D'autres enjeux à surveiller avant de voter le 7 avril

  • Forum
  • Le 11 mars 2014

  • Martin LaSalle

Voici la deuxième partie d'un dossier que Forum a concocté à l'occasion de la présente campagne électorale. Nous avons demandé à des experts de l'Université de Montréal de cerner les enjeux qui devraient retenir l'attention des électeurs, au-delà de la joute partisane.

 

Cette semaine, il est question de la place du droit dans le débat entourant la Charte de la laïcité, de démocratie et de réforme du système électoral, d'énergie, des négociations à venir dans le secteur public et, enfin, d'urbanisme et d'aménagement du territoire.

Et, la semaine prochaine, nous traiterons d'économie, de technologies au service de la santé et de souveraineté.

Bonne lecture et, surtout, bonne réflexion!

Martin LaSalle

 

Jean Leclair, Faculté de droit

Charte de la laïcité : le droit au service de qui et de quoi?

En manque d'argent, les politiciens dépensent des mots et du droit, ce qui est gratuit et payant. Le rapport Bouchard-Taylor écarté, le Parti québécois (PQ) a choisi la force de frappe symbolique et coercitive du droit. Il prétend résoudre brutalement un problème délicat pour protéger les « droits de la majorité ». Mais connaît-on une majorité « sans droits »?

On met ainsi au rancart les politiques efficaces, mais coûteuses, de francisation et d'intégration. Et l'opposition, bâillonnant toute discussion avec le discours des « droits individuels », fait l'inverse.

Voici la véritable question : quels types d'intégration et de société la démarche péquiste encourage-t-elle à long terme? Le droit, employé à bon escient, est aussi un moyen de faciliter et de stabiliser les rapports entre êtres humains dont la langue ou la religion n'épuise pas l'identité.

Le PQ a compris que le droit peut nous diviser. Si la population lui donne la majorité, comment compte-t-il s'en faire un allié pour nous unir?

Pour les journalistes qui désirent joindre Jean Leclair : jean.leclair@umontreal.ca

 

Pascale Dufour, Département de science politique

Raviver la démocratie

Les démocraties représentatives des pays du Nord sont souvent décrites comme étant en « crise » de légitimité et de participation politique. En réaction, les citoyens seraient de plus en plus portés à utiliser des moyens protestataires pour exprimer leurs demandes dans l'espace public. Cette résurgence de la mobilisation ferait du jeu politique un élément de conflit et de division.

Le Québec ne fait pas exception à cette description, où trois défis seraient particulièrement importants à relever pour répondre à cette perte d'enthousiasme pour notre système politique et pour assurer un déroulement pas trop chaotique de la vie politique :

1. Réformer le système électoral et introduire le scrutin proportionnel afin de permettre une meilleure représentation des tiers partis. Bien que cette mesure soit régulièrement avancée par les partis politiques dans leur plateforme électorale et tout aussi vite abandonnée une fois les partis au pouvoir, elle constitue un des mécanismes les plus efficaces pour contrer la méfiance vis-à-vis de nos gouvernants et une manière de permettre la représentation des identités et des intérêts du plus grand nombre, en particulier de ceux qui se sentent exclus de la représentation des partis traditionnels.

2. Favoriser la participation politique relativement aux grands enjeux de développement économique et social du Québec, spécialement ceux qui ont des répercussions directes sur les conditions de vie des gens (comme l'exploitation des ressources).

3. Assurer les droits politiques élémentaires, principalement le droit de manifester. À cet égard, l'un des partis politiques en lice sera-t-il assez courageux pour proposer une amnistie aux 3500 personnes arrêtées durant le conflit étudiant de 2012? Une recherche en cours montre clairement que les tribunaux sont devenus, aujourd'hui, le lieu de règlement du conflit. Mais cette utilisation politique du judiciaire n'est pas une bonne nouvelle pour la démocratie.

Pour les journalistes qui désirent joindre Pascale Dufour : pascale.dufour@umontreal.ca

 

Norman Mousseau, Département de physique

La maîtrise de l'énergie

Avec la publication récente du rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, que j'ai coprésidée, la maîtrise de l'énergie est devenue l'un des thèmes qui devraient se trouver au cœur de la campagne électorale qui bat son plein.

