À la recherche du gène du somnambulisme

  • Forum
  • Le 3 février 2014

  • Dominique Nancy

Le somnambulisme peut conduire à une diversité de situations cocasses mais aussi périlleuses parfois. (Photo: iStockphoto)Selon le professeur du Département de neurosciences de l'Université de Montréal et codirecteur clinique du Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, il existe une prédisposition génétique au somnambulisme.

 

« Près de 80 % des somnambules ont un autre membre de la famille qui est atteint de ce trouble du sommeil, dit-il. Chez les jumeaux, la concordance est cinq fois plus élevée chez les monozygotes que chez les jumeaux non identiques. »

Le somnambulisme touche principalement les enfants : de 11 à 13 % des 8 à 12 ans sont sujets à des déambulations nocturnes contre 2 à 4 % des adultes. Les crises surviennent généralement durant les phases de sommeil lent profond, soit au cours des premières heures qui suivent l'endormissement. La plupart des somnambules se contentent de s'asseoir dans leur lit. Certains se lèvent et se mettent à marcher, avant de retourner se coucher. Le fait de marcher en dormant ne présente habituellement pas de danger. Mais les somnambules peuvent parfois se blesser et mettre leur vie ou celle des autres en danger : certains sont même allés jusqu'à conduire une voiture!

Les facteurs déclencheurs de la parasomnie, une série de troubles du sommeil parmi lesquels on compte, outre le somnambulisme, la somniloquie (parler en dormant) et les terreurs nocturnes, sont variés : privation de sommeil, interruption du sommeil lent profond, prise de certains médicaments, stress, fièvre, ingestion d'alcool... En fait, toute situation qui fragmente le sommeil favorise les épisodes de déambulations nocturnes chez les individus qui y sont prédisposés. Comme on s'en doute, les personnes qui se réveillent après une nuit aussi agitée ne sont guère reposées. Selon des études récentes, environ 45 % des somnambules seraient somnolents pendant le jour.

Alex Desautels

Alex Desautels s'est servi de ces connaissances acquises grâce aux travaux de chercheurs de l'UdeM comme Jacques-Yves Montplaisir et Antonio Zadra pour mettre au point un protocole de recherche original. L'objectif? Caractériser les aspects cliniques et génétiques du somnambulisme.

« Le phénomène est connu de tous et intrigue depuis plusieurs siècles. Pourtant, la médecine a encore beaucoup de mal à comprendre ses causes exactes », mentionne-t-il.

Croisement des données

À ce jour, rappelle le neurologue, aucun gène de susceptibilité n'a été découvert et aucune caractérisation clinique valable, susceptible de fournir des pistes aux chercheurs, n'a été établie. Grâce à un financement du Fonds de recherche du Québec – Santé, le Dr Desautels entend comparer le sommeil et l'activité électrique du cerveau de somnambules et de sujets normaux qui leur sont apparentés pendant différentes phases du sommeil.

« Mon projet se divise en trois volets, explique-t-il. D'abord, je vais analyser le mode de transmission aux proches du sujet en recrutant une centaine de familles au sein desquelles plusieurs membres rapportent du somnambulisme. Dans un deuxième temps, je vais observer l'étendue de ses manifestations cérébrales au moyen d'enregistrements polysomnographiques. Finalement, je vais tenter de cerner d'éventuelles mutations génétiques chez les sujets les mieux caractérisés sur le plan clinique. »

À partir de prélèvements sanguins, Alex Desautels étudiera le rôle de certaines protéines, dont l'adénosine, qui joue un rôle majeur dans la régulation du sommeil lent profond, au cours duquel se produisent les crises. Selon le professeur, les données en faveur de composantes héréditaires soulignent l'importance d'étudier le caractère familial du somnambulisme, un aspect qui, jusqu'à aujourd'hui, a été négligé par la science.

«Le croisement des données cliniques et génétiques permettra sans doute de mieux comprendre ce trouble du sommeil, qui est loin d'être de tout repos», conclut-il.

Dominique Nancy