initiations au début de l'année et les autres activités sociales du calendrier scolaire et parascolaire. Ces moments de socialisation favorisent l'utilisation de Facebook, que ce soit avant l'activité ou après.

« L'ajout d'une personne sur Facebook est un point marquant dans le développement d'une amitié, car, en acceptant une nouvelle personne dans son réseau, on envoie le message implicite qu'on désire continuer les interactions en ligne et hors ligne », mentionne Ninozka Marrder.

De plus, la littérature qu'elle a consultée recoupe les propos recueillis auprès des étudiants. « Ils sont dans l'urgence de créer des liens et les activités sociales sont des moments qui suscitent une grande effervescence », a-t-elle observé.

Par ailleurs, l'ajout d'un ami Facebook permet de faire le tri parmi ses autres amis, puisque l'accès à son profil en ligne aide à se faire une impression à son sujet...  et à valider si la relation peut potentiellement évoluer.

« Facebook revêt ainsi une grande importance, surtout au début de la relation, comme agent catalyseur », fait remarquer la diplômée de l'UdeM.

Des réserves à l'égard de Facebook

Les étudiants interviewés ont dit qu'ils se connectent deux heures par jour à Facebook en moyenne.

Parallèlement, la plupart ont cherché à nuancer leurs propos en soulignant qu'ils ne fréquentaient Facebook qu'à l'occasion.

Plus encore, ils ont presque tous émis des critiques à l'endroit de Facebook, bien qu'aucune question ne leur ait été posée à cet égard.

Selon Ninozka Marrder, cette distanciation est teintée par une certaine connotation négative attachée au discours populaire sur cet espace d'échanges virtuels.

« Mais malgré ces quelques reproches, il ne viendrait pas à l'esprit de ces étudiants de quitter Facebook, conclut-elle. Cette plateforme demeure un outil clé pour leur intégration à l'université. »

Martin LaSalle