Qu'est-ce qui captive, ou ennuie, les adolescents quand ils vont au musée?

  • Forum
  • Le 10 mars 2014

  • Martin LaSalle

Les jeunes qui vont au musée s’ennuient si les œuvres d’une salle affichent toutes le même style. En revanche, ils apprécient les tableaux présentant beaucoup de détails. (Photo: Olivier Chwaiki, Musée des beaux-arts de Montréal)On a tendance à croire que les adolescents ne sont pas intéressés par les musées, mais est-ce vraiment le cas? Et, lorsqu'ils en visitent un, qu'est-ce qui leur plaît et les incite à revenir?

 

C'est ce qu'a cherché à savoir Laure Martin-Le Mével dans ses travaux de maîtrise1 en communication à l'Université de Montréal. Elle s'est penchée sur la façon dont la perception des adolescents à l'égard du musée traditionnel peut se modifier à la suite d'une expérience de visite.

Sa recherche est d'autant plus pertinente qu'au Québec aucune étude n'a récemment été publiée sur les adolescents dans les musées. « Déjà en 1999, le Groupe de recherche sur l'éducation et les musées soulignait le peu de données sur la fréquentation des musées par les adolescents, et cette lacune n'a toujours pas été comblée », dit-elle.

Le processus de visite comme indicateur d'intérêt

Pour mener à bien ses travaux, elle a demandé à six adolescents âgés de 14 à 16 ans de visiter l'exposition Il était une fois l'impressionnisme : chefs-d'œuvre de la peinture française du Clark, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) d'octobre 2012 à janvier 2013.

Elle a également mené deux entrevues individuelles avec chacun d'eux, l'une avant la visite et l'autre après. Ces entrevues, combinées avec la visite du musée, lui ont permis de décrire le processus de modification de leurs perceptions en révélant les médiateurs de la visite et les médiations qui se sont opérées chez des adolescents pendant la visite.

Un médiateur est ce qui attire l'attention (autres visiteurs, environnement physique, œuvres, descriptions, etc.) tandis que la médiation est une action qui se produit au contact du médiateur (rêver, comprendre, se projeter, admirer, comparer, refuser...).

Ce qui les rebute, ce qui les attire

Les tableaux Ferme dans les Landes (Théodore Rousseau, 1867) et Charmeur de serpents (Jean-Léon Gérôme, 1879) sont les deux œuvres qui ont le plus retenu l'attention des jeunes. Bien que fort différents, ces tableaux ont en commun d'être de grandes toiles aux détails nombreux et aux couleurs voyantes.

Premier constat : la moitié des participants étaient déjà allés au MBAM, mais aucun ne connaissait le courant impressionniste.

Et c'est surtout par la famille – et avec l'école dans une moindre mesure – qu'ils avaient vécu une expérience muséale. Par contre, les amis étaient absents des expériences de visites relatées par les adolescents.

Fait intéressant, durant la visite du MBAM, les jeunes ont indiqué que la présence d'un autre adolescent était un élément rassurant pour eux. Par contre, la présence des autres visiteurs – qui étaient souvent agglutinés devant des toiles et qui empêchaient de bien voir l'œuvre – les a gênés. De plus, ils étaient parfois ennuyés par la redondance qu'affichaient quelques salles exhibant une série d'œuvres au style similaire. « La diversification des œuvres devrait être un élément à considérer pour éviter l'ennui chez les jeunes, au même titre que la composition de l'espace ou le choix de l'accompagnateur », mentionne Laure Martin-Le Mével.

Par ailleurs, les participants ont grandement apprécié les tableaux qui présentaient beaucoup de détails de même que les courts récits qui accompagnaient certaines toiles. Les panneaux explicatifs qui contenaient des anecdotes – et plus particulièrement celles ayant un ton humoristique – rendaient l'œuvre et l'artiste encore plus intéressants à leurs yeux.

Le goût de l'art n'est pas inné

À la lumière de l'évolution du discours des participants, Laure Martin-Le Mével a constaté que différentes médiations se sont manifestées pendant la visite du musée.

Par exemple, au contact d'un tableau très coloré, les adolescents à l'imagination foisonnante ont dit s'être mis à rêver; les moins familiarisés avec les musées ont acquis une compréhension des œuvres grâce aux descriptions les accompagnant; enfin, devant une peinture affichant moult détails, les jeunes au profil artistique ont parlé d'admiration.

À cet égard, Mme Martin-Le Mével a noté que tous les participants ont rapporté s'être inventé des histoires en regardant certains tableaux et en lisant leurs descriptions. Cela s'explique selon elle par le fait que rêver est une médiation accessible à tous. « Contrairement aux autres médiations, on n'a pas besoin de savoir peindre ou d'avoir des connaissances en histoire de l'art pour rêver devant une toile », précise-t-elle.

C'est pourquoi elle estime que la visite du MBAM a permis aux jeunes de se forger des connaissances bien à eux, de développer progressivement un « sentiment de compréhension qui les aide à se sentir davantage à l'aise et à leur place au musée ».

Pour elle, les adolescents sont parfaitement capables de s'intégrer et de s'intéresser à l'univers muséal et chaque visite constitue une nouvelle mise en condition qui viendra modifier la visite suivante, laquelle enrichira à son tour la prochaine expérience muséale!

« Le goût de l'art n'est pas inné, conclut Mme Martin-Le Mével. Lorsqu'il visite un musée, l'adolescent entre en contact à la fois avec l'art et avec différents éléments et c'est à travers ces relations qu'émergent des actions qui, en s'accumulant, vont définir ce qu'est l'art pour ces adolescents. »

Martin LaSalle

1. Laure Martin-Le Mével, Quand les adolescents vont au musée : une étude de la médiation au Musée des beaux-arts de Montréal, Université de Montréal, juin 2013.

 


Quelques suggestions

À la lumière de ses observations, Laure Martin-Le Mével suggère aux musées traditionnels :

     

  • d'associer des peintures avec des photos d'environnements géographiques familiers du public pour leur permettre de comparer ou de se projeter;
  • de placer des éléments de l'exposition au centre des salles ou de proposer des salles avec des formes atypiques pour accentuer leur intérêt;
  • de présenter dans une même salle quelques œuvres qui diffèrent radicalement des autres;
  • de privilégier les œuvres colorées et avec des détails.
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