Recette gagnante contre la dénutrition

  • Forum
  • Le 17 février 2014

  • Dominique Nancy

Il est primordial de faire un suivi nutritionnel en cours  d’hospitalisation et d’intervenir tôt en cas de dénutrition. (Photo: iStockphoto)Poulet crémeux aux champignons, pâté chinois onctueux, velouté de légumes, gâteau à la vanille avec crème anglaise... Ce sont quelques-uns des nouveaux plats au menu des personnes âgées de 75 ans et plus hospitalisées au CHUM.

 

Des plats qui ont été enrichis de crème et de poudre de lait afin de réduire le risque de dénutrition chez cette clientèle.

« L'ajout de crème dans des aliments appréciés par les personnes âgées fait en sorte que chaque bouchée est plus riche. Il s'agit d'une formule facile et peu coûteuse pour alimenter nos aînés qui ont souvent peu d'appétit lorsqu'ils sont hospitalisés, mais qui doivent avoir un apport en protéines et en calories suffisant », signale la gériatre Annik Dupras, du CHUM.

De 30 à 60 % des gens âgés admis à l'hôpital souffrent de malnutrition ou sont victimes d'une dénutrition de modérée à prononcée à la suite de leur hospitalisation. Jusqu'à tout récemment, seulement la moitié d'entre eux étaient pris en charge. Pourtant, seuls quelques jours d'apports insuffisants en protéines peuvent causer des carences nutritionnelles et perturber le processus de récupération. « Une personne dénutrie et alitée peut perdre chaque jour jusqu'à trois pour cent de sa masse musculaire, ce qui entraîne de multiples complications : risques de chutes, d'infections et de plaies de lit, difficultés de cicatrisation... », explique la Dre Dupras.

Dans les cas graves, on porte même un pronostic réservé. Plusieurs études scientifiques ont d'ailleurs démontré un lien entre la dénutrition et l'augmentation de la durée de l'hospitalisation, la mortalité à l'hôpital, la perte d'autonomie et le risque de séjourner en centre d'hébergement et de soins de longue durée. « Ça prend donc plus de temps et d'infirmiers et le besoin d'aide s'accroît au sortir de l'hôpital. Tout cela coûte très cher », souligne la gériatre.

À titre de mesure préventive, le CHUM a récemment mis en place un menu spécialement conçu pour les aînés. Celui-ci est offert systématiquement à tous les patients de 75 ans et plus, à moins d'avis médical contraire, et s'inscrit dans le volet Nutrition du programme Optimisation des soins aux personnes âgées à l'hôpital (OPTIMAH) (voir l'encadré).

Plus de matières grasses

Coresponsable du développement de l'approche OPTIMAH au CHUM, la Dre Dupras fait observer que les patients âgés de plus de 75 ans représentent près de 40 % des hospitalisations. « Le milieu hospitalier doit donc s'adapter aux particularités de cette clientèle », dit-elle.

Mme Dupras admet que certains aliments enrichis du menu contiennent beaucoup de matières grasses. « Cela peut sembler contraire aux recommandations nutritionnelles habituelles. Mais ça ne bouche pas les artères de manger plus gras pendant 10 jours », indique la gériatre. Elle rappelle que, dans un contexte d'hospitalisation de courte durée, le risque de dénutrition des personnes âgées est bien plus élevé que l'effet néfaste sur la santé cardiovasculaire d'un tel régime le temps de leur séjour.

« Le menu OPTIMAH est riche en énergie et en protéines et faible en sodium, peut-on lire dans un communiqué publié par le CHUM. Il est compatible avec le régime restreint en glucides pour les personnes diabétiques et est aussi offert en différentes textures aux patients atteints de troubles de déglutition. »

Manifestement, les patients sont en faveur du virage « nutritif » qu'a pris le CHUM. En témoignent les résultats d'une enquête menée sur le terrain. Selon l'analyse des restes retrouvés dans les plateaux de repas, de 75 à 100 % des soupes et des desserts enrichis sont consommés depuis la mise en place du menu OPTIMAH. « Ils aiment ce qu'ils mangent et s'alimentent davantage, affirme Annik Dupras. Cela contribue à augmenter l'apport énergétique et protéique nécessaire à leur santé et à leur guérison. »

Dominique Nancy


 

Bouger pour guérir!

« Pour guérir, il faut se reposer et rester alité. » Ce vieil adage ne serait plus vrai. Du moins pour les personnes âgées qui sont hospitalisées. « Environ 30 % des aînés perdent leur autonomie pour des raisons non médicales pendant une hospitalisation, au point où certains ne peuvent plus marcher après quelques jours passés au lit », signale la Dre Annik Dupras.

Avec l'objectif de mieux adapter les soins aux gens âgés, depuis le service des urgences jusqu'aux unités de soins, le CHUM a implanté en 2008 son programme OPTIMAH. Ce programme encourage les patients à rester actifs pour éviter la perte de mobilité et d'autonomie.

En plus d'être à risque d'un déclin fonctionnel, une personne âgée hospitalisée peut aussi vivre des épisodes de confusion mentale. « Évidemment, les aînés n'ont pas tous la même vulnérabilité et ce n'est pas parce qu'un patient est octogénaire que tout se détériorera inéluctablement pour lui », tient à préciser la Dre Dupras. Mais la vigilance du médecin et des soignants est essentielle, notamment pour traiter rapidement les causes du délirium ou encore pour intervenir tôt si les apports nutritionnels sont insuffisants. Il est aussi recommandé à l'équipe médicale de ne pas faire un usage non justifié des culottes d'incontinence et de cesser dès que possible les traitements qui entravent la mobilité comme une sonde urinaire ou un soluté en continu.

À travers des interventions médicales qui prennent en compte les particularités et les vulnérabilités liées au vieillissement, le CHUM veut éviter la perte d'autonomie des personnes âgées, souvent accélérée par les maladies chroniques et une hospitalisation.

« C'est pour ces raisons que nous encourageons nos intervenants à inciter les patients à bouger, indique la Dre Dupras. Les faire marcher pour qu'ils se rendent à la salle de bain et les asseoir dans leur fauteuil au moment des repas sont des moyens bien simples mais très efficaces. »