Nouvelle étude sur les douleurs postopératoires après une chirurgie cardiaque

Manon Choinière (image : Techno-Science)Environ 10 % des patients ayant subi une chirurgie cardiaque éprouvent des douleurs chroniques postopératoires pendant une période pouvant durer jusqu'à deux ans après l'intervention, selon une vaste étude multicentrique visant à évaluer les facteurs de risque associés à ce type de douleur dont les résultats sont publiés dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JCMA).

 

Les chirurgies cardiaques, dont le pontage coronarien et le remplacement valvulaire, sont aujourd'hui pratiques courantes partout dans le monde. Or, elles peuvent occasionner des douleurs postopératoires persistantes, lesquelles peuvent à leur tour affecter la qualité de vie des patients.

Une étude reposant sur l'observation de 1 247 patients adultes âgés de 18 ans et plus soignés dans des unités de chirurgie cardiaque de quatre villes canadiennes (Montréal, Québec, Toronto et Halifax) a été menée afin d'établir la prévalence des douleurs postopératoires au cours des deux années suivant ce type d'intervention ainsi que les facteurs de risque associés à ces douleurs. Selon ses résultats, environ 40 % des patients se plaignent encore de douleurs chroniques trois mois après la chirurgie, 22 %, après six mois, 17 %, après douze mois et 10 %, après deux ans.

« Étant donné qu'aux États-Unis uniquement plus de 400 000 pontages sont réalisés chaque année, ces résultats ne doivent pas être pris à la légère », affirme Dre Manon Choinière, chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal et professeure titulaire au Département d'anesthésie de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Selon Dre Choinière et les coauteurs de l'étude, les douleurs persistantes associées aux chirurgies cardiaques ne sont pas négligeables et il est important que les patients en soient informés avant l'intervention.

L'étude a mis en évidence différents facteurs associés au risque d'éprouver des douleurs postopératoires pendant les deux années suivant l'intervention :

     

  • L'âge – les jeunes patients sont plus à risque que les patients âgés;
  • La présence de douleurs chroniques préexistantes – les patients souffrant de telles douleurs non dues à l'angine de poitrine sont plus susceptibles d'éprouver des douleurs chroniques après l'intervention;
  • L'anxiété préopératoire – plus l'anxiété préopératoire est grande, plus la probabilité de ressentir des douleurs postopératoires à long terme augmente;
  • La sévérité des douleurs durant la première semaine après l'intervention – plus la douleur est intense au cours des premiers jours suivant l'intervention et plus elle est invalidante, plus les patients présenteront le risque de souffrir de douleurs postopératoires au cours des mois, voire des années, qui suivent.
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Certains facteurs permettent de prédire aussi la sévérité des douleurs éprouvées au cours des deux années suivant la chirurgie :

     

  • Le sexe – les femmes rapporteraient des douleurs postopératoires plus intenses que les hommes;
  • L'acuité de la douleur – non seulement l'intensité de la douleur au cours de la première semaine suivant intervention laisse prévoir l'existence de douleurs à long terme, mais elle influence également leur sévérité;
  • La durée d'hospitalisation – un congé hâtif de l'hôpital est associé à un risque de douleurs postopératoires chroniques plus sévères.
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« Il convient de signaler que, selon notre étude, les douleurs aiguës (observées au cours des premiers jours suivant la chirurgie) se révèlent particulièrement fortes, écrivent les auteurs. Il est troublant de constater que ces observations sont régulièrement rapportées depuis trente ans et que, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, l'adoption de lignes directrices concernant la gestion de la douleur et les efforts de formation, on n'accorde toujours pas les soins nécessaires aux personnes souffrant de douleurs postopératoires. »

Ils soulignent qu'il est possible d'atténuer deux des facteurs susceptibles d'engendrer des douleurs postopératoires chroniques, à savoir l'anxiété préopératoire et la sévérité de la douleur aiguë au cours des quelques jours qui suivent l'intervention.

Les auteurs insistent enfin sur la nécessité d'accroître les recherches visant à trouver des moyens d'éliminer ou de réduire les souffrances inutiles et la baisse de qualité de vie des patients dans les mois ou années suivant la chirurgie.

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