Soutenir les enseignants débutants

  • Forum
  • Le 17 février 2014

  • Dominique Nancy

Les stages pendant la formation permettent au futur enseignant d’apprivoiser la classe et de réfléchir pendant ses études à la validité de ses approches. (Illustration: iStockphoto)Comment aider les enseignants débutants à réussir leur entrée dans le métier? « Les stages pendant la formation leur permettent certainement d'acquérir un bagage pédagogique qui favorise une insertion professionnelle réussie, répond la professeure Colette Gervais.

 

Mais ils ne suffisent pas à garantir une entrée sans faille. Sans accompagnement, l'apprentissage ardu des rouages de la profession incite parfois les nouveaux enseignants à abandonner la carrière. »

Même si elle est retraitée de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Colette Gervais est bien au fait des difficultés que vivent les nouveaux enseignants du primaire et du secondaire. À titre de chercheuse universitaire, elle a mené de nombreuses recherches sur le sujet. Elle a aussi été, pendant plus de 20 ans, responsable des nombreux stages effectués chaque année par les étudiants de premier cycle des divers programmes de formation en enseignement de la faculté.

À son avis, le fait que les recrues se voient souvent assigner des bouts de tâches qui les amènent à enseigner plusieurs matières, à des élèves de différentes classes et parfois même dans plusieurs écoles n'est pas étranger au problème. « Ces jeunes enseignants doivent consacrer plus de temps à la gestion de classe et à la préparation des cours au détriment des réels apprentissages, signale Mme Gervais. Ils finissent rapidement par éprouver un sentiment d'efficacité personnelle moindre que les enseignants expérimentés. Dans certains cas, on leur confie même les groupes les plus difficiles. Jamais on ne donnerait à un avocat novice un dossier ultra complexe. C'est pourtant ce qui se fait dans le milieu de l'éducation. »

Après quelques années de pratique, caractérisées par la prise en charge de groupes «à problème» ou par de continuels changements de tâches et de milieux scolaires, les débutants sont épuisés à force de s'adapter aux multiples situations nouvelles. Las, ils décrochent!

« En tenant compte de la déperdition, certains disent qu'il en coûte plus cher de former des enseignants que des médecins! » lance Colette Gervais. Pire encore: le métier n'attire plus. Ainsi, les écoles peinent à avoir des suppléants tellement le nombre d'enseignants disponibles diminue.

Insertion professionnelle

Plusieurs études à l'échelle internationale ont fait état de la difficulté de garder en poste les enseignants débutants, rappelle Mme Gervais. « Au Québec, près de 20 % d'entre eux quittent la profession au cours de leurs cinq premières années. » Selon les statistiques du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, 231 enseignants en début de carrière ayant obtenu la permanence ont démissionné en 2000-2001; 193 ont fait de même en 1999-2000 comparativement à 201 en 1998-1999.

D'après Mme Gervais, les démissions précoces ne semblent pas liées à la formation universitaire. « La formation initiale et les stages ne préparent pas à toutes les embûches du milieu, admet-elle. Certaines compétences ne peuvent être acquises que dans l'exécution du travail de tous les jours et avec la responsabilité d'une classe. Mais les stages ont une grande importance. Confrontées à la réalité, les recrues apprennent à réfléchir sur leurs approches. Le soutien de l'enseignant qui accueille le stagiaire ainsi que celui du superviseur de stage favorisent un regard analytique sur les pratiques. »

Mais, dès que le jeune enseignant est embauché, il se retrouve la plupart du temps et subitement tout seul. Plusieurs experts associent d'ailleurs le décrochage des nouveaux au manque de soutien en début de carrière. Précisons que, dans la foulée de la réforme de la formation initiale des enseignants de 1992, le ministère a prolongé la formation universitaire, la faisant passer de trois à quatre ans, et la formation pratique, qui passe de 200 à 700 heures. La période probatoire de deux années, en début de carrière, a pour sa part été abolie. « Ce sont les commissions scolaires qui ont hérité de la responsabilité de mettre sur pied des mesures appropriées pour accueillir et soutenir les enseignants dans leurs premières années d'exercice, explique Mme Gervais. Certaines commissions ont conçu des programmes de soutien efficaces, précise-t-elle. Mais cette situation n'avantage pas les enseignants débutants, qui peuvent rencontrer de nombreux problèmes dans l'accomplissement de leur tâche quotidienne. »

La problématique est semblable ailleurs dans le monde. Une étude comparative réalisée par l'Organisation de coopération et de développement économiques dans une vingtaine de pays a montré que près d'un tiers des enseignants en début de carrière ont exprimé un besoin de formation propre à la gestion de la classe. Ils sont également nombreux à envisager de quitter la profession. « Il existe des mesures d'insertion professionnelle adaptées aux enseignants débutants qui leur permettent de continuer dans la profession. Il faut promouvoir cette approche », conclut Mme Gervais.

Dominique Nancy