Élections 2014: quels sont les enjeux à surveiller?

  • Forum
  • Le 5 mars 2014

  • Martin LaSalle

Les Québécois seront appelés aux urnes le 7 avril prochain pour élire le prochain gouvernement. À l'occasion de la campagne électorale qui s'amorce, différents professeurs de l'Université de Montréal ont ciblé les principaux enjeux qui devraient préoccuper les électeurs, au-delà de la joute partisane.

 

Dans un premier temps, nous vous présentons une série de courts textes qu'ils ont rédigés sur ces thèmes à surveiller, soit la santé, l'éducation, le transport collectif, les centres de la petite enfance, la lutte contre l'itinérance et, enfin, le développement durable.

Et  prochainement, nous aborderons dans une autre série les enjeux liés à l'économie, à l'énergie, aux négociations dans le secteur public et à la charte des valeurs québécoises. Il sera aussi question de démocratie et de stratégie politique.

Bonne lecture!

Martin LaSalle


Santé : pour un accès équitable à des services de qualité

Malgré des investissements massifs, le système de santé du Québec n'arrive pas à répondre aux attentes légitimes de la population. Au cours des 25 dernières années, tous les gouvernements québécois ont promis des réformes, mais la question de l'accès équitable pour tous à des services de santé de qualité continue d'inquiéter les Québécois.

Compte tenu des contraintes financières auxquelles est soumis le système de santé, le dernier budget déposé par le gouvernement du Parti québécois ne permet pas d'envisager des améliorations à court terme et fait même craindre des coupes additionnelles dans les services.

La question qui est posée par l'incapacité de notre société de mettre en œuvre les réformes nécessaires n'est pas une question technique, mais bien une question politique au sens le plus large du terme.

La capacité d'une collectivité à permettre à tous de vivre bien et longtemps est au cœur des sociétés démocratiques. On peut dire que le système de santé est le miroir de la nation: si dans un pays le système de santé est inéquitable, c'est la nation dans son ensemble qui est inéquitable et peu respectueuse des droits des plus démunis!

Réformer le système de santé – et le système d'éducation – devrait devenir le grand chantier de la démocratie au Québec.

Pour les journalistes qui désirent joindre André-Pierre Contandriopoulos: 514 343-6181 | andre-pierre.contandriopoulos@umontreal.ca


Éducation : revaloriser l'école publique

Dans toutes les sociétés développées, c'est l'école qui a pour mission principale de préparer les nouvelles générations à assurer l'avenir de la collectivité.

Comment le Québec s'acquitte-t-il de cette mission à longue portée? Depuis 50 ans, notre société s'est livrée, à deux occasions historiques, à une intense réflexion collective sur cette question: lors de la commission Parent (1963-1964) et lors de la Commission des États généraux sur l'éducation (1995-1996). Et ces deux commissions ont rendu exactement le même verdict: l'école publique souffre d'un déficit de démocratisation. Elles ont aussi proposé la même solution: revaloriser l'école publique afin d'accroître l'égalité des chances.

Aujourd'hui, force est de constater que notre école publique reste sur une pente descendante, empêtrée dans des réformes bureaucratiques, des pertes substantielles d'élèves au profit de secteur privé, des taux de décrochage alarmants, des diplômes à la valeur douteuse et obtenus dans des délais insensés, des blocages corporatistes rigides, des corps d'enseignants et de professionnels épuisés. Comme une lame de fond, la dure vérité de l'école québécoise s'impose: une école à deux vitesses a été instaurée.

Que disent les discours des principaux partis politiques du Québec sur cet enjeu fondamental? À peu près rien. Or, qui ne dit mot consent.

Pour les journalistes qui désirent joindre Maurice Tardif : maurice.tardif@umontreal.ca . M. Tardif sera en Europe du 6 au 15 mars.

 

Transport collectif : passer de la parole aux actes

Si le transport collectif constituait, lors des dernières élections montréalaises, un enjeu véritable, la réponse aux défis du transport collectif se trouve du côté de Québec, qui seul peut vraiment en assurer le développement.

La Stratégie nationale de la mobilité durable, dévoilée au début de l'année, vise à augmenter l'offre de transport collectif de 30 % d'ici 2020. Par rapport à la Politique québécoise du transport collectif 2006-2012, la Stratégie innove sur un plan majeur : la nécessité de lier les décisions en matière d'aménagement et de transport.

Ce n'est qu'à long terme qu'un renouvellement de nos pratiques en matière d'aménagement pourra avoir une influence sur la mobilité. À court terme, le principal défi concerne le financement. Or, sur ce point, la Stratégie déçoit: le gouvernement ne propose aucune solution pour augmenter le financement du transport collectif, exception faite d'un transfert d'une (petite) partie des sommes réservées aux routes.

