Mieux prévenir la maladie grâce au patrimoine génétique

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  • Le 24 février 2014

Pierre Lavoie a rappelé qu'il avait besoin du soutien des scientifiques dans son travail de valorisation des bonnes habitudes de vie auprès des enfants.Des scientifiques du monde entier se sont réunis à Montréal les 13 et 14 février derniers à l'initiative de Génome Québec et du Grand Défi Pierre Lavoie.

 

L'objectif ? Établir des alliances pour lutter contre l'obésité et la sédentarité. La prévention fut le maître mot de cette rencontre.

« Nous avons besoin de vous! » Pierre Lavoie, l'initiateur du défi portant son nom qui a réussi en quelques années à lever une armée pour promouvoir les saines habitudes de vie au Québec, a lancé le symposium « Génomique et prévention en santé personnalisée » avec un cri du cœur aux nombreux scientifiques présents. « Nous devons faire comprendre, d'un point de vue scientifique, l'importance et l'influence des saines habitudes de vie sur la santé humaine. »

Marc LePage, président-directeur général de Génome Québec, a expliqué pourquoi et comment son organisation pouvait œuvrer aujourd'hui à faire avancer la prévention : « Les connaissances que nous avons acquises pour analyser et comprendre notre génome nous permettent d'envisager la recherche génomique dans le domaine de le prévention et non plus uniquement dans le domaine des soins et des traitements. »

Prévenir pour mieux vivre

Dans sa présentation, Pierre Lavoie a dressé un état des lieux inquiétant : « L'obésité a été multipliée par trois au Québec en 20 ans. Quatre-vingts pour cent des hospitalisations sont liées à des problèmes de diabète, d'hypercholestérolémie, de cancer, des maladies liées à nos habitudes de vie, nous en avons les preuves scientifiques. »

Pour ce grand sportif dont la vie a été bouleversée par la mort de sa fille et son fils, tous deux atteints d'acidose lactique, une maladie héréditaire rare présente surtout au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il est temps de changer les mentalités et les politiques en matière de santé publique : « La plupart des médecins éteignent des feux, ils font du curatif. On traite les gens pour qu'ils vivent plus longtemps mais pas mieux. Cela coûte des milliards de dollars, alors que des solutions bien plus efficaces et économiques sont à notre portée. Le problème n'est pas d'allonger l'espérance de vie, mais bien d'améliorer la qualité de la vie le plus longtemps possible. Il faut prévenir pour mieux vivre. »

Pour ce faire, Pierre Lavoie demande à la science de l'appuyer : « Pour convaincre les parents, les enseignants, les chefs d'entreprise, j'ai besoin de vous et de la science. La prévention doit passer par l'éducation. Transmettez-moi vos connaissances pour que je puisse répondre à ceux qui me demandent des preuves. »

Notre système de santé est malade

Frank Hu (image : Frédéric Berg)Les preuves scientifiques, les médecins et chercheurs du symposium les ont avancées, faisant état de très nombreuses études. Le Dr Frank Hu, professeur de nutrition et d'épidémiologie à l'École de santé publique de Harvard, a ainsi souligné que le diabète pourrait toucher la moitié de l'humanité dans 20 ans. Un exemple : en Chine, la transition alimentaire vers un régime plus occidental fait que 10 % des Chinois sont diabétiques quand la maladie ne touchait pratiquement personne dans les années 80.

Actuellement chargé avec d'autres scientifiques d'élaborer des directives alimentaires pour lutter contre l'obésité aux États-Unis, le professeur Hu a incriminé notamment les boissons sucrées : « Elles augmentent de trois à quatre fois le risque d'obésité. »

1000 $ pour un génotypage

La génétique et les avancées spectaculaires survenues depuis une dizaine d'années pour comprendre le rôle des gènes dans l'apparition de certaines maladies sont de formidables outils qui ouvrent la voie à la médecine personnalisée. « Le séquençage génétique d'une personne coûtait trois millions de dollars il y a 10 ans; à présent, c'est environ 1000 $ », a indiqué Catalina Lopez Correra, médecin chercheuse et vice-présidente de Génome Québec.

Déterminer les prédispositions génétiques à souffrir de telle ou telle maladie, la capacité de se soustraire à certains risques ou au contraire la vulnérabilité à leur égard, recommander ou déconseiller tel aliment, proposer de faire plus de sport..., la médecine personnalisée pose de nombreuses questions à la communauté scientifique. « On a toute l'expertise pour pratiquer ce type de médecine. Il faut toutefois se montrer prudent quant à la manière de rendre toute cette information disponible et à qui, mais le séquençage à grande échelle n'est certainement plus qu'une question de temps », considère Yohan Bossé, professeur à l'Université Laval.

La médecine personnalisée : pas une formule magique

Josua W. Knowles (image : Frédéric Berg)« On pourrait prévenir des maladies avant qu'elles se manifestent, explique Josua W. Knowles, chercheur à l'Université Stanford en Californie, qui travaille entre autres sur l'hypercholestérolémie. Savoir ou pas si l'on aura une maladie en particulier, c'est bien la question, car les études sur l'influence de cette information sur le comportement des patients sont contradictoires. La médecine personnalisée n'est pas une formule magique, mais elle permet d'adapter le traitement. »

Pavel Hamet, professeur de médecine à l'Université de Montréal, a voulu poser des balises de la médecine personnalisée : « C'est un formidable espoir pour les patients, mais ce n'est pas facile à mettre en œuvre. Ça suppose une éducation des patients, la nécessité de faire passer des messages, d'expliquer. »

Pour Marc LePage, ce symposium est une première étape : « Nous espérons que les travaux de cette première rencontre vont permettre de bâtir un grand projet de recherche sur la prévention et les saines habitudes de vie. Un projet qui pourrait naître ici au Québec et être diffusé. »

Frédéric Berg
Collaboration spéciale