Trois questions à Yves Bouchard

  • Forum
  • Le 24 février 2014

  • Dominique Nancy

Dans un monde où l'informatique est au coeur de toutes les tâches, ou presque, Yves Bouchard caresse plusieurs projets qui assureront la solidité et la modernité du réseau de l'UdeM (image : Jean-François Hamelin).À la tête de la Direction générale des technologies de l'information et de la communication (DGTIC), Yves Bouchard a joué un rôle de premier plan dans le renouvellement des infrastructures informatiques à l'Université de Montréal, notamment dans le maintien à niveau des serveurs et des logiciels.

 

On lui doit également la mise en place récente d'un centre de relève sur le campus de l'UdeM à Laval, qui garantit, en cas de panne, un accès à toute l'information archivée sur les serveurs centraux. Il explique l'importance de ces travaux faits par son équipe dans le contexte où les besoins informatiques s'accroissent sans cesse.

On a l'impression, parce que le nouveau progiciel de gestion intégré de l'Université, Synchro, a été implanté, que maintenant tout baigne dans l'huile du côté informatique. Est-ce vraiment le cas et quel est le rôle de la DGTIC à l'égard de ce système?

Y.B. : Le centre d'expertise Synchro est responsable du développement, de l'évolution et du support de l'application elle-même tandis que la DGTIC est responsable des infrastructures logicielles et matérielles sur lesquelles s'appuie le système Synchro. À cet égard, on a dû mettre beaucoup d'efforts pour soutenir l'implantation de Synchro, une priorité institutionnelle et maintenant nous nous afférons à raffiner ces infrastructures en portant l'attention sur la performance et le niveau de disponibilité. Mais relativement aux autres systèmes de gestion dont la DGTIC a la responsabilité, il y a encore des infrastructures, par exemple des serveurs, qui sont dans un état comparable à de vieilles bâtisses. Un gros travail est effectué afin de ramener le tout à un registre approprié.

L'Université, comme toute autre grande organisation, est de plus en plus dépendante de l'informatique et ses besoins se multiplient. Comment la DGTIC gère-t-elle les demandes?

Y.B. : La DGTIC doit s'assurer de maintenir les niveaux de service attendus, non seulement pour tous les systèmes critiques comme par exemple Studium et Synchro, mais aussi pour les autres systèmes d'arrière-plan qui sont souvent pris pour acquis comme le courriel ou la gestion des documents. Mais les besoins évoluent et les demandes dépassent largement la capacité financière de l'UdeM d'y répondre. La DGTIC ne peut pas être juge et partie dans la sélection des projets. La direction de l'Université a donc mis en place un mécanisme pour prioriser les dossiers. Cette «gouvernance TI» est constituée de plusieurs comités, dont le principal est le Comité stratégique des technologies de l'information qui lui-même relève du Comité des TIC qui est directement mandaté par le Conseil d'administration. Le Comité stratégique TI regroupe des personnes de la haute direction de l'Université et se réunit quatre fois l'an pour juger de la pertinence et de la priorité des dossiers informatiques.

Sous ce comité principal, on trouve quatre comités directeurs formés d'employés de l'UdeM issus de divers secteurs. Le premier comité directeur veille sur tous les systèmes administratifs de la gestion des études, par exemple Synchro Académique. Le deuxième assure un soutien à la recherche. Le troisième se consacre aux technologies pédagogiques, soit les outils nécessaires pour appuyer la mission de l'Université. Et, enfin, le quatrième est consacré aux infrastructures et à la gestion des projets qui couvrent l'ensemble du campus.

Avec la gouvernance TI, la façon de travailler n'est plus la même. Le rôle de la DGTIC est maintenant celui d'un soutien aux différents comités. Les décisions concernant les projets informatiques qui seront mis en œuvre ou encore les budgets qui y seront associés sont prises désormais par la direction de l'Université en collaboration avec des représentants de la communauté universitaire.

Quels sont les autres grands enjeux de la DGTIC?

Y.B. : Les principaux enjeux se situent sur plusieurs plans, soit celui de la capacité de réaliser les nouveaux projets dans un contexte budgétaire difficile et celui du maintien et de l'amélioration continue de la qualité des services actuels dans un contexte de ressources limitées à la DGTIC

Pour ce qui est de la capacité de réaliser les nouveaux projets, une fois que ceux-ci sont approuvés par le Comité stratégique, la DGTIC doit faire en sorte de les mener à terme dans le respect des budgets et des échéances. Pour ce faire, nous devons relever le défi de trouver les personnes-ressources nécessaires qui auront les compétences et l'expérience requises, et ce, au-delà du personnel actuel de la DGTIC qui, lui, est déjà limité.

Un autre défi majeur est lié au besoin du stockage de l'information. La demande est de plus en plus forte de ce côté. Pour l'instant, chacun se débrouille avec les moyens du bord. Certains ont commencé à envoyer leurs informations à des services infonuagiques comme Dropbox, car ce type de service est très facilement accessible et aussi très convivial. Cependant, si l'on y envoie des documents qui peuvent être de nature confidentielle, on ne peut pas en garantir la sécurité. Une fois que l'information se retrouve dans le nuage informatique, on perd totalement le contrôle de l'usage qui peut en être fait, dont entre autres le droit de propriété.

La DGTIC se doit de trouver des pistes de solution à ce problème et envisage de mettre sur pied un nouveau service de stockage et de partage de fichiers sécurisé qui va aussi assurer la sauvegarde des informations dans l'éventualité d'une panne. Un rapport sur cette problématique est d'ailleurs en préparation et sera présenté au Comité stratégique.

Relativement à l'enjeu du maintien et de l'amélioration continue de la qualité des services actuels, la DGTIC doit supporter un nombre grandissant de nouveaux systèmes et technologies en même temps qu'elle assure le maintien, la mise à niveau et l'évolution des systèmes et applications existants, alors que le nombre de ressources pour y arriver est historiquement insuffisant et nous permet à peine de garder l'actuel dans un état optimal. De plus, le maintien et l'amélioration de la qualité de nos services exigent une rigueur de plus en plus grande compte tenu de la complexité croissante des multiples technologies employées, alors que la communauté universitaire souhaite davantage de latitude dans l'utilisation des technologies.

À titre d'exemple, tout récemment, l'UdeM a subi une panne majeure du réseau qui a touché plus de 13 pavillons et des milliers d'utilisateurs pendant plusieurs heures, les privant des services essentiels du réseau, d'Internet et même de la téléphonie. Nous avons découvert que cette panne a été provoquée par le branchement non permis d'un commutateur réseau mal configuré; l'unité responsable n'avait pas obtenu l'autorisation préalable de la DGTIC, pourtant exigée par notre politique de sécurité. Ce type d'incident nous oblige à resserrer les règles alors que plusieurs souhaiteraient qu'on les assouplisse.

Propos recueillis par Dominique Nancy