Le Québec se distingue de la plupart des autres territoires en ce qu'il dispose d'importants surplus d'énergie renouvelable, c'est-à-dire de ressources qu'il doit brader, bien en deçà du coût des derniers approvisionnements. Si ces surplus constituent un atout pour la consolidation et l'élargissement de sa base industrielle, ils représentent également un poids économique non négligeable qu'il serait préférable de ne pas accroître inutilement au cours des prochaines années.

Ces surplus transforment en outre la question de l'efficacité énergétique. Alors que l'électricité est disponible à profusion et à bas prix, il n'est pas raisonnable de copier les programmes d'efficacité énergétique mis sur pied à l'étranger et qui ciblent avant tout cette source d'énergie. La maîtrise de l'énergie exige plutôt que le Québec concentre ses efforts afin de diminuer sa consommation d'hydrocarbures fossiles – et plus particulièrement de produits pétroliers –, qui coûtent très cher.

C'est pourquoi le gouvernement devrait s'attaquer en priorité à l'efficacité énergétique dans l'industrie, au remplacement du mazout, de préférence par la biomasse forestière résiduelle et le gaz naturel, et à la révision de l'aménagement du territoire et du transport, seule façon de réduire de manière efficace et durable la dépendance aux hydrocarbures fossiles tout en améliorant la qualité de vie des individus et en diminuant à long terme la production de gaz à effet de serre.

Pour les journalistes qui désirent joindre Normand Mousseau : normand.mousseau@umontreal.ca. M. Mousseau est actuellement en France.

 

Patrice Jalette, École de relations industrielles

Des négociations importantes dans le secteur public

Le parti qui formera le prochain gouvernement devra, à court terme, négocier les conventions collectives des secteurs public et parapublic, qui viendront à échéance le 31 mars 2015.

Les décisions gouvernementales prises dans le cadre de ces négociations ne sont pas que des décisions de gestion, elles sont aussi des décisions politiques découlant des orientations en matière de finances et de services publics.

Il est clair, par exemple, qu'un retour rapide à l'équilibre budgétaire pourrait impliquer des mesures d'austérité visant des employés de l'État, leur rémunération s'élevant à plus de 37 milliards de dollars, soit environ 60 % des dépenses de programmes.

De même, dans la mesure où il veut continuer à rendre des services de qualité à la population, le prochain gouvernement devra trouver les moyens d'attirer des employés qualifiés et de reconnaître la contribution de ses employés, la qualité des services publics étant indissociable des conditions de travail des employés de l'État.

L'intensification du travail, le non-remplacement des salariés qui s'en vont et la stagnation des conditions de travail des dernières années ont laissé des traces dans la fonction publique et les réseaux.

On voit pourquoi les orientations politiques des partis sur les plans des finances publiques et des services publics et leurs répercussions sur les employés de l'État méritent d'être débattues en campagne électorale.

Pour les journalistes qui désirent joindre Patrice Jalette : patrice.jalette@umontreal.ca

 

Gérard Beaudet, Faculté de l'aménagement

Urbanisme et aménagement du territoire : pour un grand chantier

Les changements climatiques, le vieillissement de la population, la démographie dans les régions, la transformation de nos économies, les enjeux de la mobilité des personnes et des biens de même que les défis énergétiques commandent une révision de nos pratiques dans le domaine de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire.

Plus qu'un chantier, au demeurant nécessaire, de révision de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, l'engagement proposerait aux Québécois un ambitieux exercice combinant un retour critique sur les dernières décennies et une réflexion prospective sur les avenues qui se dessinent.

Il s'agirait de se donner l'occasion et les moyens de concevoir et d'adopter une vision du devenir de nos territoires – des petites patries aux petits pays – qui soit adaptée aux enjeux et aux défis auxquels nous serons confrontés au cours des prochaines décennies. Une vision qui soit porteuse d'une dimension identitaire, trop souvent banalisée au profit d'une dimension strictement utilitaire.

Pour les journalistes qui désirent joindre Gérard Beaudet : 514 343 2216 | gerard.beaudet@umontreal.ca

 

 

 

Dossier Élections 2014

Nos chercheurs se penchent
sur les enjeux du scrutin