Doit-on imposer une formation continue aux enseignants?

  • Forum
  • Le 10 février 2014

  • Dominique Nancy

L’acte d’enseigner évolue constamment et les enseignants ont tout avantage à se perfectionner en cours de carrière. (Photo: iStockphoto)Recevoir son diplôme d'enseignant ne marque pas la fin de la formation pour un professionnel de l'enseignement. Durant toute sa carrière, il devra s'assurer que ses compétences sont à jour. Mais rien ne l'y oblige.

 

Professeure à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Sylvie Cartier consacre un volet de ses recherches au perfectionnement professionnel afin d'offrir aux personnes qui enseignent au primaire, au secondaire ou au postsecondaire de nouveaux outils d'analyse et d'adaptation de leurs pratiques leur permettant d'être de meilleurs enseignants.

 

Pourquoi est-ce parfois si difficile pour le personnel enseignant de parfaire sa compétence professionnelle? Devrait-on imposer une formation continue?

S.C. : Vous savez, la réalité d'aujourd'hui n'est pas nécessairement la même qu'à l'époque où les enseignants ont reçu leur formation pédagogique. De nos jours, ils doivent composer avec des classes multiprogrammes, gérer des problématiques particulières et porter attention aux élèves à risque de décrochage. Tout ça en plus de soutenir la réussite scolaire. C'est tout un défi! D'où l'importance du perfectionnement professionnel. Mais celui-ci est souvent lié à une charge de travail accrue. Il exige aussi de faire autrement. Et c'est là la source principale des difficultés. Le changement n'est pas toujours facile.

Sylvie Cartier (Photo: Andrew Dobrowolskyj)Devrait-on imposer la formation continue? Je préfère parler de valorisation du perfectionnement professionnel. Dans le cas où l'on reconnaît socialement que l'enseignement est une profession, cela s'impose de soi. Ainsi, pour les avocats et les médecins, des professions qui ont un ordre professionnel, le perfectionnement n'est pas perçu comme une obligation mais plutôt comme une condition d'exercice. Mais il n'y a pas d'ordre professionnel pour les enseignants. Ce sont les syndicats qui régissent leur travail et les commissions scolaires ont le mandat de la formation continue. Il y a, bien sûr, certaines obligations autour de la réforme qui s'est installée depuis 2001. Cela a modifié considérablement les orientations en matière d'apprentissage et d'enseignement. Les enseignants doivent donc répondre à certaines exigences de Québec, notamment sur les plans des programmes et des évaluations. Mais il n'y a pas d'obligation du côté du perfectionnement professionnel même si une démarche individuelle et de plus en plus collective est fortement encouragée par les milieux.

 

On sait que la qualité des enseignants est le premier levier de l'efficacité des systèmes d'éducation et que leur formation doit évoluer au fil du temps pour s'adapter aux changements de la société. Devant ce constat, comment encourager la formation continue?

S.C. : Il faut d'abord définir les besoins sur le terrain, comme les difficultés d'apprentissage, la faible motivation quant aux activités d'apprentissage, le désintérêt pour la lecture de manuels... Lorsqu'on a ciblé un point précis sur lequel les enseignants peuvent agir pour mieux soutenir leurs élèves, ils sont généralement favorables à la formation continue. Les enseignants veulent que leurs élèves réussissent!

La définition du problème et des solutions doit se faire en mobilisant tous les acteurs, autant le coordonnateur des services éducatifs et les conseillers pédagogiques de la commission scolaire que le directeur d'école et les enseignants. Tous assument un rôle important et doivent faire partie du projet de perfectionnement. C'est là l'un des enjeux de la réussite, comme l'ont démontré nos travaux.

Cela prend aussi une orientation claire des milieux sur le changement à apporter. Par exemple, moi, je travaille sur la lecture utilisée dans un but d'apprentissage et sur les difficultés des élèves : comment lit-on en sciences? en univers social? La lecture est une activité d'apprentissage fréquente à l'école, mais il faut aussi voir comment l'école en fait une priorité pour soutenir les élèves dans ce domaine. Et aussi comment elle consacre les journées pédagogiques et les ressources à ce projet. Enfin, il ne faut pas oublier de mobiliser les gens à long terme. Car cela prend du temps avant de pouvoir instaurer un changement.

 

Quel rôle peuvent assumer les universités dans la formation continue des enseignants?

S.C. : Les universités ont un grand rôle à jouer non seulement dans la formation initiale, mais aussi dans le perfectionnement professionnel. De mon côté, j'accompagne des enseignants et des conseillers pédagogiques d'écoles primaires et secondaires dans le cadre de recherches collaboratives. On met nos efforts en commun pour définir la problématique, voir ce que disent les études sur le sujet et fixer des objectifs de recherche et d'appropriation de nouvelles pratiques. Parallèlement, il faut observer comment cette équipe se développe. En regardant de quelle façon dans chaque milieu on s'y prend pour résoudre des problèmes, on acquiert une expertise afin de mieux aider d'autres milieux scolaires et l'on peut mieux valoriser l'apprentissage des élèves.

Propos recueillis par Dominique Nancy

 


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