Puccini : deux fois plutôt qu'une!

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  • Le 17 février 2014

Le baryton Julien Horbatuk, le metteur en scène, M. Racine, le chef, M. Rivest, et la chanteuse Geneviève Colletta. (Photos: Jean-François Hamelin)C'est en 1918 qu'a eu lieu la création de l'avant-dernière production opératique de Giacomo Puccini, Il trittico (Le triptyque), un cycle qui regroupe trois opéras dont le fil conducteur est la mort, abordée sous divers angles.

 

De ces trois opéras en un acte, Il tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi, le directeur de l'Atelier d'opéra de l'UdeM, Robin Wheeler, et celui de l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM), Jean-François Rivest, ont choisi de monter les deux derniers. Il est très rare qu'on présente les trois œuvres et le programme qui sera offert ici, tout en contrastes, est prometteur à bien des égards.

Rencontrés ensemble à la sortie d'une répétition, le chef Jean-François Rivest, le metteur en scène François Racine, la soprano Geneviève Colletta et le baryton Julien Horbatuk se sont dits enthousiasmés par le projet. Le chef explique : « À l'opéra, il arrive souvent que le propos soit dilué, alors qu'ici on est dans le condensé, spécialement dans le cas de Gianni Schicchi; c'est rapide et on est dans la comédie. Suor Angelica est au contraire mystique, triste et lent. Musicalement et vocalement, les défis de chacun sont bien différents. Alors que Suor Angelica est comme une longue ligne qui se tend jusqu'à atteindre le point de rupture, Gianni Schicchi, comme toute comédie, est réglé telle une horloge et chaque action est un engrenage qui entraîne la suivante. » Il poursuit : « Avec Suor Angelica, on est dans la vérité de l'amour maternel, tandis que, chez Gianni Schicchi, on est dans le mensonge et la tromperie! »

Jean-François Rivet est à la barre de l’OUM depuis 20 ans.Le chef retrouve pour ces productions un metteur en scène qu'il connaît bien, puisqu'il a collaboré avec François Racine dans Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy (2012), et Dialogues des carmélites, de Francis Poulenc (2013). C'est à François Racine que revient la tâche de mettre en forme les sentiments contradictoires que distillent les deux opéras. « Ça pose un problème de production, explique-t-il, avec deux environnements à créer, deux séries de costumes, mais les œuvres posent surtout des défis stimulants de mise en scène. Dans Suor Angelica, l'action est assez statique durant les deux premiers tiers, mais il faut tout de même que les personnages suscitent l'intérêt, alors les étudiantes doivent contenir leur jeu et habiter l'espace de façon naturelle [notons au passage que cet opéra est l'un des rares à n'offrir que des rôles féminins]. Lorsque le drame survient finalement, tout se passe très vite. Dans Gianni Schicchi, on est dans la bouffonnerie et ça, c'est une bête qu'il faut dompter, c'est très physique. Pour les étudiants, c'est tout un pari : ils doivent performer vocalement et suivre le chef tout en courant ici et là! »

Les interprètes dont le nom du personnage figure sur l'affiche ont pour la première fois de leur jeune carrière cette responsabilité supplémentaire de porter le premier rôle. Geneviève Colletta, qui fait actuellement à la Faculté de musique de l'UdeM sa première année de doctorat en interprétation chant, sera sœur Angélique. C'est donc elle qui chantera la mélodie Senza mamma. « Les gens l'attendent, cet air... », lance-t-elle, consciente de sa mission, mais néanmoins heureuse de ce choix. Elle ajoute : « C'est un rôle extraordinaire et je me considère comme très chanceuse de pouvoir l'incarner; je chanterais du Puccini tous les jours! » Si l'on a insisté sur les contrastes bien marqués entre les deux opéras, il y a quand même place pour des nuances dans le jeu, ce que la chanteuse souligne : « Angélique a eu un passé difficile, alors ce serait facile de jouer la tristesse du début à la fin, mais le personnage ne serait pas attachant. Il faut donc y mettre de l'espoir au départ, avant que frappe le drame. »

Le grand air de Gianni Schicchi est O mio babbino caro et c'est le personnage de Lauretta qui le chante, mais le rôle-titre n'est pas pour autant de tout repos. Julien Horbatuk, actuellement inscrit à un diplôme d'études professionnelles avancées (troisième cycle) en chant classique, s'y prépare avec un plaisir évident : « Gianni Schicchi est un arnaqueur professionnel, mais son plan se construit au fur et à mesure, alors il faut jouer l'improvisation! Aussi, lorsqu'il prend la place du vieux Buoso Donati qui est mourant, je dois maquiller la voix du personnage et, parfois, il faut alterner très rapidement entre la voix de Schicchi et celle de son imitation de Donati. » De belles acrobaties vocales en vue!

La présentation de ce programme double coïncide avec le 20e anniversaire de l'OUM, dont le fondateur, Jean-François Rivest, tient toujours la barre. « Le public aime bien la chaleur humaine particulière et le don de soi qui émanent de cet orchestre, de ces chanteurs et de ces instrumentistes », commente-t-il. Assurément, la carte Suor Angelica-Gianni Schicchi sera une excellente occasion de le constater une fois de plus!

Réjean Beaucage
Collaboration spéciale

Ces deux opéras seront présentés les 27 et 28 février ainsi que le 1er mars, à 19 h 30, à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l'UdeM, 220, av. Vincent-D'Indy. Information : 514 343-6427.