In memoriam : Jean-Marie Demers

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  • Le 24 février 2014

Image : Clément DemersJean-Marie Demers laisse une marque ineffable au Département de sciences biologiques, celle d'un rayonnant professeur, d'un pétillant chercheur mais surtout d'un homme généreux et noble.

 

Curieux et studieux aussi, puisque dès son départ à la retraite il a entrepris une maîtrise en histoire.

Beaucoup de ses étudiants en physiologie, devenus professeurs, médecins ou chercheurs, se souviennent de ses cours où la rigueur du thème côtoyait l'histoire des sciences physiologiques. Sa mémoire himalayenne lui permettait d'avoir une connaissance du pédigri de ses nombreux étudiants pouvant remonter jusqu'aux arrière-grands-parents. Son indulgence proverbiale était telle qu'un étudiant moins méritant était jugé « bon ». Le professeur Demers avait un grand attachement pour sa classe et n'hésitait pas, sur ses propres deniers, à faire voyager toute la cohorte vers des lieux instructifs. Ainsi, à la Faculté de médecine vétérinaire, avant l'émergence des biotechnologies, l'observation du taureau ludique parmi un troupeau de vaches permettait de repérer celles qui étaient prêtes pour l'insémination. Ce taureau a laissé le souvenir du troller. En fin d'année, il conviait la classe à son moulin de Frelighsburg et pieusement plantait un arbre sur son terrain en l'honneur de cette promotion. Aujourd'hui, cela fait un respectable boisé.

Ses recherches l'ont entraîné vers une double thématique, soit la nutrition et le rôle des acides aminés d'une part, et la cinétique des courants cardiaques par la technique du sucrose-gap d'autre part. Cette technique représentait alors le nec plus ultra, ce qui lui permit d'avoir un des premiers ordinateurs DPD11, d'une taille telle qu'il occupait la moitié de son laboratoire. Ses travaux d'envergure internationale l'ont amené à collaborer avec l'Université de Poitiers, en France, pays qu'il chérissait tout particulièrement de même que sa femme, Jeanne Demers (vice-doyenne de la Faculté des arts et des sciences et membre éminente du Pen club). Tous deux étaient de farouches défenseurs de la langue française. Aucune imperfection de français ne passait inaperçue et son courroux à cet égard a laissé des souvenirs tenaces: le coupable ne répétait plus jamais la faute.  Nous l'entendions dire clavigraphe pour « clavier ». Pendant des décennies, il fut le secrétaire national pour le Canada de la Société de physiologie de langue française, devenue la Société de physiologie. Dans ce cadre, il faisait la promotion des échanges franco-québécois, organisait des congrès et faisait ainsi rayonner notre département et l'Université.

Permettez-moi de raconter un souvenir personnel. Professeur nouvellement engagé, je devais monter mon laboratoire. Jean-Marie est venu à mon bureau pour me dire : « Il me reste de l'argent, achetez ce dont vous avez besoin et je paierai. » À l'époque, cela faisait une somme non négligeable et c'est ainsi que j'ai acquis mes premiers amplificateurs. L'année suivante, Jean-Marie récidiva. Une telle générosité a pratiquement disparu.

Son dévouement à la société était sans bornes: animateur de l'Acfas, dont il fut président, il a été membre de multiples jurys et d'organismes universitaires et gouvernementaux. Il s'est donné sans compter. Ce pilier du département a été le principal créateur (et contributeur) du fonds de bourses des sciences biologiques, qui permet encore de remettre des bourses à nos étudiants. C'est un signe indélébile de son attachement à son établissement, où il a passé la presque totalité de sa vie adulte.

Qui, de nos jours, considère d'abord l'intérêt général avant son intérêt propre? Tel était Jean-Marie Demers, homme noble, j'en témoigne aujourd'hui avec grâce.

Stéphane Molotchnikoff,
professeur au Département de sciences biologiques