Plusieurs projets d'infrastructures sont à l'étude et la Communauté métropolitaine de Montréal évalue à 23 milliards de dollars (au minimum) le montant nécessaire pour le transport collectif. Mais les projets proposés ne pourront tous voir le jour que si l'on augmente significativement le financement du transport collectif.

Pour réduire la dépendance à l'automobile, il faut investir davantage dans le transport collectif, mais surtout mieux choisir les projets dont l'effet sur la mobilité sera le plus grand. Pour l'instant, le modèle de planification des transports apparaît peu rigoureux, comme l'a montré le Vérificateur général du Québec dans un récent rapport: les projets sélectionnés ne sont pas toujours les plus efficaces. La stratégie de la mobilité durable offre des cibles intéressantes; le gouvernement doit maintenant se donner les moyens de véritablement développer le transport collectif, au-delà des discours, pour changer la mobilité de manière durable.

Pour les journalistes qui désirent joindre Paul Lewis: 514 343-6391 | paul.lewis@umontreal.ca . M. Lewis sera de retour à Montréal à compter du 10 mars.

 

Centres de la petite enfance :
des services de meilleure qualité

Les électeurs devraient se préoccuper de la question des centres de la petite enfance (CPE) pour trois raisons.

Premièrement, les garderies sont le premier lieu d'éducation de nos enfants, à une période où les répercussions de l'environnement sur le développement du cerveau sont à leur maximum. Il est donc primordial que cet environnement soit de grande qualité. Au Québec, les CPE offrent des services d'éducation et de garde préscolaire de meilleure qualité que les autres modes de garde.

Deuxièmement, il y a le problème de l'accès aux CPE pour les enfants de moins de deux ou trois ans. Après le congé de maternité de 12 mois, les familles se trouvent dépourvues devant le manque de places en CPE. Les parents se voient forcés d'utiliser des services de moins bonne qualité. L'accès et la qualité des CPE sont des enjeux de développement économique et social à long terme pour le Québec.

Troisièmement, comme le démontrent des études en économie (dont ceux de Jim Heckman, lauréat du prix Nobel d'économie) et en développement de l'enfant (psychologie, éducation), plus on investit tôt dans le développement des individus, plus notre investissement s'avère rentable à long terme pour l,ensemble de la société. C'est le même principe qu'un fonds de pension.

Pour les journalistes qui désirent joindre Sylvana Côté: 514 343-6111, poste 2548 | sylvana.cote.1@umontreal.ca

 

Lutte contre l'itinérance : faire d'une politique
un plan d'action

Le gouvernement québécois vient de déposer une politique en matière d'itinérance, politique fort attendue depuis de nombreuses années. En effet, si l'itinérance est une des problématiques sociales les plus complexes, les dernières semaines nous ont aussi rappelé à quel point des sans-abris vivent dans l'indignité et l'insécurité.

Certes, en se dotant d'objectifs pour prévenir et réduire l'itinérance, le gouvernement a donné le ton de cette politique. Pour autant, la campagne électorale devrait être une occasion de débattre des mesures à mettre en place pour y parvenir.

Comment incarner l'appel à une responsabilité collective? Comment mieux préparer les sorties institutionnelles (centres jeunesse, prisons, hôpitaux) pour éviter le passage à la rue? Comment faire du droit au logement une réalité pour tous? Comment soutenir l'accès aux services sociaux et de santé pour ces personnes en rupture sociale? Et comment concrétiser les dynamiques intersectorielles nécessaires pour répondre aux besoins complexes des personnes en situation d'itinérance?

Autant de questions qui devraient alimenter les échanges et les débats lors de la campagne.

Pour les journalistes qui désirent joindre Céline Bellot : 514 343-7223 | celine.bellot@umontreal.ca

 

Développement durable : pour un consensus social

Le fossé s'agrandit entre la protection de l'environnement et le développement.

Les tensions croissent et les débats s'enflamment dès qu'il est question de stratégie énergétique, de lutte contre les changements climatiques, de développement industriel et de gestion des milieux humides.

Pour tendre vers un consensus social et arrêter des choix socialement acceptables sur ces questions qui animent et continueront d'animer le débat public, nos élus doivent les aborder non pas de façon sectorielle (énergie, transport, environnement, agriculture, industries, etc.), mais de façon intersectorielle. Cela requiert de les analyser comme des systèmes complexes et dynamiques d'interrelations, spatialement et temporellement définies, entre les facteurs écologiques, économiques, sociaux, culturels et politiques.

C'est là que réside le vrai défi du prochain gouvernement en matière d'environnement, pour un développement durable.

 

 

Dossier Élections 2014

Nos chercheurs se penchent
sur les enjeux du scrutin