La psychothérapie est plus profitable que les somnifères

  • Forum
  • Le 17 février 2014

  • Martin LaSalle

L’insomnie frappe à tout âge, mais elle touche particulièrement les personnes âgées. Et la prise de somnifères n’est pas la solution. (Photo: iStockphoto)Le gouvernement gagnerait à rembourser les aînés qui suivent une psychothérapie de type cognitivo-comportemental pour traiter leur insomnie, plutôt que de payer leurs somnifères.

 

C'est la conclusion à laquelle est parvenu Dharmender Singh dans ses travaux de maîtrise effectués à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal sous la direction de la Dre Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement.

Dans son mémoire, M. Singh compare l'effet économique global du recours à la classe de médicaments la plus prescrite chez les aînés souffrant d'insomnie, les benzodiazépines, avec celui de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).

Deux approches à l'efficacité similaire

La classe de somnifères et la psychothérapie analysées par M. Singh sont d'une efficacité similaire pour traiter l'insomnie, selon la littérature scientifique qu'il a consultée.

En effet, des études indiquent que les benzodiazépines augmentent jusqu'à une heure, en moyenne, la durée du sommeil chez les aînés. De même, ils réduisent d'environ 15 minutes la période d'endormissement lorsqu'ils se mettent au lit.

La TCC a eu des résultats analogues dans d'autres études. Plus encore, celles-ci ont mis en lumière que les bienfaits de cette psychothérapie sur le sommeil sont observables de six mois à deux ans après le début de la thérapie.

Effets indésirables des somnifères

Si la TCC n'a entraîné aucun effet indésirable notable chez les participants aux études, il en va tout autrement des benzodiazépines.

En effet, l'usage de ces somnifères est associé à différentes conséquences psychologiques et physiques tels la dépendance et le syndrome du sevrage (lorsqu'on cesse la médication), la diminution des fonctions cognitives, l'augmentation du risque d'accidents de la route et, surtout, les chutes découlant de l'endormissement et les fractures liées à ces chutes.

À cet égard, dans la population en général, le taux de blessures résultant d'une chute est neuf fois plus haut parmi les 65 ans et plus que chez ceux qui sont moins âgés.

Or, chez les aînés qui prennent des benzodiazépines pour traiter l'insomnie chronique, le risque de chute est 57 % plus élevé que parmi ceux qui n'y ont pas recours. Et, d'après une méta-analyse citée par Dharmender Singh, le risque de fracture est 34 % plus grand chez les aînés qui consomment des benzodiazépines, comparativement à ceux qui n'en prennent pas.

Des économies avec la psychothérapie

Selon M. Singh, lorsque les coûts associés à l'accroissement du risque de chute avec les benzodiazépines ne sont pas pris en compte, le traitement par ces médicaments revient annuellement à 231 $, contre 335 $ pour une psychothérapie. Une différence de 30 % en faveur des somnifères.

Toutefois, les consommateurs de benzodiazépines ont plus tendance à chuter que ceux qui n'en prennent pas et les coûts liés aux chutes, aux fractures et aux hospitalisations qui s'ensuivent ne sont pas négligeables. Ainsi, en tenant compte de ces coûts, la prise de benzodiazépines s'élève à 1357 $ par année en moyenne pour chaque usager, tandis que la TCC requiert une dépense de 1180 $ chez ceux qui la suivent. Il en résulte une économie de 177 $ par année par personne – sans égard aux autres effets indésirables que peut provoquer la prise de somnifères.

Considérant le vieillissement de la population, l'auteur a évalué que la hausse annuelle de l'incidence de l'insomnie chronique est de 7,4 % par année au Canada, de 2012 à 2016 inclusivement. « Si l'on avait remplacé graduellement le recours aux somnifères par une psychothérapie, on aurait obtenu une économie de 713 M$ à l'échelle du pays au cours de ces cinq années de référence », illustre-t-il.

Selon lui, dans une population âgée à risque de chuter, le recours à une thérapie cognitivo-comportementale s'avère presque toujours supérieur à la prise d'un somnifère d'un point de vue du rapport coût-efficacité.

Mais, au-delà du coût, les blessures causées par les chutes entraînent surtout une baisse significative de la qualité de vie de ceux qui en sont victimes.

« C'est pourquoi nous croyons que le remboursement d'une thérapie cognitivo-comportementale pour traiter l'insomnie est autant, sinon plus important pour les aînés à risque de déclin fonctionnel plus tard dans leur vie », conclut Dharmender Singh.

Martin LaSalle


Des somnifères « populaires »...

Au Canada, parmi les 65 à 69 ans, une personne sur cinq (20 % de ces gens) a régulièrement recours à un somnifère de la classe des benzodiazépines. Chez les 85 ans et plus, cette proportion atteint 30 %, selon Dharmender Singh.

D'après l'Institut canadien d'information sur la santé, le témazépam (Restoril®) était, en 2008, l'un des cinq médicaments sur ordonnance les plus utilisés de façon régulière par les aînés au pays. Le lorazépam (Ativan®) est aussi fréquemment prescrit.

Ces médicaments ne sont pas exclusivement employés pour traiter l'insomnie : on les prescrit aussi pour soigner l'anxiété, les crises de panique et la dépression.

Le Québec est la province où l'on achète le plus de benzodiazépines : près de 25 % des personnes de plus de 65 ans en consomment, tandis que l'insomnie toucherait 10,3 % d'entre elles. Mais peu importe le motif de l'ordonnance, les effets indésirables demeurent les mêmes.

 


L'IUGM en quelques chiffres

Affilié à l'Université de Montréal, l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) est un centre de soins, d'enseignement et de recherche en santé et vieillissement. Ses travaux sont reconnus aux échelons national et international.

L'IUGM, ce sont :

  • 283 étudiants (en 2011-2012);
  • 48 équipes de chercheurs issus de disciplines variées;
  • 5 chaires de recherche;
  • 6,5 M$ en bourses et subventions (en 2011-2012);
  • 545 publications (en 2010-2011);
  • 1 plateforme de pointe en neuro-imagerie reconnue dans le monde;
  • 5 priorités scientifiques pour 2014-2018 :

    • soutenir la recherche clinique en vieillissement,
    • accroître son leadership en neuro-imagerie, 
    • se positionner dans le domaine de la prévention-promotion du « mieux-vieillir »,
    • consolider la recherche sur le maintien des gens âgés dans la communauté,
    • développer la recherche en soins de longue durée.