Favoriser la légèreté émotionnelle de l'athlète

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  • Le 24 février 2014

M. Halliwell entouré de Chloé (à gauche) et de Justine Dufour-LapointeAvant sa dernière descente en finale de l'épreuve des bosses en ski acrobatique aux Jeux olympiques de Sotchi, Alexandre Bilodeau est détendu, disposé à tout donner.

 

Il ne pense pas à la médaille d'or ni aux conséquences d'un échec. Il doit rester concentré sur le moment présent, sur ses sensations. Au bas de la pente, son consultant en psychologie sportive Wayne Halliwell, qui travaille avec lui depuis neuf ans, sait qu'il est prêt.

Alexandre Bilodeau a livré une performance sans faille et a mis la main sur une deuxième médaille d'or après celle de Vancouver en 2010. Deux jours plus tôt, Wayne Halliwell avait également assisté au triomphe de ses deux autres protégées, les sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe, qui sont montées sur les première et deuxième marches du podium dans la même discipline, trois ans après le début de leur collaboration.

Pour le professeur du Département de kinésiologie de l'Université de Montréal, ce qui compte, c'est de se concentrer sur le moment présent et de ne pas se laisser distraire par les évènements passés ou par les répercussions que pourraient avoir ces descentes de moins de 30 secondes.

Pour y parvenir, Wayne Halliwell offre des outils. Par exemple, les athlètes peuvent se répéter certains mots clés. Ils écrivent aussi leur liste de certitudes qu'ils peuvent relire pour se rassurer avant d'entrer en action. Un autre moyen est l'imagerie mentale active, qui consiste à mimer certains mouvements qui seront effectués sur la piste. La musique peut à son tour aider, que ce soit par le rythme ou les paroles. Notamment, Justine Dufour-Lapointe a affirmé qu'elle écoutait la chanson Roar, de Katy Perry, pour se motiver.

« Ces jeunes gens doivent permettre à tout leur talent de s'exprimer et faire en sorte que leur entraînement portent ses fruits. Mais, s'ils sont trop tendus, ça ne marchera pas, dit Wayne Halliwell. En descendant la pente, on dit souvent que les skieurs veulent ressentir la légèreté de leur corps. Moi, je veux aussi qu'il y ait une légèreté du côté émotionnel. »

Il compare la préparation d'un athlète aux trois côtés d'un triangle. Il y a d'abord l'aspect physique, puis la préparation mentale et enfin la préparation émotionnelle. La distinction entre les deux est essentielle, selon lui. L'aspect mental met l'accent sur le discours intérieur, la visualisation ou la concentration. Le côté émotionnel fait ressortir entre autres la fierté de l'athlète et son amour pour son sport.

« Il est important d'arriver à savourer le moment présent, rappelle Wayne Halliwell. Par exemple, avec Alexandre Bilodeau, on s'est rappelé souvent qu'il vivait son dernier parcours olympique et qu'il fallait qu'il en profite. Il ne faut pas penser uniquement aux médailles. »

Un rôle qui a évolué en 30 ans

M. Halliwell et Alexandre BilodeauWayne Halliwell a une feuille de route bien remplie. À Sotchi, il a participé à ses 12es Jeux olympiques. Il a parcouru beaucoup de chemin depuis ses premiers à Los Angeles, en 1984, où il accompagnait l'équipe de voile canadienne. À travers les années, il a suivi des dizaines d'athlètes, tels que les médaillés Bruny Surin et Anne Montminy. Toutefois, il ne quantifie pas son succès en médailles. Il retire plutôt sa satisfaction de la reconnaissance et de la gratitude des athlètes et de leurs proches.

« Pouvoir contribuer au succès de ces athlètes, c'est certain que c'est spécial, indique celui qui était aux côtés des médaillés de ski acrobatique lorsqu'ils ont reçu leur note finale. On a vécu des moments uniques. »

En écoutant les commentaires de ses athlètes, le professeur peut y déceler les fruits de son travail. Son bureau est couvert de coupures de journaux qui relatent leurs exploits, entre autres ceux de Joannie Rochette. Il y a également une photo dédicacée de la médaillée d'or Jennifer Heil. « Tu m'as donné le don de la perspective », a-t-elle écrit en évoquant l'état d'esprit nécessaire pour aborder chaque compétition, chaque entraînement.

La préparation mentale est une pratique de plus en plus répandue dans le monde du sport. Lorsque Wayne Halliwell a pris part à ses premiers Jeux olympiques, il y a 30 ans, sa profession était encore marginale. « On pensait à consulter un psychologue sportif lorsqu'on avait un problème, raconte-t-il. Aujourd'hui, c'est tout le contraire, puisque le travail de la préparation mentale est axé sur la performance. »

Mathieu Dauphinais
Collaboration spéciale